Les partis en quête d’une stratégie

Les partis en quête d’une stratégie

Par M. Bahous, Quot d’oran 15 mai 2001

Les événements de Kabylie ont par leur tragique interpellation contribué à faire bouger la scène politique nationale. Les principaux acteurs de celle-ci confinés jusqu’alors soit dans un alignement irresponsable derrière le pouvoir, soit dans une opposition sans perspective, semblent découvrir enfin qu’ils ne peuvent réellement exister en restant simples spectateurs des profondes mutations qui sont en cours. Ce qui explique depuis une dizaine de jours la montée au créneau médiatique des leaders des principales formations et leurs tentatives de convaincre que la crise politique ouverte dans le pays ne peut se résoudre sans eux. Ce qui explique également la tonalité « unitariste » de leurs propositions et des démarches qu’ils suggèrent comme solution de sortie à la crise. Si Mahfoud Nahnah relance sa proposition de rencontre au sommet des partis de la coalition gouvernementale, Saïd Sadi, dont le parti vient de claquer la porte de celle-ci, en appelle lui par contre à la construction d’un « pôle démocratique » dont il fut pourtant le fossoyeur en se ralliant à Bouteflika. Aït Ahmed et Louisa Hanoun qui ne se reconnaissent ni dans le programme de la coalition, ni dans celui du « pôle démocratie », revendiquent à une nuance près la même démarche qui consiste en l’établissement d’un dialogue politique avec le pouvoir ouvert à toutes les forces politico-sociales représentatives. Tous ont désormais conscience qu’à laisser le pouvoir agir seul et à se contenter d’un rôle passif, signifierait pour eux une mort politique certaine. Cela d’autant qu’ils ont la certitude que le pouvoir a déjà engagé une stratégie qui vise à mettre hors jeu l’ensemble des partis en suscitant la création de relais dans la société supposés remédier à leur impuissance et à leur absence.

Les événements de Kabyle, en mettant à nu le fossé qui sépare le pouvoir des citoyens, ont du même coup mis fin à la tétanisation dont sont victimes les partis politiques et leur donnent, par l’occasion, la possibilité de réinvestir le terrain. Faut-il encore qu’ils apportent la preuve qu’ils sont capables de dépasser pour les uns leur égoïsme rigide, pour d’autres leur sectarisme étroit et pour d’autres enfin leur ambition effrénée au leadership. Pour devenir réellement un contrepoids au pouvoir et le forcer à ouvrir le dialogue avec eux, les partis politiques n’ont d’autre solution que celle de s’entendre d’abord entre eux sur un « smig » politique. Ce n’est qu’à cette condition qu’ils auront l’opportunité de devenir des acteurs incontournables que le pouvoir ne pourrait indéfiniment ignorer. Ce n’est que quand les partis ont à un moment ou à un autre réussi des actions unitaires qu’ils ont pu peser sur les événements ou du moins obligé le pouvoir à jeter du lest.

 

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