L’Intifada algérienne

L’Intifada algérienne

Courrier International, 31/5/2001

Le Front des forces socialistes (FFS) a appelé “toutes les forces politiques et sociales” à se déplacer jeudi 31 mai à Alger pour une “marche contre la répression et les provocations”. La contestation qui a démarré en Kabylie fin avril gagne du terrain…

“La situation se détériore de plus en plus”, “La marche tourne à l’émeute”, “Tension à Alger”, “Affrontements et enterrements alternent” : les titres de la presse algérienne expriment à eux seuls la dégradation de la situation en Algérie. La colère kabyle est loin de se calmer. Au quotidien, depuis quarante jours, des manifestations sont organisées dans différentes villes de la Kabylie, ponctuées d’affrontements avec les forces de sécurité.

“Une quinzaine de camions de l’armée a été dépêchée avant-hier [mardi 29 mai] dans la ville de Tigzirt. A Azazga, un important contingent militaire aurait pris position dans la forêt de Yakouren et des hélicoptères de l’ANP survolaient hier [mercredi 30 mai], pendant toute la journée, la ville de Tizi Ouzou”, relate “Liberté”. La liste des blessés s’alourdit et le nombre des morts augmente…

Les manifestants étaient au départ des jeunes descendus dans la rue exprimer leur colère à la suite de la mort, le 19 avril, d’un jeune lycéen de 20 ans atteint de plusieurs balles dans les locaux de la gendarmerie de Béni Douala. Après les jeunes, c’était le tour des avocats, ensuite celui des journalistes et éditeurs de la presse indépendante…

Hier, mercredi 30 mai, c’étaient les “blouses blanches” qui “ont arpenté les rues de Tizi Ouzou dans une marche silencieuse initiée pour condamner cette répression barbare qui s’abat sur les populations désarmées et le silence intolérable du pouvoir politique”, rapporte “La Tribune”. A côté des banderoles, les manifestants arboraient des clichés radiologiques des victimes, blessées ou décédées, montrant les impacts de balles dans leurs corps, précise le quotidien. Une autre manifestation des “blouses blanches” est prévue samedi prochain, à Sidi Aïch, pour protester contre “les abus de la part des services de sécurité, qui tirent à balles réelles sur des enfants désarmés qui n’ont comme moyen de riposte que des pierres”.

Les actions de solidarité avec la révolte de la Kabylie contre l’exclusion sociale se multiplient. “Le Matin” fait état de la mobilisation des étudiants de plusieurs écoles à Alger, rassemblés hier pour un sit-in et qui s’organisent “pour une action plus large s’inscrivant dans le cadre du rejet de la répression. Ils comptent initier, dans les prochains jours, une marche nationale regroupant des représentants de l’ensemble des universités algériennes.”

Mais la manifestation la plus attendue est celle qui devrait se dérouler aujourd’hui à Alger à l’appel du Front des forces socialistes. Cette marche sera-t-elle l’occasion d’une réelle mobilisation populaire ? “La difficulté avérée des partis politiques de l’opposition à construire ensemble une alternative démocratique crédible au pouvoir en place provoque une certaine déception au sein de l’opinion publique nationale, qui reste persuadée que seule une démarche unitaire est susceptible de faire aboutir les aspirations démocratiques de la société algérienne”, estime “La Tribune”. De même, “Le Matin” constate que “les politiques divergentes suivies par les partis de la mouvance démocratique n’ont pu être transcendées pour les ériger en bloc”.

Le malaise qui ronge la Kabylie est-il révélateur d’une crise plus profonde qui touche le pays dans son ensemble ? Pour “La Tribune”, “quelles que soient les lectures auxquelles a donné lieu la protestation populaire en Kabylie, il est d’ores et déjà acquis qu’elle aura à peser de manière décisive sur la recomposition du champ politique national”. Et, face aux dissensions qui déchirent les partis démocratiques, le quotidien constate : “Quoi qu’il en soit, s’il faut désespérer de voir un jour nos leaders politiques s’entendre sur l’essentiel, il y a heureusement le peuple et sa dynamique qui leur indiqueront la voie. Car, au-delà des tiraillements élitaires, c’est l’Algérie qu’il faudra sauver d’un régime vieilli et tombé en obsolescence.”

 

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