Kabylie: l’Algérie refuse une commission d’enquête internationale

Kabylie: l’Algérie refuse une commission d’enquête internationale

AFP-Le Monde 09 mai 2001

Le ministre algérien des Affaires étrangères Abdelaziz Belkhadem a rejeté mercredi à Madrid une demande des socialistes européens pour la création d’une commission d’enquête internationale sur les récentes émeutes qui ont ensanglanté la Kabylie. « L’Algérie rejette, et continuera à rejeter, toute proposition d’ingérence dans ses affaires intérieures », a déclaré le ministre au cours d’une conférence commune avec son homologue espagnol Josep Piqué. « Il s’agit d’un problème algérien et les Algériens s’en chargent avec leur commission d’enquête qui aborde tous les aspects et qui déterminera les responsabilités », a-t-il dit. Le Parti des socialistes européens (PSE), réuni pour son Vème Congrès à Berlin, avait condamné mardi « l’utilisation de la force contre les manifestations pacifiques » en Kabylie, affirmant que le régime algérien « porte l’entière responsabilité » de ces incidents. Dans une résolution, il avait appelé l’Union Européenne à soutenir auprès de l’ONU la demande des démocrates algériens en vue de la mise en place d’une « commission d’enquête internationale sur la responsabilité des massacres« . La Kabylie vient d’être secouée pendant deux semaines par des émeutes, qui ont fait entre 60 et 80 morts, selon des bilans de presse et des témoignages, 42 morts et des centaines de blessés selon les autorités. Le ministre algérien a affirmé que le gouvernement « est le premier à déplorer ces événements tragiques ». Il a assuré « qu’il n’y a pas de dimension identitaire occultée, contrairement à ce que disent certains, parce que la revendication identitaire a été prise en charge par les autorités bien avant ces événements tragiques ». Il a rappelé que le gouvernement algérien et le président algérien Abdelaziz Bouteflika ont mis en place un commission d’enquête présidée par une personnalité universitaire « qui n’a aucune relation avec le gouvernement ». Le ministre espagnol a exprimé son regret pour les événements de Kabylie. Cependant, a-t-il dit, « le gouvernement algérien fait des efforts pour traiter ces problèmes à leur source ». « En ce qui concerne les efforts du gouvernement algérien en matière de démocratisation du pays et de défense des droits de l’Homme, l’Espagne apporte son encouragement. L’Algérie a manifesté qu’elle partage les valeurs que nous partageons tous », a-t-il dit. Les deux ministres ont souligné la volonté de Madrid et d’Alger de maintenir « les relations les plus étroites et les plus amicales possibles ». Une visite d’Etat en Espagne du président Bouteflika est actuellement préparée, pour la date « la plus opportune », et devrait être marquée par la signature d’un traité d’amitié, qui comportera la mise en place d’un cadre de concertation politique sur tous les problèmes d’intérêt régional ou international. Dans le domaine économique, l’Espagne et l’Algérie discutent de la possibilité de parvenir à un accord sur la pêche, après l’échec, le mois dernier, des négociations entre l’Union européenne (UE) et le Maroc pour renouveler leur accord dans ce domaine.

 

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