Que cache ce tir croisé contre l’ANP?

ELLE EST AU CENTRE DE PLUSIEURS SORTIES MÉDIATIQUES
Que cache ce tir croisé contre l’ANP ?

Nacer Belhadjoudja, Liberté 2 avril 2000

Il y a comme une manouvre de complexer l’ANP sur le rôle qu’elle a assumé dans l’interruption des élections…

Après usage abusif de l’image de « l’homme du consensus », Bouteflika opère un glissement progressif vers une situation qui, au bout, peut mener à une menace sur la cohésion nationale. Les derniers « chantiers » qui s’ouvrent en des termes de « débats publics » véhiculent, en tout cas, tous les ingrédients de cette appréhension. Non qu’il faille rendre les choses opaques comme par le passé mais lorsque « le débat » n’a pas pour objectif primordial « le rétablissement de certaines vérités » c’est qu’il y a duperie dans la vente du « produit ». Après avoir épuisé l’ensemble de son discours échafaudé durant ses 20 ans de traversée du désert, Bouteflika est aujourd’hui en panne sèche. Ses interventions télévisées et ses discours ne sont plus aussi attractifs. À lui seul, il ne mobilise plus l’attention de ses concitoyens. Cette nouvelle donne, arrivée un peu trop tôt, a pu peser quelque part dans cette décision à aller chercher des relais dans la société. La tentative de réanimation des comités de soutien au candidat Bouteflika, peut s’expliquer dans ce cas précis. Cette approche a au moins le mérite de balayer au passage cette certitude du Président qui, au lendemain du référendum, déclarait tout haut que le score des urnes était, entre autres, un véritable plébiscite pour lui. À cette époque, Bouteflika avait peut être cru qu’il n’était plus redevable envers ceux qui l’avait sollicité pour se présenter à la magistrature suprême. Sans avoir été acculé sur cette question, à chacune de ses sorties médiatiques, il éprouvait le besoin de rappeler qu’il était le chef suprême des Armées, le ministre de la Défense et que, lorsqu’il était commandant de l’ALN, les généraux d’aujourd’hui n’étaient rien du tout. Cela pouvait séduire quelques segments politiques qui militent pour l’émancipation de la décision politique par rapport au militaire, mais il se trouve que cette question qui traîne depuis la Lutte de libération, n’a pas été posée en des termes qui peuvent approfondir et enrichir le débat. De tout ça, il n’en fut presque rien. Et comme par hasard, c’est au lendemain de la diffusion de la liste des nouvelles nominations au sein de l’ANP, que la scène politique nationale va commencer à vivre cette phase de turbulences qui n’est pas près de se dissiper. Lorsque Nezzar fait remarquer à Kafi que ses propos sur les officiers issus de l’armée française interviennent après les changements opérés au sein de l’ANP, il y a lieu d’ajouter que cette « polémique » a eu lieu déjà en 1995, lorsqu’on prêtait à Betchine l’intention de briguer le poste de ministre de la Défense. Les relais médiatiques du conseiller de Zeroual n’avaient pas manqué de mettre sur le tapis, à chaque fois que le besoin se faisait sentir, que Betchine était « un authentique fils de l’ALN », comprendre qu’il n’avait pas transité par l’armée française.

L’intérêt des clarifications apportées par Nezzar puis par le colonel Boutella c’est qu’elles participent à décomplexer définitivement tous ces officiers qui, après l’indépendance, ont vécu leur passage dans l’armée française comme une parenthèse honteuse.

C’est dans ce contexte de démystification des qualificatifs « officiers de l’ALN et officiers issus de l’armée française », que réapparaît le général Attaïlia. Sans omettre de signaler que, lui aussi, a transité par l’armée française, il est à croire que sa déclaration est une invitation à une révolte généralisée contre les généraux qui avaient pris la décision- salvatrice pour le pays – d’annuler le processus électoral de décembre 1991. Comment en est-on arrivé à considérer aussi allègrement d’un acte patriotique soit assimilé à une trahison ? Sur ce point, Attaïlia n’a rien inventé puisqu’il ne fait que préciser ce qu’avait déjà dit Bouteflika sur ses législatives avortées. N’avait-il pas dit que c’était un acte de violence ?

Après ce qui s’apparentait à une énième tentative de complexer certains officiers supérieurs sur le fait qu’à un moment de leur carrière, ils étaient sous les drapeaux français, maintenant, il y a comme une manouvre de complexer l’ensemble de l’ANP sur le rôle qu’elle a assumé avec certaines forces politiques et sociales dans l’interruption des élections. Ainsi donc, si l’on suit cette nouvelle logique, tous les malheurs de ce pays, sont la résultante d’une « décision irréfléchie » prise en 1991 comme le suggère Attaïlia.

Et d’ailleurs c’est ce moment précis qui est choisi pour accepter la venue d’ONG et pas n’importe quelle ONG puisqu’il s’agit de celles qui, dès 1992, ont milité, au-delà de leurs prérogatives, pour l’homologation des résultats du 1er tour. Dès 1993, elles vont aller jusqu’à proposer une enquête sur « Qui tue qui ? » en Algérie, laissant planer le doute sur les véritables auteurs des assassinats avec pour premier suspect : l’ANP.

Au vu de tous ces éléments, on est en droit de savoir pourquoi l’institution militaire fait l’objet de tirs croisés depuis quelque temps ? A-t-on mesuré les conséquences de son affaiblissement dans la conjoncture actuelle ?

 

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