KHALED NEZZAR REVOLTE PAR LES ACCUSATIONS DE ALI KAFI

KHALED NEZZAR REVOLTE PAR LES ACCUSATIONS DE ALI KAFI
«Je ne suis pas un traître»

Salima Tlemçani, El Watan, 20 mars2000

Le général en retraite Khaled Nezzar a riposté hier aux accusations portées à son encontre par l’ancien président du Haut Comité d’Etat (HCE), Ali Kafi. Une plainte pour diffamation sera déposée aujourd’hui par son avocat, Me Tayeb Belloula, près le tribunal d’Alger.
Dans une conférence de presse organisée à la maison de la presse Tahar Djaout, le général en retraite a qualifié les propos de Ali Kafi de «graves accusations et d’insulte». L’ancien président du HCE avait accusé les officiers algériens ayant déserté l’armée française au temps de la Révolution d’avoir servi pour l’infiltration de l’ALN. «Je connais cette étiquette depuis l’indépendance. Il est donc temps de rétablir la vérité et de mettre un terme à ces accusations par le biais de la justice. Je n’ai rien caché sur mon passé puisque j’ai tout mentionné dans mes mémoires. J’ai confiance en la justice et je sais que j’aurai gain de cause. Je le fais non pas pour moi seulement mais également pour les générations futures et pour l’histoire de mon pays.» Khaled Nezzar s’est interrogé sur les raisons qui ont poussé Ali Kafi à l’attaquer «alors qu’à l’époque du HCE il y avait une cohésion totale entre les membres de cette direction collégiale». Pour lui, la publication de son livre allait mettre fin à «ces accusations. Mais il a touché à ma dignité en tant que responsable politique et en tant que citoyen. Ali Kafi a voulu dire au peuple algérien qu’un de ses dirigeants était un harki. Ce qui est une grave manipulation. Si les autres ne veulent pas se défendre ça les regarde.» A la question de savoir si les «jugements» qu’il a portés à l’encontre de Ali Kafi étaient avérés ou exprimés sous le coup de la colère comme cela a été le cas lorsqu’il s’est exprimé contre Bouteflika lors de la campagne électorale présidentielle, le général a répondu : «Ce que j’ai dit à propos de M. Boutelfika, je le pensais sincèrement et j’en étais même convaincu. Cependant à choisir entre les sept candidats que je connaissais parfaitement, j’ai opté dans l’intérêt de mon pays pour celle de Bouteflika. Concernant Ali Kafi, j’ai dit la vérité. J’ai dit qu’il était intégriste non pas au sens d’islamiste, mais plutôt de pensée unique. Il est carré dans sa manière de penser. J’ai dis également que c’est un baâthiste parce qu’il était pendant des années, avant 1959, en Egypte avec Fethi Dib, patron des services de renseignements égyptiens». A ce sujet, il a tenu à citer une anecdote rappelant le temps du défunt président Boumediène après son coup d’Etat. Ce dernier devait rendre visite à Maâmar El-Guedafi. En cours de route, il s’est rendu compte de la présence, parmi la délégation, du patron des moukhabarate, Fethi Dib. «Boumediène a déclaré à ses proches collaborateurs que les dés étaient pipés.» Revenant sur les circonstances de la désignation de Ali Kafi à la tête du HCE, Khaled Nezzar a indiqué qu’il n’y avait aucune contradiction dans la prise de décision, «même si j’avais toujours les mêmes jugements sur lui à l’époque». Après la mort de Mohamed Boudiaf, les membres du HCE ont opté pour la désignation de Ali Kafi, «d’abord parce qu’il parlait parfaitement l’arabe, c’est un ancien moudjahid et aussi le plus âgé de tous.» Il a reconnu qu’il n’a pas été mis au courant de la rencontre des militaires avec les dirigeants du parti dissous à la prison de Blida. «Je ne l’ai su que quelques jours après. Je ne sais pas pourquoi, Ali Kafi m’a caché cette information. Mais je n’ai pas donné beaucoup d’importance à cette affaire.» Il a par contre démenti l’information donnée par Ali Kafi, selon laquelle c’est ce dernier qui aurait donné l’ordre aux moudjahidine pour s’armer contre les terroristes. «C’est faux. C’est le général Mohamed Lamari, qui a donné instruction aux chefs de région pour qu’ils sensibilisent les moudjahidine sur cette question. L’opération a été lancée par le général Djouadi, dès l’affaire de Guemmar.» Le général Nezzar refuse d’être mis dans «le même sac» que Ali Kafi, «même si nous sommes tous deux des officiers de l’ALN en retraite ayant occupé de hauts postes de responsabilité à la tête de l’Etat et publié des mémoires». Selon ses propos, la différence réside dans le fait que lui s’appuie sur une véritable canne, alors que «Ali Kafi s’appuie sur la canne de Johnny Walker», faisant allusion à son penchant pour la boisson alcoolisée. Il n’a toujours pas compris, a-t-il dit, la sortie de Ali Kafi d’autant qu’il y a une dizaine de jours, «je l’ai rencontré et embrassé à Sidi Fredj». Il s’est demandé d’ailleurs, si la réaction de l’ancien président du HCE n’avait pas de lien avec le dernier mouvement au sein de l’ANP et la professionnalisation de cette institution. Il a retenu l’éventualité que cette attaque vise en réalité les officiers supérieurs de l’ANP ayant déserté, au temps de la Révolution, l’armée française pour rejoindre l’ALN et qui occupent aujourd’hui de hauts postes de responsabilité, entre autres, le chef d’état-major Mohamed Lamari. Il a beaucoup insisté sur les embûches qu’il a rencontrées pour mettre en place les structures de l’armée «différentes de celles d’une armée classique» depuis l’ALN jusqu’à aujourd’hui. «J’ai bousculé certains de mes compagnons pour arriver à une armée aussi solide. Si Ali Kafi dit que nous sommes des incompétents c’est que même ceux que nous avons formés et qui sont aujourd’hui aux commandes sont incompétents». Interrogé sur le lien fait à chaque fois entre les généraux et la corruption, le général s’est défendu en affirmant que : «Lorsque j’étais en fonction, j’ai eu l’affaire Belloucif que j’ai mise entre les mains de la justice. Tous les autres dossiers ont été remis à l’Assemblée populaire, mais ils ne pouvaient pas être pris en charge par les tribunaux parce que vides. Il ne faut pas que certains officiers ternissent l’image de toute l’institution.» A propos de la mise en liberté du général Belloucif, sans qu’il purge sa peine, Khaled Nezzar a répondu : «En justice militaire, il faut purger les deux tiers de la peine, et avoir une conduite irréprochable pour pouvoir bénéficier d’une amnistie. Cela n’a pas été le cas pour Belloucif, puisque Zeroual l’a mis en liberté.» Au sujet de la normalisation des relations avec Israël, le général n’a pas trouvé d’inconvénient, pourvu, a-t-il souligné, que cela se fasse dans le temps. «Je suis pour qu’El-Qods, qui est une terre sacrée pour les musulmans, reste palestinienne. Je pense également que nous ne pouvons nous battre pour ce principe et pratiquer la politique de la chaise vide. Concernant le Golan je peux dire, en tant que militaire, qu’il s’agit d’une véritable forteresse. Je ne vois pas pourquoi nous allons nous battre pour un pays qui n’a pas levé le doigt pendant toutes ces années où l’Algérie perdait les meilleurs de ses enfants.» Il a trouvé que l’Etat aurait dû amnistier les harkis juste après l’indépendance «pour éviter les problèmes d’aujourd’hui». Il a déclaré à propos de la création du front contre le sionisme qu’il ressemble au front islamique. «dans un pays musulman, on crée un front islamique, et dans un pays antisioniste, on crée un front contre le sionisme (…) Je peux affirmer une chose, ce sont deux juifs qui ont réglé la question du «qui tue qui» en Algérie. J’ai vu des larmes dans les yeux de André Gluksman et ça m’a fait beaucoup de peine. Si la venue des juifs est dans l’intérêt de mon pays je ne vois pas pourquoi je m’opposerais à leur venue.»

 

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