Une médiation est entreprise pour «étouffer» le conflit Kafi-Nezzar

Une médiation est entreprise pour «étouffer» le conflit Kafi-Nezzar

Hocine Belkadi, La tribune, 23 Mars2000,
Une médiation entre Ali Kafi et Khaled Nezzar est entreprise depuis lundi
dernier pour juguler la crise qui a éclaté entre les deux anciens membres du
défunt Haut comité d’Etat, selon le journal arabophone Al Hayat paraissant à
Londres. Citant des «sources bien informées», Al Hayat rapporte que plusieurs
personnalités nationales et quelques hauts officiers supérieurs de l’armée,
dont les noms restent inconnus, ont entrepris une médiation entre Kafi et
Nezzar, dans le but de résoudre ou de circonscrire le conflit qui a pris
d’autres proportions depuis quelques jours.Les mêmes sources anonymes ont
indiqué à Al Hayat que le conflit opposant les deux hommes a dépassé le cadre
personnel lié au passé historique de chacun d’eux. Il aurait touché l’aspect
politique lié aux conditions d’exercice du Haut comité d’Etat à une
conjoncture particulièrement délicate. La poursuite du déballage en question
est en soi perçue par certains comme une attaque en règle contre les
institutions sensibles du pays telles l’armée et la Présidence, et dont
certaines parties tiraient profit. Parmi les gagnants dans ce genre de
déballages, les voix citées par Al Hayat n’hésitent pas à mettre à l’index.
Abdelaziz Bouteflika. Explications : le président de la République est
considéré comme le «premier bénéficiaire» de ces déballages, dans la mesure
où il n’a cessé depuis son accession au pouvoir de critiquer la gestion de
ses prédécesseurs, y compris les militaires. Bouteflika est arrivé même
jusqu’à admettre que l’arrêt du processus électoral en janvier 1992 décidé
par les militaires était une violence dont les militaires ont été les
principaux artisans.Ce qui s’apparente aussi à une «lutte de clans» au
pouvoir qui profiterait directement au président de la République qui se veut
au-dessus de la mêlée. Pour donner plus de crédit à cette information, Al
Hayat cite le général en retraite Mohamed Ataïliya. Ce personnage, qui a
démissionné de son poste d’inspecteur général de l’ANP pour protester contre
la nomination de Khaled Nezzar au poste de ministre de la Défense, se dit
clairement favorable au règlement de la crise en dépit d’une forte animosité
qu’il porte à Nezzar. La résorption de la crise apparaît, selon le général en
retraite Ataïliya, comme vitale et «indispensable en l’état actuel des
choses». Si elle s’enlise, elle devient fatalement porteuse de graves dangers
à l’unité nationale, semble suggérer Ataïliya. Pour lui, la médiation «est
indispensable afin d’éviter en Algérie d’autres problèmes susceptibles de
conduire à une situation dont il est difficile de sortir». L’argument qu’il
avance est celui d’éviter au pays des «dérives». Surtout que l’Algérie «fait
face à d’autres problèmes non moins graves». Curieusement aussi, Ataïliya
redoute que la poursuite du déballage Kafi-Nezzar ne «permette aux Algériens
de prendre connaissance de vérités choquantes dont ils n’en ont qu’à faire
aujourd’hui».

 

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