Ali Kafi: « Je regrette d’avoir été président du HCE »

ALI KAFI SORT DE SA RESERVE
«Je regrette d’avoir été président du HCE»

M. Bh., El Watan, 9 mars 2000

On a habitué le citoyen dans la culture de l’angélisme, comme quoi la révolution a été menée par des saints et des purs.

Quarante ans après, pourquoi n’aborde-t-on pas notre histoire ?», disait l’ancien président du HCE, M. Ali Kafi, hier à Kouba lors d’une rencontre informelle avec des gens de la presse. Le colonel de la wilaya II, avec son accent rauque, s’étonnait de la levée de boucliers après la sortie de son livre, dans lequel une des figures du mouvement national, Abane Ramdane, était montrée dans un rôle autre que celui pour lequel il était connu. «Que l’affaire soit entre les mains de la justice, cela je n’y ai jamais pensé», avait-il avoué. «Cette campagne avait enflé à la suite d’un discours officiel, qui parlait de narcissisme à mon égard et de fait tronqué.»
M. Ali Kafi faisait bien entendu allusion au président de la République M. Abdelaziz Bouteflika. «Ai-je tronqué l’histoire ?, s’est-il demandé, alors apportez vos preuves !» «Celui qui a porté plainte est en train de retarder les choses. Un indice qu’il n’y a pas d’arguments solides contre le livre incriminé», lançait l’ancien président du HCE.M. Ali Kafi estimait qu’il avait écrit des Mémoires, bien qu’il ne soit «ni écrivain ni historien». «S’il n’était pas possible d’aborder certains faits à un moment donné, c’est que nous ne voulions pas entraver le cours de la guerre de Libération nationale. Mais aujourd’hui, il est temps de parler et d’écrire.» M. Ali Kafi n’arrivait pas à comprendre pourquoi spécialement «des agissements autour de Abane Ramdane», alors qu’il évoquait aussi, avec un regard critique, Ferhat Abbès, Lamouri, les cinq qui devaient aller à Tunis, Brahim Hachani, etc.«Les documents que j’ai cités étaient précis, cela était particulier à la wilaya II où l’on notait tout ; hélas ! les archives ont été brûlées en 1962 par ignorance, par un élément de l’armée des frontières.» M. Ali Kafi avait gardé chez lui ses archives personnelles, disait-il. «Du temps de Zeroual, j’étais partisan du dialogue, y compris avec des éléments du FIS. Il fallait ôter la couverture politique aux terroristes.» M. Ali Kafi tient à préciser que c’est à son initiative que le rapport des experts Algérie 2005 a été initié, sous la direction de Djilali Liabès puis de M’hammed Boukhobza, tous deux assassinés. Une manière de dire qu’il n’était pas «un gardien du temple», mais qu’il regardait vers le futur.Est-il parmi ceux qui se sont joints à la campagne contre la venue d’Enrico Macias ? «Je suis contre la normalisation avec Israël, ai-je dit au téléphone à ceux qui m’ont fait appel. Quant à Enrico Macias, s’il était venu en tant que touriste comme les pieds-noirs qui sont venus, je n’ai aucune opposition à faire. Son beau-père, Raymond, a été condamné par la Révolution.»L’ancien président du HCE dit : «Nous nous sommes déjà opposés, du temps de Chadli Bendjedid, au retour des pieds-noirs qui avaient pour objectif de se réapproprier l’Algérie.» «Quand bien même nous avons une dette extérieure de 100 milliards de dollars, ce n’est pas une raison de vendre le pays», déclarait-il,intransigeant.
«Pourquoi avez-vous chassé Mme Boudiaf de sa villa, quinze jours à peine après l’assassinat de son mari ?», lance un journaliste à M. Ali Kafi. «Il y avait un très grand respect entre Boudiaf et moi, quand nous étions au HCE. Il avait dit à des gens que j’étais un grand monsieur. Nous avons eu trois heures de discussions à la villa Aziza lors de sa visite secrète, le 13 janvier 1992. C’est lui qui voulait me voir.» L’ancien président du HCE disait tout son respect pour Boudiaf. L’affaire de la villa de Mme Boudiaf «relevait d’un problème de famille,d’héritage», précisait-il.
«Vous voulez me coller des affaires qui ne sont pas de mon ressort !», ajoutait M. Ali Kafi au journaliste, un proche de la famille Boudiaf. Autre thème de polémique : un journaliste d’El Khabar Al Ousbouï a reproché à l’ancien président du HCE la mauvaise traduction du français à l’arabe des documents cités dans son ouvrage, de même qu’il lui a signalé que la part belle était faite à la wilaya II. «Chaque dechra en Algérie mérite un ouvrage», rétorque alors M. Ali Kafi. A propos de Yacef Saâdi qui accuse Kafi de
régionalisme : «Le régionalisme fait partie de nos vieux démons. Quant à Yacef Saâdi, sincèrement, je ne le connais pas», souligne-t-il, ironique. Boumediène ? «Une grande amitié nous liait, même si parfois nous n’étions pas d’accord.» Kafi écrivait que le jeune Boukharouba, à vingt ans, était préoccupé par ses études et non par le militantisme. Kafi qui regrette d’avoir été à la tête du HCE veut écrire l’histoire comme il l’a vécue, «sans le vernis officiel». «Dérapage, faits tronqués, nationalisme étroit», disent ceux qui ne sont pas d’accord avec sa version.

 

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