Khaled Nezzar: « Kafi est un baâthiste et un intégriste »

Khaled Nezzar dans un entretien au quotidien Echarq El-Awsat
« Kafi est un baâthiste et un intégriste »

La dernière sortie de l’ancien président du HCE, M. Ali Kafi, qui a lancé de graves accusations contre l’ANP, n’a pas laissé indifférent le général Khaled Nezzar. Celui-ci vient d’accorder une interview au journal Echarq El-Awsat, mais il a tenu à ce que Liberté publie cet entretien dans lequel il s’exprime sur plusieurs questions d’actualité.

« Je ne suis aucunement surpris par les déclarations récentes faites aux journalistes par Ali Kafi lors de sa conférence de presse. Connaissant les penchants baâthistes et intégristes de Ali Kafi, les propos tenus donnent cependant dans l’invective, la calomnie et la mise en doute du patriotisme de tout un chacun. En me ciblant principalement, je suis au regret de reprendre ma plume pour répondre, sachant pertinemment qu’une telle déclaration intempestive, présume une façon de se faire entendre qu’il court derrière une notoriété médiatique, apparemment pour des desseins inassouvis.

Quelle fut ma surprise d’apprendre que l’ex-président du Haut comité d’État admet être celui qui fut l’initiateur des contacts avec les responsables de l’ex-FIS emprisonnés à Blida par l’entremise du ministre de la Défense de l’époque. Je comprends maintenant que l’ex-ministre Zeroual n’avait pas agi de sa propre initiative sachant combien la question, en elle-même, était importante et ardue.

Je fus mis au courant par Zeroual à l’époque une fois terminés les préparatifs de ces contacts. Je fus non seulement interloqué, mais pris au dépourvu avec le sentiment d’être mis devant le fait accompli. Sachant qu’à aucun moment, nous n’avions soulevé cette question au sein du Haut comité considéré comme direction collégiale, où toutes les questions devraient être débattues. Je pris sur moi de couvrir le ministre de la Défense nationale, croyant sincèrement qu’il avait agi seul.

La dernière sortie de Ali Kafi, reconnaissant être l’instigateur de cette mesure qui fut prise sans qu’il se réfère aux membres du Haut comité d’État. Ceci démontre, encore une fois, ses penchants et il ajoute une fourberie et une ignominie des plus inqualifiables.

Le jugement porté sur l’Armée nationale populaire venant de ce personnage perfide n’a aucun fondement, à partir du moment où il n’a jamais eu à mener une lutte contre la subversion, ni même connu les rudiments du simple soldat. Comment un homme plein de contradictions, chez qui tout est confusion, peut-il porter un jugement de valeur aussi grave sur une institution qui a défendu et maintenu la République à flot en collaboration avec les forces saines de la nation ? Doit-il savoir que la lutte contre la subversion est une affaire avant tout de tous et de toute l’Algérie ? Elle s’articule autour de l’Armée nationale populaire et des services de sécurité, des citoyens et à leur tête les moudjahidine. En voulant tirer la couverture à lui, il déclare avoir donné des instructions aux moudjahidine

pour prendre part à la lutte, alors que ce fut tout à fait le contraire, l’initiative étant venue de la base pendant qu’au sommet de cette noble institution, certains responsables s’adonnaient à la politique politicienne.

Ali Kafi pourrait-il expliquer pourquoi l’Armée nationale a démontré sa cohésion, sa discipline et son unité tout au long de ces dix dernières années en gardant le pays debout et en même temps de la fustiger et la traiter « d’armée incompétente » ? Tout ceci au regard d’un environnement traversé par de multiples controverses politiques et une subversion des plus féroces. Le jugement de valeur de Ali Kafi n’a-t-il pas été porté pour simplement nuire et porter atteinte à une institution sachant qu’elle est la colonne vertébrale de la nation et pouvoir ainsi nager en eau trouble, comme il a toujours su le faire ?

Pourquoi Ali Kafi devrait-il faire une lecture politique à chaque fois qu’il y a eu mise à la retraite d’officiers généraux, une mesure somme toute banale et légale ? Elle fut mise en ouvre pour que ces officiers puissent bénéficier du repos tant mérité, dans la dignité et la reconnaissance de tous les citoyens pour avoir servi avec courage, abnégation et discipline. Ali Kafi semble nous faire croire, à tort d’ailleurs, que certains de ces officiers constitueraient, à ses yeux, le bastion dont il pourrait tirer profit dans ses visées politiques futures, à travers des pratiques surannées dont lui seul connaît le secret ?

Au moment où il était question de passer le flambeau au futur candidat à la présidence, Ali Kafi me prit à part, un jour, pour me dire pourquoi ne pas tout simplement continuer avec la même équipe, arguant que le pays était en danger et qu’il était de notre devoir de poursuivre. Je répondis par la négative, car, pour moi, il s’agissait d’un sacrilège à partir du moment où nous avions tous fait le serment devant la nation, la main sur le Coran, de quitter le pouvoir une fois la fin de la période présidentielle de Chadli terminée. En voulant rester au pouvoir, Ali Kafi n’était-il pas attiré par les avantages de la fonction, le connaissant noceur et jouisseur ?

Le témoignage apporte la preuve formelle que Ali Kafi ne dit pas la vérité quand il dit regretter d’avoir été au Haut comité d’État.

Comme à l’accoutumée, Ali Kafi nous sort son cheval de bataille, relatif aux officiers déserteurs de l’armée française, mettant en cause à chaque fois leur patriotisme comme s’il en était le seul détenteur alors qu’il a quitté l’armée de libération en 1958. Les propos de Ali Kafi assimilent les officiers déserteurs à des traîtres à leur patrie à travers une orchestration de généraux français.

La vérité est que les désertions à partir de l’Europe étaient préparées, organisées et exécutées par la Fédération de France du FLN tout comme l’opération de l’équipe des footballeurs algériens jouant en France. Ceci eut pour corollaire un retentissement politique sans égal à l’égard du FLN et de la Révolution.

Ali Kafi fait dans l’amalgame quand il entretient à dessein, la confusion entre, d’une part, les officiers « intégrés » venus directement à l’Armée nationale après l’indépendance et ceux qui ont eu le courage de rejoindre leurs frères et de combattre à leurs côtés.

Malheureusement, beaucoup de ces militaires sont morts au combat ou ont été blessés. Ali Kafi en les vilipendant, insulte non seulement la mémoire des morts pour la patrie, mais touche aussi à la dignité de leurs enfants, de leurs familles d’une manière générale. En faisant allusion à la réunion qui s’était tenue à la salle Afrique, Ali Kafi continue à faire dans l’amalgame. Le point que voulaient soulever certains, concernait uniquement les officiers venus directement de l’armée française après l’indépendance, dénommés sous le vocable d’officiers intégrés.

Comment pouvait-il en être de même s’agissant d’officiers ayant déserté les rangs de l’armée française et combattu vaillamment auprès de leurs frères ? En ce qui me concerne, je n’ai de leçon à recevoir de personne quand il s’agit de patriotisme. Je suis fier d’avoir servi mon pays, j’ai eu peut-être plus de balles qui ont sifflé à mes oreilles que Kafi aux siennes lui pour qui seul le critère d’ancienneté compte. La compétence, l’abnégation et le sens du devoir, vertus ô combien indispensables beaucoup les font passer au second rang. Mes Mémoires parues récemment en témoignent largement. Comment pourrait-on imaginer un avenir meilleur pour le pays, avec des énergumènes pareils ?

Il y a lieu malheureusement de constater que la soif du pouvoir peut mener parfois à la paranoïa ! »

À propos d’une question sur Abane Ramdane, Khaled Nezzar a répondu :
« Ne l’ayant pas connu personnellement, je ne suis pas en mesure d’en parler. Cependant, d’après ceux qui l’ont côtoyé, ce fut un grand homme que la Révolution et l’Algérie entière ont perdu. Je regrette qu’il ait été assassiné par ses pairs au lieu de le juger si nécessaire.

Ma compassion va à sa famille tout entière ». Boumediene qui avait à l’époque la charge du ministère de la Défense, avait préféré recruter des Algériens dont l’ANP avait le plus grandement besoin au détriment d’officiers étrangers. Il avait quand même pris le soin de n’intégrer que ceux qui n’avaient pas combattu dans les unités opérationnelles. Ils servirent dans l’ANP pendant plus de vingt ans. Ces mêmes « intégristes » revenant à la charge du temps du Président Chadli, je fus, moi personnellement, chargé de leur « dégagement » de l’armée. Ils furent tous repris dans les différents corps de l’état pour leur savoir. Beaucoup parmi eux sont encore en service en dehors de l’armée. »

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