Les enterrements exhument des interrogations sur les causes des décès

Les enterrements exhument des interrogations sur les causes des décès

Lakhdar Siad, La Tribune, 8 mai 2001

Jusqu’à hier, la Kabylie enterre toujours ses morts, victimes de la répression sanglante des gendarmes, dirigée contre la population locale 15 jours durant. Azazga, à 37 kilomètres à l’est de Tizi Ouzou, a enterré sa 8ème victime au village Tamassit dans le deuil et l’indignation de la foule compacte présente, en outre, à cause des difficultés (blocages) rencontrées par la famille de celle-ci au niveau «de la Sûreté urbaine d’Azazga pour l’obtention d’un procès-verbal de décès» et à l’hôpital Mustapha Bacha où des «anomalies» sont constatées par ses proches parents. En effet, la victime, Sadet Youcef, âgée de 20 ans, décédée le 4 du mois en cours, a été atteinte de 5 balles le 27 avril dernier lors d’affrontements entre manifestants et gendarmes de la brigade d’Azazga. Selon des témoignages recueillis sur place, Sadet Youcef se trouvait à quelque 300 mètres des positions de la gendarmerie lorsqu’une rafale le toucha dans plusieurs parties de son corps, notamment l’abdomen. «Nous avons reconnu les gendarmes auteurs des tirs, ils sont deux.» «Ce jour-là, avant de tirer sur la foule, des gendarmes positionnés sur la terrasse de leur brigade n’ont pas cessé de provoquer quelques familles qui regardaient la manifestation à partir des balcons en leur lançant des obscénités et nous avons légitimement réagi avec des pierres. Furieux, des gendarmes à partir d’une terrasse d’un particulier, pas loin de la brigade, ont tiré sur nous et c’est à ce moment que le défunt Youcef a été touché», nous affirme un manifestant et ami de Sadet Youcef, concernant les circonstances de ses blessures. Transféré vers l’hôpital de Tizi Ouzou puis, vers l’hôpital Mustapha Bacha d’Alger. Puis subitement, Sadet Youcef décède, sans subir aucune opération, le 4 du mois en cours. «Le samedi 5 mai, on descend sur Alger pour l’autopsie mais c’est peine perdue puisqu’il manquait un médecin légiste pour faire l’autopsie. Le lendemain, on redescend et l’autopsie est faite avec la présence de 4 médecins légistes et son médecin traitant. A notre stupéfaction, les radiographies n’ont montré aucune existence de balles logées dans son corps alors qu’un rapport d’autopsie a révélé l’existence d’impacts de balles. Alors on se demande où sont passées les balles ? Qui les a extirpées ? Pourquoi et pour cacher quoi ?» d’autant que sur le certificat médical, il est noté que «les blessures sont causées par une arme à feu. A-t-on extirpé les balles et suturé les blessures pour aboutir aux conclusions d’une mort naturelle ou accidentelle sans rapports avec les circonstances de la mort de Youcef et les émeutes meurtrières ? La veille de sa mort, des infirmiers ou médecins lui ont injecté du Valium. Pourquoi ? Alors qu’avant le 4 mai, il était bien portant et conscient de son état ?», témoignent ses proches parents et ses amis du village qui ajoutent que tous les blessés des émeutes de Kabylie transférés vers l’hôpital Mustapha Bacha ont tété victimes d’une négligence médicale. «Des blessés n’ont pas été opérés alors qu’ils étaient depuis plusieurs jours dans l’attente», disent-ils. Sans omettre de signaler qu’à la Sûreté urbaine d’Azazga, le procès-verbal nécessaire pour récupérer la dépouille mortelle a été refait à 3 reprises avec tout le retard qui en a découlé.

L. S.

 

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