«C’est inadmissible qu’on tire à balles réelles sur des manifestants»

Hélène Flautre, députée vert européenne :

«C’est inadmissible qu’on tire à balles réelles sur des manifestants»

Par Lakhdar Siad, La Tribune, 23 mai 2001

Hélène Flautre, députée Vert et membre de la délégation du Parlement européen, en visite en Algérie depuis jeudi dernier, s’est rendue, dans la journée d’hier, à Tizi Ouzou en compagnie de son assistant, Claude Taleb, pour rencontrer les familles des victimes des émeutes de Kabylie et recueillir les témoignages des blessés. La rencontre a eu lieu à la maison des droits de l’Homme et du citoyen. A la fin de ses entretiens, Hélène Flautre a déclaré à la presse : «Ces témoignages serviront à dire ce que j’ai compris, témoigner de la violence en Kabylie, éclairer les doutes de préméditation et de la fausseté du discours officiel développé sur la légitime défense. Il y a plein d’exemples concrets, de témoignages qui disent qu’on n’est pas dans cette situation. Il y a vraiment volonté de tuer, des gens qui ont été pourchassés très loin des brigades de gendarmerie. La thèse de la légitime défense tombe immédiatement après ces témoignages.» Ajoutant qu’il n’y a pas que les gendarmes qui ont tué durant les émeutes, expliquant qu’«il y a des forces de sécurité animées d’une véritable haine et d’un vrai désir de violence et d’en découdre». Pour preuve, elle dit que «du moment que, d’un côté, il y a des gens armés et, de l’autre, des gens qui ne le sont pas, il ne peut y avoir de légitime défense. J’avoue que je ne mesurais pas à quel point ces groupes sont animés d’une volonté de tuer, de casser […] Je pensais à un dépassement possible mais il s’avère qu’il n’en est plus dans ce schéma. C’est inadmissible qu’on tire à balles réelles sur des manifestants». Elle dit aussi avoir rencontré les deux présidents des deux commissions d’enquête [Issaad et parlementaire] qui lui ont promis de transmettre leurs conclusions juste après le résultat de leurs travaux qui, dit-elle, «doivent être rendus publics, sinon ils [présidents des deux commissions, NDLR] auront du mal à l’expliquer même si ce n’est pas la première fois que cela arrive. Mais on sera nombreux à exiger leur publication». Une fois rendues publiques, la délégation confrontera ses conclusions avec celles des commissions d’enquête officielles.A propos des conditions de sa visite, elle avoue ne pas avoir été empêchée de venir. «Je me doutais que ce ne serait pas facile, j’ai usé d’un canal militant et d’un réseau d’amis pour venir.» «Avant de venir, dit-elle, j’ai prévenu le chef de protocole et j’ai attendu sa réponse.» «Personne n’est venu me dire non mais les choses ont traîné jusqu’à 1 heure et je n’avais toujours pas de réponse. J’ai fini par apprendre par le biais du chef de protocole de notre délégation ces mots-ci : je suis désolé, on m’a dit non» et ajoute : «J’ai compris que le ‘‘on’’ est une décision politique. Tout a été fait pour me dissuader de venir. On m’a dit que c’était dangereux mais je crois qu’ils ont dû mesurer l’étendue d’une interdiction concrète.» En conclusion, elle déclare : «Maintenant, j’ai compris pourquoi on ne voulait pas que je vienne.»

 

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