Lettre ouverte de M. Rebai à propos de l’affaire « Taiwan »

Lettre ouverte de M. Rebai à propos de l’affaire « Taiwan »

Alger, le 1 juillet 2000

LE REQUERANT :

Nom : REBAI
Prénom : Mohamed
Fonction : ex-officier de police
Situation de famille : marié (père d’une fille)
Adresse : chez famille REBAI, numéro 9, rue Rachid Khebach – Casbah (Alger)

A
Son Excellence Le Président de la République
(El-Mouradia – Alger)

OBJET : Recours (demande de réhabilitation)
REFERENCES :

  • Constitution (articles 24, 32, 35, 45, 48, 60, 70, 139, 140, 145 et 152).
  • Loi numéro 99-08 du 13 juillet 1999 relative à la concorde civile.
  • Ordonnance nr. 66-155 du 8 juin 1966 portant code de procédure pénale, modifié et complété (notamment ses articles 44, 45, 47 et 65).
  • Décret nr. 85-59 du 23 mars 1985 portant statut des employés dans les institutions et administrations publiques (notamment ses articles 130, 131 et 132).
  • Decret-legislatif nr. 92-03 du 30 septembre 1992 relatif à la lutte contre la subversion et le terrorisme (notamment son article 22).
  • Décret – présidentiel nr. 92-77 du 22 février 1992 portant création de l’Office National des Droits de l’Homme.
  • Décret – présidentiel nr. 2000-03 du 10 janvier 2000 portant grace spéciale.
  • Décret – exécutif nr. 91-524 du 25 décembre 1991 portant statut spécial des fonctionnaires de la sûreté nationale (notamment ses articles 41-43 et 46).
  • Décret – exécutif nr. 99-142 du 20 juillet 1999 portant modalités d’exécution de l’article 8 de la loi nr. 99-08 du 13 juillet 1999 relative à la concorde civile.
  • Décret – exécutif nr. 99-143 du 20 juillet 1999 portant modalités d’exécution des articles 14, 16, 17, 31, 32 et 35 de la loi nr. 99-08 du 13 juillet 1999 relative à la concorde civile.
  • Décret – exécutif nr. 99-144 du 20 juillet 1999 portant modalités d’exécution de l’article 40 de la loi nr. 99-08 du 13 juillet 1999 relative à la concorde civile.
  • Déclaration Universelle des droits de l’homme adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 28 décembre 1948 (notamment ses articles 3, 5, 7, 8, 10 et 11).
  • Conventions et Pactes internationaux relatifs aux droits de l’homme ratifiés par l’Etat algérien.

ANNEXES :

– Jugement d’acquittement prononcé par le tribunal criminel d’Alger le 17 novembre 1996.

– Jugement d’acquittement prononcé par le tribunal criminel d’Alger le 3 décembre 1998 (après révision d’une erreur matérielle dans le précédant jugement).

– Arrêt rendu par la Cour suprême – cambre criminelle – le 29 février 2000 rejetant le pourvoi en cassation du parquet.

– Notification d’une ordonnance de non-lieu (rendue par le juge d’instruction le 15 décembre 1995).

– Certificat médical délivré par le service de santé militaire de la 1iere Région militaire.

– Notification de radiation de la liste des fonctionnaires de la sûreté nationale.

Monsieur Le Président de la République

premier magistrat de l’Etat

J’ai l’honneur de vous présenter ce recours en vous priant d’une part de le prendre en considération sur le fondement du serment que vous avez prêté devant la nation au lendemain de votre prise de fonction pour la direction de ce cher pays et, d’autre part de l’étudiez à la lumière des dispositions constitutionnelles et des lois de la République.

Je suis un citoyen algérien ; j’étais officier de police avant de faire l’objet d’un complot ourdi par des responsables dont le seul désir dans cette vie est de défendre leurs intérêts personnels, même au détriment de la patrie ou de l’avenir de ses hommes fidèles. C’est ainsi que dans un laps de temps très court je me suis retrouvé accusé dans une affaire de terrorisme (préfabriquée), sali dans ma dignité, torturé et emprisonné jusqu’à ce que le destin dévoile les faits et me fasse bénéficier de l’acquittement par jugement du 17 novembre 1996, après que j’eusse souffert de cinquante six (56) jours de garde à vue inhumaine dans les geôles du Service Central de la Répression du Banditisme (SCRB) à Chateauneuf et de presque vingt mois (20) en détention préventive. Depuis ma libération, j’ai quitté – ou plus précisément j’ai fuis – Alger pour vivre au Sahara.

Avant de préciser l’objet de mon recours, je voudrai justifier pourquoi j’ai attendu tout ce temps avant d’élever la voix pour réclamer d’une part ma réhabilitation et, d’autre part, dénoncer des responsables qui n’ont d’intégrité, de courage et d’amour envers le pays que ce qu’ils déclarent du bout des lèvres. Mon attente durant toute cette période, du 17 novembre 1996 jour de ma libération et jusqu’au 29 avril 2000, est triplement justifiée :

  1. Attendre que le jugement acquiert l’autorité de chose jugée : Le tribunal criminel d’Alger a prononcé mon acquittement le 17 novembre 1996 mais, en raison d’une erreur de procédure, le procureur général près la Cour d’Alger s’est pourvu en cassation contre ledit jugement. Ce n’est donc que le 3 décembre 1998 que je bénéficie d’un jugement d’acquittement dépourvu de cette erreur de procédure. Toutefois, le procureur général près la même Cour s’est encore une fois pourvu en cassation sous prétexte de violation d’une règle de procédure. Mais en rejetant son pourvoi, la Cour suprême a confirmé donc mon acquittement par arrêt du 29 février 2000. Respectueux de la législation portant sur les relations de travail, notamment les dispositions de l’article 131 du Décret numéro 85-59 du 23 mars 1985 portant Statut des employés dans les institutions et administrations publiques, ainsi que celles de l’article 43 du Décret – exécutif numéro 91-524 du 25 décembre 1991 portant sur le Statut des fonctionnaires de la sûreté nationale, je me devais d’attendre que le jugement me faisant bénéficier de l’acquittement devienne définitif. Il ne le fut qu’à partir du 29 février 2000 lorsque la chambre criminelle de la Cour suprême a rejeté le pourvoi en cassation introduit devant elle par le procureur général près la Cour d’Alger, et confirmant, de ce fait, mon innocence.
  2. Monsieur Le Président, ma grande confiance en vous est justifiée en raison du respect que vous n’avez cessé de montrer pour les libertés fondamentales, pour les droits de l’homme, pour l’enracinement de la démocratie et pour la suprématie de la loi, et ce, depuis que vous avez pris les rennes du pouvoir et l’administration des affaires du pays. Vous avez répété cet engagement en maintes occasions tant nationales que continentales, régionales et internationales.
  3. Le chemin important parcouru dans l’application de la loi numéro 99-08 du 13 juillet 1999 relative au rétablissement de la concorde civile m’encourage à vous solliciter, d’abord après presque dix années (10) depuis l’apparition du phénomène du terrorisme, ensuite cinq années depuis mon arrestation (lundi 2 janvier 1995), enfin depuis environ une année de mise en oeuvre de cette loi de concorde civile et de ses textes d’application (Décrets – exécutifs numéros 99-142, 99-143 et 99-144). Permettez-moi Monsieur Le Président de poser, à travers votre respectable personne, une question aux responsables qui définissent et dirigent la lutte contre la subversion et le terrorisme en Algérie. Cette question est : Est-ce qu’il existe dans les archives des services de sécurité chargés de combattre la subversion et le terrorisme des documents récupérés à la suite des opérations de ratissage, ou comportant des déclarations de terroristes arrêtés ou qui se seraient rendus, documents qui prouvent la moindre relation entre ma personne et un quelconque groupe terroriste ? Si la réponse est positive, pourquoi ne pas ouvrir alors une information sur charges nouvelles contre moi conformément aux dispositions de l’ordonnance numéro 66-155 du 8 juin 1966 portant code de procédure pénale – modifié et complété – Mais si la réponse est négative – ce en quoi j’ai la certitude – pourquoi alors cet acharnement contre moi, et pourquoi m’avoir rendu victime de torture, d’atteinte à la dignité, d’emprisonnement et de destruction de mon avenir alors que je suis un citoyen nationaliste, jaloux de sa patrie ? Il est de règle, en matière judiciaire, que le doute profite à l’accusé. On ne peut donc condamner sur la base du doute. D’autre part, est-ce que la promotion dans les grades et la nomination dans les fonctions supérieures se basent sur les règlement de comptes, par la planification de complots contre un officier de police qui débute sa carrière professionnelle, connu de surcroît pour son intégrité, sa capacité et son amour de la patrie ? Qui suis-je ? Suis-je un fonctionnaire jaloux de sa patrie et qui aime son métier ? Ou un terroriste ou encore un traître à la nation ? La question est à poser à ceux qui m’ont accusé, ou mieux encore, à ceux qui m’ont visé par leur machination. Carlos, le célèbre terroriste, n’a pu échapper à l’arrestation et le voila dans les prisons françaises à attendre son jugement. Je ne suis pas « Abu Nidhal » qui purge sa peine dans les prisons égyptiennes, ni le français « Bob Denard » qui a bénéficié de l’acquittement pour raison d’Etat. De plus, tous les émirs qui ont dirigé le terrorisme en Algérie nonobstant la diversité de leurs tendances, leurs groupements et leurs escadrons, du surnommé « Moh Leveilley » à « Antar Zouabri » et « Hassan Hattab », en passant par « Layada Abdelhaq », « Djaffar Al-Afghani », et « Gousmi Cherif », tous ont pu être identifiés. C’est pourquoi, je répète : Qui suis-je ? La réponse est que je suis victime de trois causes qui sont : – un concours de circonstances – machination diabolique de la part de responsables que j’ai osé dévoiler pour montrer leurs activités illégales – ma sérénité, mon sérieux et mon intégrité dans l’accomplissement de mes fonctions. Voici maintenant le détail de mon affaire ou plutôt mon calvaire qui a commencé lorsque j’ai refusé, protesté et dénoncé des violations par des pratiques illégales, inhumaines et illégitimes contre les droits de l’homme, ceci d’une part et, d’autre part, mon audace et témérité lorsque j’ai osé mettre la main sur le dossier du réseau du trafic de voitures connu sous le nom de « voitures Taiwan ».

Monsieur Le Président

Après un stage qui aura duré dix mois (10) à l’Ecole supérieure de police de Chateauneuf, je suis sorti avec la promotion de fin du mois d’octobre 1992 avec le grade d’officier de police, affecté à la Sûreté de la Wilaya d’Alger, Service de Police judiciaire (SWPJ/SWA). J’avais choisi de travailler sur le terrain dans le dessein de contribuer au rétablissement de la sécurité publique, au moment même où de nombreux collègues utilisaient tous les artifices pour se voir affectés dans les services administratifs. J’avais été nommé comme adjoint au chef de la Brigade de Répression du Banditisme (BRB) en raison de mes compétences et de mes capacités physiques comme j’ai eu l’occasion de le prouver en de nombreuses occasions, notamment dans le démantèlement d’un réseau terroriste. Ceci sera confirmé par les notations que j’avais obtenues de la part des différents responsables qui se sont relayés à la tête du service de police judiciaire de la Wilaya d’Alger.

Le 30 mai 1993 j’ai du quitter la Casbah où j’habitais avec ma famille en raison du développement des opérations terroristes, notamment dans ce quartier, pour être hébergé à l’hôtel « Genève » qui fut réquisitionné au bénéfice des fonctionnaires de la sûreté nationale.

Vers la fin du mois de février 1994 je dépassais les lignes rouges, sans en avoir conscience et sans préméditation, en mettant la main sur le dossier du trafic de voitures, connu plus tard sous le nom médiatique de « voitures Taiwan ». Cette affaire avait fait couler beaucoup d’encre et reste d’ailleurs d’actualité dans les médias nationaux.

De fait, j’avais exploité un ensemble d’informations que m’avait communiqué mon camarade de stage et officier de police – Touadi Hachemi – chef de la brigade de police des frontières au port d’Alger, qui fut tué dans son bureau dans des circonstances qui suscitent la curiosité et posent de nombreuses questions. Ces informations indiquent la présence d’un grand réseau spécialisé dans le domaine du trafic de très nombreuses voitures de luxe, celles volées dans des pays d’Europe occidentale et introduites en Algérie à partir du port de Marseille (France), avec régularisation des documents facilitant la vente dans différents marchés algeriens ; par ailleurs, celles volées sous la menace des armes à feu et vendues après régularisation des pièces administratives et modifications des numéros d’identification et confection de cartes grises etc. Il m’avait confié ces informations en raison de ma qualité d’officier et d’adjoint au chef de la Brigade de Répression du Banditisme et du Terrorisme, compétent de par ma fonction pour mener à bien les enquêtes nécessaires.

D’autre part, parmi les informations qu’il m’avait données figuraient : 1- que les chefs de ce réseau ou de cette bande sont les nommés « Guendouzi Toufiq » âgé de 25 ans et résidant à El-Harrach, et son associé Aouis Ali ayant le même âge et résidant également à El-Harrach. 2- Les membres du réseau sont des fonctionnaires travaillant tant dans les Dairate de Sidi-M’hamed et El-Harrach que dans les communes de ces deux circonscriptions (notamment dans les services de cartes-grises, de la légalisation. Ce réseau comprenant aussi des agents de sécurité dépendant de la sûreté nationale.

Après obtention de ces informations et conformément à mes attributions légales j’ai entamé une opération d’identification des deux responsables dudit réseau en m’adressant au service des archives de la Sûreté de la Wilaya d’Alger. J’ai pu ainsi connaître leur véritable identité. Il s’agit de : Guendouzi Toufiq né en 1969 à El-Harrach, étudiant dans la filière ingenieur-civil mais ayant suspendu ses études, résidant au quartier Dessoliez – El-Harrach. Et de Aouis Ali né également en 1969 à El-Harrach, étudiant dans la filière ingenieur-civil mais ayant suspendu ses études, résidant au quartier Kourifa – El-Harrach.

Un ou deux jours plus tard, alors que j’étais de permanence au Service de police judiciaire de la sûreté de Wilaya, je me suis déplacé vers le domicile de ces deux personnes avec les groupes opérationnels sur des véhicules de service – Nissan – après avoir avisé la salle des opérations -émission-.

Mais en raison des difficultés de localisation du domicile de Guendouzi Toufiq nous avons été contraints de nous diriger vers le domicile de Aouis Ali, plus facile à localiser. En présence de ce dernier ainsi que de son père et de ses frères j’ai pu, avec deux éléments du groupe qui m’accompagnait, perquisitionner sa chambre sans découvrir quoi que ce soit de suspect. J’ai demandé alors (au suspect) de m’accompagner au service. Tout cela s’est déroulé conformément à la loi.

Dans la voiture de service, j’ai demandé au suspect de nous accompagner au domicile de son ami Guendouzi Toufiq. Il avait alors prétendu ne pas connaître son adresse. Nous nous sommes alors dirigé vers le service.

Là, je lui ai renouvelé ma question sans pression, menace ou provocation, sur sa relation avec Guendouzi Toufiq. Au début, il a nié toute relation entre-eux, puis il a reconnu qu’il avait fait sa connaissance à l’université, que c’était son ami et que leurs rapports se sont développés. Ils ont convenu par la suite d’arrêter leurs études pour se consacrer au commerce de voitures qu’ils jugeaient lucratif.

A ma question sur la manière avec laquelle ils opéraient, il répondit qu’il n’en connaissait rien et que son associé Guendouzi Toufiq s’occupait de tout.

A propos du capital financier avec lequel il contribue dans ces opérations, il répondit à ma question qu’il oscillait entre cent (100) et deux cents (200) millions de centimes. Lorsque j’ai renouvelé ma question sur l’adresse de son associé il niera le connaître. Devant cette curieuse réponse je lui ait dit qu’il allait passer la nuit (au service).

Le lendemain, et en présence d’éléments de la brigade, je l’ai questionné à nouveau sur l’adresse de son associé Guendouzi Toufiq. Il répondit toujours ne pas le connaître, ce qui m’a conduit à le relâcher en me contentant de lui remettre deux convocations, l’un pour lui-même, l’autre pour son associé, en lui recommandant que tous les deux devront se présenter au service.

C’est à partir de ce moment que l’importance de cette affaire a commencé à se révéler :Les interventions se sont multipliées de la part d’intermédiaires au bénéfice des susnommés, savoir Guendouzi Toufiq et Aouis Ali. Ainsi, se présentaient au siège de la brigade de nombreux fonctionnaires de différentes fonctions, grades et services, particulièrement des fonctionnaires de la sûreté nationale notamment le commissaire et chef de la Brigade de Répression du Banditisme (BRB) Benziane Abdelmadjid dont j’étais l’adjoint. Il m’est apparu par la suite que ce dernier empruntait de temps à autre de la part de Guendouzi Toufiq un logement locatif au bord de la mer – Sidi Ferruch. Parmi les fonctionnaires intervenants, je note également Tifaoui Smail le président du Conseil Populaire de la Ville d’Alger (CPVA).

Malgré ces interventions et après plus de dix (10) jours depuis la libération de Aouis Ali sans qu’il ne se représente au service, j’avais décidé de l’arrêter à nouveau.

Ce sera fait vers la fin du mois de mars 1994 puisque, dans les mêmes circonstances et conditions que lors de la précédante intervention, j’ai procédé, en compagnie d’éléments du groupe opérationnel travaillant au service, à l’arrestation du susnommé Aouis Ali qui, sans aucune résistance, nous accompagna au domicile de son associé. Arrivés sur les lieux, nous constatons l’absence de Guendouzi Toufiq. D’après les déclarations du père de celui-ci et de son frère aîné, présents sur les lieux, Guendouzi Toufiq aurait quitté son domicile depuis plus d’une semaine, soit depuis la première arrestation de son associé Aouis Ali.

La perquisition opérée dans sa chambre en présence de son père et de son frère aîné a permis de mettre la main sur le passeport personnel du suspect, sur un ensemble de carnets internationaux de véhicules ainsi qu’une liste de numéros de séries et d’immatriculations de véhicules, ceci en plus d’une somme de deux cent quatre-vingt seize milles dinars algériens. A noter que je fus accusé plus tard d’avoir pris cet argent pour moi même alors même que le commissaire de police compétent, chef de la Brigade de Répression du Banditisme Benziane Abdelmadjid, l’avait bien mis en dépôt au Greffe du tribunal d’Alger – Sidi M’hamed – le 8 avril 1994, en tant que pièce à conviction à l’encontre de Guendouzi Toufiq, dans l’affaire

Après avoir laissé une convocation pour Guendouzi Toufiq entre les mains de son père, nous sommes revenus au service avec le frère aîné afin de l’entendre sur procès-verbal. Il fur ainsi entendu sur les activités de son frère ainsi que sur l’origine des documents et de l’argent trouvés et saisis lors de la perquisition du domicile. Il fut remis en liberté le lendemain matin avec en main, lui aussi, une convocation destinée à son frère. L’argent saisi avait été immédiatement remis contre récépissé au chef du service des armes près le Service de police judiciaire de la Wilaya.

Un jour plus tard, j’ai commencé l’exploitation de la liste des numéros de séries saisie lors de la perquisition de la chambre de Guendouzi Toufiq. Muni d’une « Réquisition à personne », je me rendis au service des cartes grises de la Daira de Sidi M’hamed pour demander à son responsable, après m’être présenté ès qualité et après lui avoir remis la réquisition à personne, de me remettre les dossiers des véhicules portant les numéros de série contenus dans la liste et répertoriés sur la réquisition. Il s’absenta un moment et, à son retour, m’informa que son service ne disposait d’aucun des dossiers concernés. Mais il est certain qu’après cette tentative l’alarme fut donnée et le signal d’alerte et d’urgence mis en mouvement.

Deux jours plus tard, et à l’occasion d’une fouille de véhicule suspect transportant trois personnes, fouille effectuée par les membres de l’armée nationale populaire devant un barrage fixe aux environs de Rais – commune de Larbaa, deux cabas avec leur contenu furent saisis. Ces cabas contenaient quelque quatre cent soixante dix (470) cartes grises vierges ainsi qu’un grand nombre de cachets et sceaux appartenant à plusieurs institutions et services (notamment direction des mines/contrôle technique des véhicules – Dairate/services des cartes grises – Communes/services légalisation des documents etc.).

Les trois personnes et les pièces saisies furent remis au service de police judiciaire de Wilaya/Sûreté de la Wilaya d’Alger (SWPJ7SWA). Il est clair que les cachets et sceaux étaient utilisés pour légaliser des actes de vente et d’achat de véhicules, pour confectionner des actes de naissance portant des identités fictives ainsi que pour établir des documents prouvant la normalité des numéros de série de véhicules entre autres opérations liées à ce genre de trafic.

Il convient de souligner que parmi les cachets saisis en possession des personnes arrêtées, figurent des sceaux et cachets dont se sont emparés des personnes armées. La question qui se pose d’elle même est : Est-ce que ces personnes armées appartiennent aux services de sécurité ? Ou s’agit-il de terroristes ? Comment expliquer la possession de ces cachets et sceaux par les trois personnes arrêtées ?

Après transfert de ces derniers au service de police judiciaire de la Wilaya, et après leur audition, ils ont tous reconnus appartenir à un réseau spécialisé dans le vol et le trafic de documents de véhicules, et que le chef de cette bande n’est autre que Guendouzi Toufiq.

Face à ces données, l’affaire pris une autre tournure puisque le Colonel de police Mahmoudi Abdelkader, chef de la police judiciaire de Wilaya, désigna un groupe dont il désignera personnellement les membres afin d’enquêter dans cette affaire. Il ordonna en outre au commissaire Benziane Abdelmadjid – chef de la Brigade de Répression du Banditisme (BRB) – de me dessaisir de tous les documents et de lui donner tous les renseignements en ma possession concernant cette affaire. Il devait remettre le tout au Colonel de police Mahmoudi Abdelkader. Dés cet instant, du moins en apparence, pris fin pour moi toute relation avec ce dossier. Je précise « en apparence » car le compte à rebours pour le règlement de comptes avait déjà commencé.

Quatre ou cinq jours plus tard, soit au début du mois d’avril 1994, le groupe d’agents constitué par le colonel de police Mahmoudi Abdelkader a présenté à la justice les trois (3) suspects arrêtées, mais sans avoir au préalable démantelé leur réseau et en se contentant d’une instruction superficielle de leur affaire, une instruction toute formelle ; Guendouzi Toufiq, chef du réseau et chef de bande, fut cité comme étant en état de fuite. Quant aux accusations requises contre lui, citons : Association de malfaiteurs, trafic international de véhicules, détention illégale de cachets et sceaux, faux et usage de faux, vol qualifié et complicité.

Remarquons que Guendouzi Toufiq revint sur la scène quelques mois plus tard dans l’affaire réseau des « véhicules Taiwan » qui est toujours pendante devant la justice. Une semaine après son apparition, le commissaire de police Benziane Abdelmadjid commandant de la Brigade de Répression du Banditisme dont j’étais l’adjoint, a dépêché l’inspecteur de police Chenane Ali, membre du groupe, au tribunal de Sidi M’hamed pour déposer la somme d’argent que j’avais saisie au domicile de Guendouzi Toufiq pour un montant de 296.000 dinars ainsi que le passeport de l’intéressé. C’était le 6, 7 ou 8 avril 1994. Il s’agit de la somme d’argent déjà citée et qui devait servir de prétexte à mon accusation de l’avoir dérobée de chez l’associé de Guendouzi Toufiq, le nommé Aouis Ali.

Ce qui rend l’affaire Guendouzi encore plus suspecte c’est l’apparition de ce dernier quelques jours seulement après que son affaire soit transmise à la justice.

Alors que je me trouvais au service des archives de la sûreté de la Wilaya d’Alger, en compagnie de quelques collègues, j’avais demandé tout à fait par hasard s’il y avait du nouveau dans le dossier archives du nomme Guendouzi Toufiq. Je fus surpris d’apprendre qu’il avait pu obtenir un nouveau passeport alors même qu’il était sensé être recherché puisque signalé en « état de fuite ». Ici la question se pose d’elle-même : Comment le dénommé Guendouzi Toufiq a-t-il pu obtenir un nouveau passeport ? Qui l’a aidé dans cette entreprise ?

– Ce qui est certain c’est qu’il a bénéficié de la complicité d’agents de la sécurité.

Au milieu du mois de mai 1994 et en raison de la multiplication des actes terroristes dans la Capitale, la Direction Générale de la Sûreté Nationale avait mis en place ce qu’il est convenu d’appeler les Brigades Mobiles de Police Judiciaire (BMPJ) qui sont des entités opérationnelles de lutte anti terroriste. Il fut également décidé de diviser la ville d’Alger en « régions ». La première équipe mise en ouvre fut la brigade mobile de police judiciaire Oued Korich dont la compétence territoriale recouvrait la Daira de Bab-El-Oued. La constitution de cette brigade comprenait d’une part des éléments pris de la Brigade de Répression du Banditisme (BRB) dépendant du Service de police judiciaire de la Wilaya d’Alger et, d’autre part, du groupe de police judiciaire de la Daira de Bab-El-Oued.

J’avais demandé quelques jours plus tard au colonel de police Mahmoudi Abdelkader en sa qualité de commandant le Service de police judiciaire de la Wilaya d’Alger mon affectation à une autre brigade, et ce, par peur et par précaution contre toute réaction de vengeance de la part des groupes terroristes activant dans la région de la Casbah à l’encontre de membres de ma famille que j’avais laissés à la Casbah. Le colonel de police Mahmoudi Abdelkader accéda à ma demande et me proposa la direction de la cinquième Brigade Mobile de Police Judiciaire de Bourouba. J’avais refusé ce poste pour accepter celui d’adjoint au chef de Brigade parce qu’il m’apparaît évident que la lutte anti terroriste ne peut se faire que sur le terrain et non de derriere un bureau. A la fin de l’entrevue le colonel de police Mahmoudi Abdelkader me félicita pour mon point de vue et je suis donc parti.

J’ai donc rejoint la 5ieme Brigade Mobile (BMPJ) vers le 12 ou 13 juin 1994. Le chef de Brigade était l’officier de police Ouled Ami Boualem qui était précédemment adjoint au chef de la Sûreté Urbaine lorsque la sûreté urbaine ressortait de la Sûreté de la Daira d’El-Harrach.

Je souhaite signaler à ce propos, que la compétence de la 5ieme Brigade de Police Judiciaire de Bourouba s’étendait sur la plus dangereuse des régions en raison non seulement de sa grande étendue territoriale mais aussi du nombre considérable des groupes terroristes activant sur ces lieux ainsi que de sa position stratégique, puisque cette région constituait un lieu de rencontre et de transit entre plusieurs autres régions. C’est ce qui ressort du volume des opérations terroristes commises.

J’avais déjà signalé que mon calvaire avait deux causes principales : la première est due au fait que j’avais mis la main sur le dossier du réseau spécialisé dans le trafic de véhicules « Taiwan », la seconde ressort de ma témérité dans la condamnation, mon refus ainsi que ma dénonciation contre les violations évidentes et intolérables des droits de l’homme.

En effet, je ne resterai dans la cinquième Brigade Mobile de Police Judiciaire que quelques trente quatre jours (34) environ. J’y ai travaillé nuit et jour, en tant qu’adjoint du chef de brigade, de toutes mes forces, possibilités et compétences pour organiser les opérations de ratissage et d’intervention rapide. C’est ce qui ressort clairement, sans vantardise et avec modestie, de la maîtrise complète sur la situation sécuritaire avec la fin des opérations de terrorisme. Pour preuve, aucun assassinat, enlèvement ou explosion etc. n’est signalé durant toute la période de mon affectation au sein de cette brigade, alors que le nombre de ce type d’agression oscillait quotidiennement entre dix (10) et douze (12) à l’encontre de membres de l’armée, douaniers, agents des différents services de sécurité et des prisons, citoyens etc. De fait, il est facile de contrôler la véracité de ce propos puisqu’il suffit de questionner les services compétents et la salle d’émission de la sûreté de la Wilaya d’Alger.

Après avoir quitté la brigade les opérations criminelles se sont multipliées dans la région et étaient encore plus violentes qu’avant mon affectation. La question qui se pose d’elle même est la suivante : Comment expliquer le retour à la tranquillité publique sur tout l’étendue de la compétence territoriale de la cinquième Brigade Mobile de Bourouba lorsque j’y étais affecté ? Est-ce du à ma compétence, ma volonté et ma manière d’opérer ? Ou bien l’arrêt des opérations terroristes ressortait de mon ordre ou mon impulsion à l’égard des groupes terroristes puisque je fus accusé d’entretenir des rapports suspects avec eux ? Alors que la série des actes de violence est réapparue dés mon départ de cette brigade ?

Voici à présent la raison qui m’a conduit à abandonner la cinquième Brigade Mobile de Police Judiciaire de Bourouba, après que j’eusse volontairement choisi, auparavant, d’y être affecté. Après cette affectation les choses semblaient normales, mais après quelques jours seulement, les choses m’apparurent plus clairement dans leur nudité. J’avais découvert dans les deux (2) cellules de la brigade entre quinze (15) et vingt (20) détenus dans chacune d’elles, en plus d’un bureau isolé aménagé par le chef de brigade Ouled Ami Boualem en cellule spéciale pour les femmes détenues (il y avait en effet des femmes détenues comme je le prouverai). Il m’apparut également de l’état des détenus qu’ils étaient en garde à vue depuis une trop longue période comme il me sera révélé à la suite de leur interrogatoire ; la plupart d’entre-eux furent arrêtés plus de quatre (4) mois. Ceci signifie que l’arrestation avait eu lieu lorsque la Caserne était encore le siège de la quatrième sûreté urbaine de la Daira d’El-Harrach. A cette époque Ouled Ami Boualem était officier de police adjoint du chef de sûreté urbaine, le commissaire Ouled Ali Noureddine qui avait délégué sans condition à son adjoint tous les pouvoirs, en violations des lois.

Les détenus m’apprirent encore qu’ils n’étaient nourris qu’une ou deux fois par semaine avec pour menu invariable du pain et de l’eau, ce qui était assez logique. En effet, comment garantir la restauration de quarante (40) à cinquante (50) individus détenus dans une caserne dépourvue de cantine alors même que la caserne n’assurait pas depuis l’origine la restauration aux fonctionnaires qui y étaient affectés, puisque nous devions nous approvisionner auprès des commerces et restaurants avoisinants. Ceci sans égard à la question de l’hygiène car les régions d’El-Harrach et Bourouba connaissaient, spécialement, une pénurie d’eau même pour boire, surtout durant l’été.

Lorsque j’avais questionné le chef de brigade, l’officier Ouled Ami Boualem, en présence de son deuxième adjoint l’officier de police Boutaoun et de l’inspecteur Betka Habib, sur la raison de la détention de tous ces hommes et femmes, et quels étaient les faits qui leurs étaient reprochés, ou encore, la raison de leur présence depuis une aussi longue période il répondit très froidement, qu’en raison de leur présence dans la caserne depuis cette période il était nécessaire de les présenter à la justice sous n’importe quel prétexte et accusation pour s’en débarrasser et en même temps pour nous préserver du mal qu’ils pouvaient occasionner pour un certain temps. Sur ce, il proposa leur inculpation pour une série d’accusations, entre autre : détention de cassettes audio de nature propagandiste, détention de tracts appelant à prendre les armes et à la rébellion contre le régime, exposition au regard du public de bulletins appelant au trouble contre le régime. En tout état de cause, le bureau aménagé par l’officier Ouled Ami Boualem pour lui servir de chambre à coucher contient ce genre de documents.

Devant cette réponse et l’approbation de l’officier de police Boutaoun ainsi que celle de l’inspecteur Betka Habib qui est le bras droit du chef de brigade je n’avais que deux choix possibles : L’approbation du fait accompli et le silence complice devant cette violence, ou bien la rédaction d’un rapport circonstancié sur cette affaire pour le remettre au colonel de police Mahmoudi Abdelkader en sa double qualité de chef du service de police judiciaire de la Wilaya d’Alger et responsable des Brigades Mobiles de Police Judiciaire de la Wilaya d’Alger.

En plus de ces réalités, et sur la base des questions que j’avais posées à tous les détenus, il m’est apparu que la plupart d’entre-eux ont été victimes d’agressions sexuelles commises par l’officier de police Ouled Ami Boualem alors même que la quasi totalité des détenus sont mineurs ou encore que leur âge se situe entre 18 et 20 ans. La même chose pour les femmes détenues dans le bureau spécialement aménagé en cellule par le chef de brigade mobile qui en gardait personnellement la clef. Le seul tort de ces femmes était qu’elles étaient épouses, soeurs ou filles de terroristes. Est-ce que cette parente donne le droit au chef d’une brigade mobile de police de les arrêter, de les torturer et de les violer. Qu’en est-il du principe de légalité et de personnalisation des peines affirmé par la Constitution de la République ?

J’avais encore appris que les nommés Guendouzi Toufiq et Aouis Ali étaient les amis personnels de l’officier de police Ouled Ami Boualem tout comme son bras droit l’inspecteur de police Betka Habib puisqu’ils étaient liés dans le commerce des voitures Taiwan. En sus de tous ces faits établis, j’avais encore appris des faits qui ne sont pas moins graves.

Sur ce, et après cet exposé, il devient nécessaire pour moi d’argumenter pour démontrer la véracité de mes affirmations par des preuves. Malgré le fait que les documents prouvant ces faits ont été saisis lors de la perquisition de ma chambre à l’hôtel de Genève réquisitionné pour la police, pourquoi les enquêteurs du Service Central de Répression du Banditisme (SCRB) de Chateauneuf les ont subtilisés ? Où sont ces documents ? Qui en a donné l’ordre ? Qui est le bénéficiaire de la disparition de ces documents ? Est-ce probable que ma possession de ces documents devait faire avorter tous les complots échafaudés contre ma personne pour m’acculer au box des accusés ? Ou bien les preuves et les faits probants consignés dans ces documents sont de nature à porter atteinte à la renommée et à la considération de responsables – supposés – respectueux des lois et défenseurs apparents des droits de l’homme ? Ou bien encore, le contenu de ces documents se rapportant au réseau de trafic des véhicules – voitures Taiwan – est de nature à révéler les relations et les liens de beaucoup de responsables « intègres » de la sûreté nationale avec ce réseau ? Ma conviction est que l’affaire se rapporte à tout cela à la fois, mais le destin avait son mot à dire bien que la vérité arrivera à se faire connaître un jour. On dit bien que quelque que soit la longueur de la nuit, le jour devra bien se lever.

On peut s’assurer de cette vérité en examinant le dossier des accusés présentés à justice par la cinquième Brigade Mobile de Police Judiciaire de Bourouba, ou plus précisément par l’officier de police Ouled Ami Boualem entre les mois de juin et septembre 1994. Il est alors possible de constater ces évidences :

  1. Tous les accusés sont mineurs, ou encore, leur âge varie entre 18 et 20 ans
  2. Les accusations dont ils ont fait l’objet sont : possession de cassettes audio ayant un contenu propagandiste, détention et exposition publique de bulletins appelant à la rébellion, détention d’armes et appartenance à groupes armés (ce qui est facile pour un officier de police comme Ouled Ami Boualem qui peut choisir un nom de groupe parmi ceux activant au quartier dans lequel réside l’accusé victime).
  3. La longue durée de garde à vue passée par ces détenus dans les cellules de la brigade, durée qui dépasse l’imagination en plus des conditions inhumaines entourant cette détention.
  4. La majorité sinon la totalité de ces détenus fut victime d’agressions sexuelles de la part de l’officier de police Ouled Ami Boualem qui les faisait venir de nuit dans son bureau personnel. Tout cela au vu et au su de l’officier de police Boutaoun et de l’inspecteur de police Betka Habib qui avaient déjà travaillé avec lui lorsque la caserne était le siège de la sûreté urbaine et qui donc le connaissaient parfaitement. La même chose doit être dite au sujet des femmes détenues dans la caserne. Elles furent victimes de tortures, de coups et blessures, d’insultes et diffamations pour être plus dociles et se soumettre aux bas instincts sexuels de cet officier. Signalons encore que quelques détenus ont disparus dans des circonstances obscures et ne furent pas présentés à la justice. Où sont-ils ? De toute façon, une enquête sur ce point permettra de prouver ces propos et révéler ces vérités et d’autres.

Le rapport que j’avais établi à l’attention du colonel de police Mahmoudi Abdelkader, chef du Service de Police Judiciaire de la Wilaya d’Alger signalait également l’existence de rapports solides entre, d’une part, les susnommés Guendouzi Toufiq et Aouis Ali et, d’autre part, l’officier de police Ouled Ami Boualem le chef de la cinquième Brigade Mobile de Police Judiciaire ainsi que l’inspecteur de police Betka Habib et ce dans l’affaire du trafic illégal des voitures ayant de faux documents. En référence au dossier du réseau « véhicules Taiwan » plusieurs des questions posées trouveront réponse, ce dossier est toujours pendant devant la justice algérienne et a fait couler beaucoup d’encre tout en restant d’actualité dans la presse écrite.

Après avoir confronté l’officier de police Ouled Ami Boualem chef de la cinquième Brigade Mobile de Police Judiciaire de Bourouba à ces faits et après que j’eusse manifesté mon intention de ne pas me taire sur ces violations il était de mon intérêt de quitter cette brigade. Je ne dois pas omettre de signaler encore qu’après avoir découvert ces violences j’avais demandé à l’officier Boutaoun et deuxième adjoint au chef de brigade – il fut mon camarade de promotion au cours du stage que nous avions suivi à l’Ecole supérieure de police et qui fut affecté à la quatrième sûreté urbaine pour travailler avec l’officier Ouled Ami Boualem durant une longue période – s’il avait lui-même constaté ce type de violences sexuelles commises par l’officier de police Ouled Ami Boualem – qu’il appris à connaître – et autres violations des lois par la pratique de la torture, des coups, insultes et privation de nourriture etc. Il ne put que reconnaître et me confirmer dans les conclusions auxquelles j’étais arrivé. Il ajoutait que l’inspecteur de police Betka Habib était son complice actif dans tout cela. Mais lorsque je lui demandais de m’accompagner au Service de Police Judiciaire de la Wilaya d’Alger de la Sûreté de Wilaya (SWPJ-SWA) pour conforter mes dires auprès du chef de ce service, le colonel de police Mahmoudi Abdelkader, il refusa catégoriquement en justifiant ce refus par le fait que l’officier Ouled Ami Boualem avait de fortes relations hiérarchiques et qu’il était, en plus, très dangereux.

J’avais donc affronté ce problème tout seul en quittant la brigade par peur pour ma sécurité tout en dénonçant ces pratiques illégales et inhumaines. J’avais donc rédigé un rapport circonstancié et détaillé sur tous ces faits, en le confortant de preuves et de documents probants, pour le présenter au colonel de police Mahmoudi Abdelkader en signalant à ce responsable que je l’avais choisi même s’il m’était possible – en raison de la gravite de l’affaire – de faire parvenir ce rapport directement au Directeur General de la Sûreté Nationale ou au directeur de la police judiciaire. J’avais fais ce choix pour deux raisons : D’abord par respect de la hiérarchie ensuite pour la qualité des relations que j’avais avec lui, relation basée sur le respect mutuel. Je lui demandais de prendre les mesures nécessaires pour l’ouverture d’une enquête pour laquelle j’étais disposé à y apporter mon témoignage personnel. Ce rapport contenait d’autre part ce qui suit :

  1. L’officier de police Ouled Ami Boualem chef de la cinquième Brigade Mobile de Police Judiciaire de Bourouba est titulaire d’une licence en sciences islamiques obtenue en Arabie Saoudite après qu’il eut bénéficié d’une bourse de la Ligue islamique que dirigeait à l’époque Cheikh Larbaoui.
  2. Cet officier arrêtait souvent de jeunes gens mineurs ou d’âge oscillant entre 18 et 20 ans pour les torturer et les frapper pour finalement les agresser sexuellement. Mon rapport contenait une liste nominative de ses victimes – J’ai déjà signalé ci-dessus comment les identifier et les atteindre.
  3. Cet officier commettait le même crime avec les femmes détenues dans une de ses cellules spécialement aménagée. Il s’agit des épouses, soeurs et filles de terroristes.
  4. Affectation d’un bureau mitoyen à son propre bureau comme chambre à coucher disposant d’instruments de torture pour obliger ses victimes à consentir à ses bas instincts.
  5. Cet officier a des antécédents judiciaires, précisément « sexuels », puisqu’il fut l’objet de poursuites judiciaires alors qu’il était mineur, et même lorsqu’il eut atteint la majorité. Plus grave encore puisque même en étant officier de police et adjoint au chef de la quatrième sûreté urbaine de Bourouba il avait été nommément désigné dans une plainte pour les mêmes faits, mais la réquisition du procureur de la république près le tribunal d’El-Harrach visant à l’ouverture d’une information judiciaire fut classée en raison de la complicité et la protection de ses propres responsables. Il est toujours possible de vérifier cette information tant auprès du tribunal d’El-Harrach que par l’audition du commissaire de police Ferrah Mouloud, le chef de section de police judiciaire près la sûreté de Daira d’El-Harrach, ou celle de l’officier de police Boutaoun ou encore de l’inspecteur de police Betka Habib. En tout état de cause, on peut consulter les archives du dossier personnel de l’intéressé.
  6. J’avais également signalé dans mon rapport la relation existante entre l’officier de police Ouled Ami Boualem et l’inspecteur de police Betka Habib d’une part, et, les nommés Guendouzi Toufiq et Aouis Ali dans l’affaire des « véhicules Taiwan ».
  7. En sus d’une liste de sept (7) ou huit (8) véhicules identifiés par leur numéro de série et d’immatriculation que j’avais récupérés de la région de « Rais », dans la commune de Larba, en compagnie d’éléments de la cinquième Brigade Mobile de Police Judiciaire de Bourouba à la suite de l’exploitation de renseignements se rapportant au voitures volées par les groupes terroristes activant dans la région. Or, l’officier de police Ouled Ami Boualem a totalement fait disparaître toute trace de ces véhicules de marques différentes, comme Peugeot 505, 305, 405, ou Golf. En tout état de cause, cette opération et la liste des véhicules avait été communiquée par radio sans fil à la salle d’émission de la sûreté de la Wilaya d’Alger. Cet entretien est bel et bien enregistré et il est possible de le confirmer.
  8. J’avais précisé dans ce rapport que ces véhicules avaient été volés à leur propriétaires par des gens armés comme cela est confirmé par les plaintes des victimes. Par ailleurs, il convient de signaler que le rapport rédigé par l’officier de police Tayebi Lotfi et les inspecteurs de police Fekih Abderrahmane et Larbai Mohamed tous en tant qu’éléments de la Brigade Nationale des Renseignements Généraux (Brigade Nationale/SWRG/SWA) de la Sûreté de la Wilaya d’Alger a été adressé par le colonel de police, chef de service des renseignements généraux, au Directeur général de la sûreté nationale au cours du mois de juillet 1994.

Ce rapport comportait essentiellement le résultat de mon travail au sein de la cinquième Brigade Mobile de Police Judiciaire de Bourouba, axé sur les violations de la loi, sur les atteintes au droits de l’homme ainsi que sur le réseau de trafic des « véhicules Taiwan ». Ce rapport signalait enfin l’entière disponibilité de l’officier de police, en l’occurrence le signataire, d’apporter son propre témoignage au seul Directeur général de la sûreté nationale exclusivement. Je dois préciser encore que les fonctionnaires qui ont participé à ce rapport avaient été désignés par le colonel de police, chef du service des renseignements généraux de la police près la Wilaya d’Alger, afin d’enquêter sur le réseau des « véhicules trafiqués Taiwan », et ce, après que la capitale Alger ait été le lieu où le vol des voitures avec usage d’armes s’était considérablement développé et que leur propriétaires avaient retrouvé sur les marchés de voitures certains de leur véhicules. Ces fonctionnaires avaient signé plus tard ledit rapport, après avoir été reconnus innocents des accusations qui leur avaient été reprochées à la suite de complots visant à les écarter parce qu’ils avaient osé enquêter sur le dossier des « véhicules Taiwan ».

Lors de ma rencontre avec le colonel de police Mahmoudi Abdelkader, chef du Service de police judiciaire de la Wilaya d’Alger, au siège de la sûreté de la Wilaya d’Alger et après lui avoir exposé les faits détaillés sur l’affaire il m’avait questionné pour savoir si j’avais parlé de ce dossier à une autre personne. J’avais répondu par la négative, ce qui était vrai. Il me dit alors : Je prends personnellement en charge cette affaire et ordonnerai une enquête. Il me demanda au à dela la fin de l’entrevue de ne parler de cette affaire à personne et m’ordonna de rejoindre la Cellule Exploitation et Synthèse qui dépendait de lui et ne s’occupait que d’un travail purement administratif. J’ai appris par la suite que l’objectif du colonel de police était de me garder sous son contrôle, rien de plus sinon de m’empêcher de m’ouvrir à tout autre responsable des faits gravissimes. Comment comprendre autrement la désignation d’un homme de terrain et d’action comme moi dans un service administratif alors qu’au même moment le pays avait besoin de volontaires pour faire face à la machine de destruction du terrorisme comme il m’apparaîtra immédiatement après.

Quelques jours après cela je reçu la visite à mon bureau du commissaire de police Ailam Mouloud, adjoint au chef de service de police judiciaire de la Wilaya d’Alger, venu m’apprendre que j’étais convoqué par l’Inspection Générale des Services (IGS) à la Direction Générale de la Sûreté Nationale mais sans me remettre la moindre convocation écrite. Pour information, cette Inspection générale est généralement connue sous le nom de « police des polices ». L’entretien a eu lieu en présence tant du commissaire Belassel le chef de la Cellule Exploitation et Synthèse que de celles des inspecteurs de police Belahcene Abdelwahab et Serhoub Salah affectés eux aussi à la même cellule.

Le jour suivant, après avoir avisé le colonel de police Mahmoudi Abdelkader, chef du Service de Police Judiciaire de la Wilaya d’Alger, je me suis donc rendu à la Direction Générale de la Sûreté Nationale. J’ai du attendre presque une heure dans la salle d’attente de l’Inspection avant qu’un fonctionnaire qui, sans s’être préalablement présenté ni indiqué son grade et sa fonction, me demanda de le suivre dans un bureau vide et isolé.

Il s’assura de mon identité puis me demanda de lui révéler ce que je savais de l’affaire du trafic des « véhicules Taiwan ! Devant cette situation insolite je lui répondais calmement : Je n’ai rien à déclarer. Ledit fonctionnaire se leva et sorti sans mot dire, me laissant seul dans ce bureau vide. Je sortis à mon tour pour rejoindre mon travail.

Cet événement fait qu’un certain nombre de questions se pose de lui-même.

– Comment se fait-il qu’on puisse convoquer verbalement un officier de police devant un service aussi sensible que l’Inspection Générale des Services ?

– Est-ce que l’enquête sur un dossier aussi grave et important ressort de la compétence d’une seule personne qui ne révèle ni son identité, ni son grade et fonction, tout cela dans un bureau vide et isolé ?

– Si on considère par hypothese que cette convocation fait suite aux révélations contenues dans mon rapport remis au colonel de police Mahmoud Abdelkader, ou dans celui envoyé par le chef de Service des Renseignements généraux au Directeur général de la sûreté nationale, pourquoi alors les questions posées n’ont concerné que l’affaire du trafic des « véhicules Taiwan », alors que les rapports mentionnent des faits aussi sinon plus importants et plus graves. Ce qui est certain est que la réponse à toutes ces questions se trouve chez le commissaire de police Ailam Mouloud, l’adjoint au chef de service de police judiciaire de la Wilaya, qui, s’il devait révéler l’identité du fonctionnaire lui ayant indiqué que j’étais convoqué par l’Inspection Générale des Services, permettra de solutionner un grand nombre de ces devinettes.

J’ai passé quelque trois mois et demi dans le service Exploitation et Synthèse dépendant du service de police judiciaire de la Wilaya. J’y avais exercé mes missions avec honnêteté, fidélité et compétence sans recevoir aucune réponse de la part du colonel de police Mahmoudi Abdelkader. Je fus par contre surpris d’apprendre mon transfert à la sûreté de la Daira de Bab-El-Oued pour y prendre la direction du service administration générale. Cette fonction contredit totalement mes aptitudes au travail de terrain, particulièrement dans les circonstances vécues par la ville d’Alger. Ce transfert m’isolait intégralement du travail de terrain. Mais ce qui est plus étrange encore est le fait que le colonel de police Mahmoudi Abdelkader, chef du service de police judiciaire de la Wilaya, a caché et enterré le rapport à l’encontre de l’officier de police Ouled Ami Boualem – chef de la cinquième Brigade Mobile de police judiciaire de Bourouba – que je lui avais remis. Il avait, par contre, demandé à l’officier de police mis en cause de préparer un rapport contre moi. Dans ce rapport, le chef de la brigade mobile mis en cause, prétendra que je m’étais immiscé pour demander la mise en liberté d’un dangereux terroriste – selon ses dires – alors qu’il était détenu par la cinquième brigade. Ce dernier rapport avait été adressé au Directeur Général de la Sûreté Nationale. Mais est-il possible, sur la base du contenu des accusations très graves à l’encontre de l’officier de police Ouled Ami Boualem – chef de la cinquième brigade mobile de Bourouba – , que j’intervienne auprès de lui afin d’obtenir un avantage, ou plutôt pour obtenir la libération d’un terroriste, ce qui est plus grave ? En tout état de cause, ce point sera détaillé en temps opportun.

J’ai rejoins le bureau de ma nouvelle affectation à la sûreté de la Daira de Bab-El-Oued, et j’y ai travaillé de toutes mes forces et volontairement puisque j’ai pu améliorer les conditions de travail et d’hébergement de mes collègues fonctionnaires de police de ladite circonscription. J’y ai acquis la considération et le respect de mes collègues, avec leur différents grades. Cette situation durera environ un mois, jusqu’à ce que me révélera mon destin. Le 2 janvier 1995, à 14 heures 15 minutes je fus arrêté, ou plutôt enlevé par des éléments du Service Central de Répression du Banditisme (SCRB) de Chateauneuf. De cette date commencera une autre série de mon drame.

Monsieur Le Président de la République,

premier magistrat de l’Etat

Avant d’exposer le contenu du complot dont je fus victime et les accusations qui me furent injustement reprochées, je confirme que ce que je vais présenter comme moyens de défense n’a pour but que la légitime défense pour prouver mon innocence, ma défense exclusivement.

Le 2 janvier 1995 vers onze heures et demi environ, et alors que je me trouvais dans mon bureau à la sûreté de Daira de Bab-El-Oued, j’ai été convoqué par le chef de sûreté de Daira, le colonel de police Alouani qui m’a demandé de rejoindre monsieur Tifaoui Smail, président du Conseil Populaire de la Ville d’Alger, afin que ce dernier me désigne des agents peintres pour restaurer le siège de la sûreté de Daira.

Après avoir déjeuné et à treize heures et demi (13h. 30) je me suis dirigé, seul, à bord d’un véhicule de service au bureau de monsieur Tifaoui Smail que j’avais déjà eu l’occasion de rencontrer à deux reprises, au début de l’affaire Guendouzi Toufiq comme je l’ai écris ci-dessus. Après quelques minutes seulement de mon arrivée à son bureau pénétra le colonel de police Bensaid Mohamed, chef de la section de police judiciaire au Service Central de répression du banditisme, accompagné de deux de ses éléments. J’avais déjà travaillé sous ses ordres lorsqu’il était chef du service de police judiciaire de la Wilaya à la sûreté de la Wilaya d’Alger.

Après échange des salutations d’usage, le colonel me demanda de l’accompagner au siège de son service de Chateauneuf pour, selon ses dires, l’aider à identifier un logement dont l’adresse, donnée par un terroriste détenu au service, se trouve aux environs de la Casbah. Je n’y voyais aucun inconvénient, étant un agent de sécurité dont le devoir est d’apporter sa contribution dans ces circonstances, d’autant plus qu’étant originaire de la Casbah, j’en connaissais les ruelles. J’avais d’ailleurs déjà aidé ce service à localiser des adresses communiquées par des personnes arrêtées pour terrorisme.

J’ai donc accompagné ce responsable à son bureau pour me retrouver entouré de plus de dix (10) de ses éléments. Il me demanda de lui remettre mon arme, ce que je fis. Il me demanda ensuite de lui remettre mon portefeuilles. Je m’exécutais. Il me dit alors : Mes éléments veulent te questionner sur un sujet précis. Puis il quitta la pièce.

Immédiatement après, les enquêteurs me posèrent cette question : Ecoutes Rebai ! quelle est ta relation avec le terrorisme ? J’ai réagi en souriant, pour répondre : votre question me surprend, d’autant plus que plusieurs d’entre-vous me connaissent très bien pour avoir participé avec la majorité d’entre-vous à différentes opérations de lutte contre le terrorisme. Ils me demandèrent alors de les accompagner au sous-sol dans lequel étaient situées les cellules et les salles de torture.

Là, je du me déshabiller sur leur ordre ; ils me ligotèrent les mains derriere le dos et m’étalèrent sur un banc en ciment. Puis commença une série sophistiquée de torture.

En réalité, ce que j’ai subi comme torture, coups, insultes, diffamations et atteintes à ma dignité et à mon honneur n’est pas aussi important pour moi. Ce qui m’a gêné et consterné dans cette histoire c’est le fait que tous les tortionnaires qui ont exercé leurs violences sur ma personne à tour de rôle est que leur unique question et argument fut que l’officier de police Touadi Hachemi, le chef de brigade de la police des frontières du port d’Alger, aurait « tout reconnu » et que je devais avouer à mon tour de tous les faits. Je répondais que je ne comprenais absolument pas ce qu’ils voulaient dire par là, et pourquoi ne pas me confronter à cet officier sur les faits qui lui seraient reprochés.

Tout au cours des cinquante six (56) jours de garde à vue, passés dans les cellules de la Brigade de >Répression du Banditisme de Chateauneuf, sous la violence de toutes les formes de la torture que les tortionnaires s’ingéniaient à découvrir, puisque j’ai subi des fractures du bras et de quelques côtes – en plus de nombreuses déchirures musculaires de la poitrine et du dos – je fus à chaque fois délaissé dans la cellule sans soins. On s’imagine dans ces conditions que je ne pouvais me préoccuper de mon hygiène ou de mon alimentation surtout que les responsables du service ont donné l’ordre aux gardiens de s’abstenir de m’aider en quoi que ce soit, ni même de me parler.

Dans la nuit du 25 février 1995, et aux environs de dix heure du soir (22h oo), un enquêteur s’est présenté dans ma cellule, porteur d’un procès-verbal d’audition rédigé en mon nom, pour me demander ma signature sur le document. J’avais refusé de signer après avoir lu son contenu puisqu’il comportait des déclarations qui m’étaient attribuées d’autorité. J’avais alors dis à cet enquêteur :je préfère mourir que de reconnaître des faits que vous m’attribuez, surtout après tout ce que j’ai réalisé comme travail pour l’appareil de la sûreté nationale. L’enquêteur quitta la cellule en emportant son procès-verbal.

Le lundi 26 février 1995, soit cinquante six (56) jours passés dans les cellules du service central de répression du banditisme (SCRB) de Chateauneuf, je fus présenté à justice. La question se pose de savoir pourquoi avoir violé l’article 22 du décret législatif numéro 92-03 du 30 septembre 1992, relatif à la lutte contre la subversion et le terrorisme, applicable à l’époque ? Ce texte prévoit textuellement qu’il est possible de prolonger la garde à vue prévue à l’article 65 du code de procédure pénale sans toutefois que la durée totale ne puisse excéder douze (12) jours. Or, cette durée fut dans mon cas de (56) jours sans parler de l’attention toute « spéciale » dont je fus l’objet.

Je voudrai signaler encore que la journée du lundi 26 février 1995 était jour férié en raison de la fête religieuse, puisqu’elle coïncidait avec le vingt septième (27) jour du sain Ramadhan. Mais curieusement le tribunal avait été ouvert pour me présenter au parquet. La question qui reste en suspens est : pourquoi me présenter en justice un jour férié alors que je suis sensé être poursuivi pour une affaire de terrorisme ? N’était-ce pas une façon de faire passer l’affaire sans faire de vagues et sans que la vérité ne soit connue ?

Après cette présentation, le juge d’instruction m’a mis en détention préventive, et c’est le mieux qu’il pouvait faire pour moi. Ainsi commença mon accusation des faits que l’on me reprochait et qui se termina, après plus de neuf (9) mois, par une ordonnance de non lieu. Toutefois, alors même qu’aucun acte d’appel contre cette décision ne fut enregistré dans le délai légal, je fus maintenu en détention préventive jusqu’au 17 novembre 1996, date à laquelle le tribunal a prononcé un jugement d’acquittement en ma faveur. C’est ce jour là que je fus libéré.

Je bénéficiais, une deuxième fois, d’un jugement d’acquittement prononcé le 3 décembre 1998 puisque le premier jugement comportait une erreur de forme que le second jugement rectifiait. Le premier jugement du 17 novembre 1996 avait fait l’objet d’une requête du procureur général près la Cour d’appel d’Alger, sur la base d’une violation d’une règle du code de procédure pénale.

La Cour suprême eut également à confirmer – définitivement cette fois – mon acquittement par arrêt rendu le 29 février 2000, après que le procureur général se soit pourvu en cassation pour vice de forme.

Voici ci-après les faits fictifs et les accusations artificielles concoctées pour me nuire, et qui furent la cause du bouleversement total de ma vie et de mon avenir.

1. Première accusation :

Ma première surprise est le contenu du procès-verbal préparé par les enquêteurs du Service Central de Répression du Banditisme, puisqu’il m’est reproché d’avoir intervenu, à plusieurs reprises, auprès des centres de police pour la libération de personnes arrêtées dans le cadre du terrorisme. Le procès-verbal citait deux interventions :

  1. La première en compagnie de l’officier de police Touadi Hachemi, chef du service de police des frontières au port d’Alger, auprès de l’officier de police Ouled Ami Boualem, chef de la cinquième Brigade Mobile de Police Judiciaire de Bourouba, au cours du mois d’août 1994. Je lui aurai demandé de relâcher un dangereux terroriste détenu par la brigade. La deuxième intervention serait, elle, auprès du Poste de Commandement des Operations dépendant du service de police judiciaire de la sûreté de Wilaya d’Alger (PCO/SWPJ/SWA), dans le but d’intercéder et obtenir la libération d’un terroriste nommé Smail Abdelkader. Mais la réalité est autre. Quant à mon intervention en compagnie de l’officier de police Touadi Hachemi, le chef de police des frontières au port d’Alger, auprès de l’officier Ouled Ami Boualem, chef de la cinquième Brigade Mobile de Police Judiciaire de Bourouba au cours du mois d’août 1994, dans le but de faire libérer un terroriste dangereux, il faudrait savoir que ce dangereux terroriste était cité dans le questionnaire musclé dont je fus l’objet de la part des enquêteurs du Service Central de Répression du Banditisme (SCRB) – ce même terroriste qui était signalé dans le rapport qu’a envoyé l’officier de police Ouled Ami Boualem au Directeur général de la Sûreté Nationale comme le lui avait suggéré le colonel de police Mahmoudi Abdelkader, le chef du service de police judiciaire de la Wilaya d’Alger (SWPJ) – ce terroriste dangereux est en réalité un vieillard âgé de 65 ans. L’officier de police Touadi Hachemi était venu me voir au cours du mois d’août 1994 pour me demander de l’accompagner à la cinquième Brigade Mobile de Police Judiciaire, auprès de l’officier Ouled Ami Boualem, dans le but d’intercéder au profit d’un de ses voisins nommé Azizi Abdelkrim, un vieux âgé de 65 ans. Ce vieux avait été arrêté par l’officier de police Ouled Ami Boualem et conduit au siège de la brigade en compagnie de son fils âgé alors de 18 ans , mais sans aucune accusation. J’avais très sincèrement répondu que s’agissant d’un vieillard j’aurai été disposé à l’accompagner pour me rendre compte mais à condition que ce soit en dehors de la cinquième brigade mobile. Je lui avait raconté ce qui s’était passé entre moi et l’officier de police Ouled Ami Boualem, ainsi que sur le rapport que j’avais préparé contre cet officier. Plusieurs jours après cette entrevue, il m’apprit qu’il s’était déplacé lui-même pour rencontrer et parler à l’officier Ouled Ami Boualem au sujet du vieux et des faits qui lui étaient reprochés, mais que cet officier avait refusé sa demande de libération. La question qui se pose d’elle-même ici est :S’il s’agissait réellement d’un dangereux terroriste, mon intervention en sa faveur n’était-elle pas de nature à me causer des problèmes et attirer sur moi les soupçons ? Alors que je suis un officier de police spécialisé dans la lutte contre le terrorisme. De plus, est-il convenable pour moi d’oser intervenir auprès de la cinquième brigade mobile afin de demander à son chef de libérer un terroriste dangereux, comme il est qualifié sur le procès-verbal, alors que je venais de préparer un rapport détaillé contre les comportements anormaux et les violations de la loi de cet officier impliqué dans le trafic des voitures, alors surtout que je l’avais informé du contenu de mon rapport à son encontre ? J’ai déjà signalé que cet officier, Ouled Ami Boualem, avait présenté au Directeur General de la Sûreté National un rapport contre moi portant sur cette affaire, sur les conseils du colonel de police Mahmoudi Abdelkader, le chef du service de police judiciaire de la Wilaya. Ce colonel de police s’est empressé d’adresser ledit rapport au directeur général de la sûreté nationale au lieu d’adresser le rapport que j’avais rédigé moi-même contre l’officier de police Ouled Ami Boualem et que je lui avais remis pour le transmettre. Cela ne peut s’expliquer que par un acte clair de vengeance contre moi. Je signale encore pour conclure ce point pour ma défense, que l’officier de police Ouled Ami Boualem qui a rédigé son rapport contre moi en prétendant que j’étais intervenu en compagnie de Touadi Hachemi pour réclamer la libération d’un dangereux terroriste, ne l’a fait que parce que l’officier de police Boutaoun Youcef, qui a fait partie de notre promotion à moi et Touadi Hachemi, l’avait informé de l’amitié qui me liait à ce dernier. Je me dois de signaler encore qu’immédiatement après l’intervention de Touadi Hachemi au profit de Azizi Abdelkrim, âgé de 65 ans et qui avait été arrêté avec son fils âgé lui de 18 ans, l’officier Ouled Ami Boualem a assassiné sous la torture ces deux victimes, pour se venger de moi selon ses dires.
  2. La seconde intervention, selon laquelle je serais intervenu auprès du Poste de Commandement des Operations (CPO) près le Service de Police Judiciaire de la Wilaya de la Sûreté de Wilaya d’Alger, et ce pour la libération d’un terroriste nommé Smail Abdelkader, le moins que je puisse dire dans ce cas est ceci : Comment pourrais-je intervenir pour faire libérer un dangereux terroriste alors que je suis officier de police spécialisé dans la lutte contre le terrorisme. Ne serait ce pas suffisant pour m’attirer des ennuis et des soupçons ? Est-il pensable que j’intervienne auprès de la cinquième Brigade Mobile pour demander la libération d’un dangereux terroriste – selon le contenu du procès-verbal – alors que j’avais rédigé un rapport contre cet officier de police en détaillant ses comportements et ses violations de la loi, notamment dans le trafic des voitures, en lui notifiant le contenu dudit rapport ? J’ai déjà signalé plus haut que cet officier, Ouled Ami Boualem, a entrepris sur l’ordre du colonel de police Mohamed Abdelkader, de rédiger un rapport à mon encontre et que ce rapport a été adressé par ledit colonel au Directeur General de la Sûreté Nationale alors qu’il aurait du adresser plutôt mon rapport. Ce fait constitue une vengeance évidente contre moi. Quant à mon intervention présumée auprès du Poste de Commandement des Opérations (PCO) du service de police judiciaire de la Wilaya dans le but de faire libérer un terroriste nommé Smail Abdelkader, la première remarque est que cette équipe est composée de Nader Amor – chef – ainsi que des officiers de police Bensemra, Boudissa, Kalam islam et Boukhalfa. Cette équipe est en réalité spécialisée pour l’exécution des opérations « noires » ordonnées par le colonel de police Mahmoudi Abdelkader, chef du service de Wilaya. Le responsable de cette équipe, le commissaire de police Nader Amor et ses collaborateurs s’occupent des sales missions et des bas complots. Quant au complot ourdi par le commissaire de police Nader Amor et ses complices il suffit pour l’éventrer de signaler que le nommé Smail Abdelkader, présenté comme étant un dangereux terroriste, avait été arrêté à son domicile par ledit commissaire de police au début de l’année 1994, pour être présenté à justice au motif d’accusations fallacieuses puisqu’il fut libéré le même jour. Dés lors, la question qui se pose est, comment un colonel de police chef de service de Wilaya et un commissaire de police avec ses collaborateurs peuvent-ils supposer et monter ce scénario ridicule, alors qu’ils avaient eux-mêmes d’abord arrêté le nommé Smail Abdelkader, ensuite l’ont présenté à justice. Ils savent certainement que la justice l’avait blanchi de toute accusation et libéré. Pourquoi prétendent-ils que j’étais intervenu pour le faire libérer des cellules du service de police judiciaire de Wilaya ? N’y a-t-il pas accusation gratuite à mon encontre ? Néanmoins, s’ils modifient leur accusation en prétendant que j’étais intervenu au niveau du tribunal, je crois que le juge d’instruction qui a ordonné la libération de cet individu dispose d’une immunité constitutionnelle selon les articles 138-147 et 148 de la Constitution.

2. Deuxième accusation :

La seconde accusation prétend que j’aurais remis à l’officier de police Touadi Hachemi des munitions, soit dix (10) balles, pour qu’il les remette à son tour à un groupe terroriste – activant dans la région de la ville de Baraki – avec lequel il serait en rapport. Il s’agit là encore d’un scénario monté de toutes pièces par l’équipe du commandement des opérations de la police judiciaire de la Wilaya. Selon les prétentions du commissaire de police Nader Amor et de ses éléments, le beau-frère de l’officier de police Touadi Hachemi, le nommé Fezaz Redouane, aurait reconnu que son beau-frère l’officier de police Touadi Hachemi l’a informé de ces faits.

Or, en réalité, l’officier de police Touadi Hachemi, chef de poste de police des frontières au port d’Alger, était mon camarade de promotion. Au cours de l’été 1994 il m’avait demandé de lui emprunter ces munitions car il comptait se rendre à l’Ecole supérieure de police pour s’exercer au tir. Il disait n’avoir pas utilisé son arme depuis la fin du stage commun et il avait peur de se trouver face à un terroriste alors qu’il n’a plus la main. Je lui ai donc remis ces dix balles. Je l’avais rencontré plusieurs jours plus tard, je lui avais alors demandé comment s’était déroulé la séance de tir ? Il m’affirma s’être exercé au stand de tir de l’Ecole supérieure de police et qu’il est revenu à sa forme d’antan. En ce qui concerne la différence de calibre entre nos revolvers que les enquêteurs ont cru devoir soulever, il n’y a aucune ambiguïté puisque je lui avait remis des balles de calibre 9 mm (alors qu’il détenait un revolver de calibre 7, 62 mm) qu’il pouvait échanger à l’Ecole supérieure de police comme nous le faisons d’habitude. Le chef du stand de tir propose toujours soit d’échanger les munitions, soit les revolver pour la séance de tir.

Il est évident que si j’avais des relations avec un groupe terroriste – par hypothese – pourquoi alors un officier de police comme moi devrait ne donner que dix balles alors qu’il aurait pu exploiter la confiance totale et le grand respect dont je jouissais de la part de mes collègues. J’aurai pu, par exemple, faire introduire un bombe à l’hôtel de Genève que j’étais le premier à occuper le 3 mai 1993. On imagine les dégâts qui pouvaient en résulter. D’autre part, tous savent combien j’avais dirigé d’opérations anti-terroristes avec des moyens réduits comparativement aux résultats que j’avais acquis. Mon capital et mes réalisations sont les meilleures preuves de ma fidélité et de l’amour que j’ai pour ma patrie. Il est très facile de contrôler ces dires. Toutefois, le groupe du commandement des opérations a exploité des déclarations qu’il a lui même tissées – sous la torture et la pression – pour les attribuer au nommé Feras Redoutante et son beau-frère l’officier de police Touadi Hachemi. Je vise le procès-verbal que les membres de ce groupe a préparé et adressé au service central de répression du banditisme de Chateauneuf après la mort de l’officier Touadi Hachemi. D’ailleurs, j’en profite pour réclamer l’ouverture d’une enquête sur le contenu dudit procès-verbal ainsi que sur les circonstances de l’assassinat de l’officier de police cité.

Après cet exposé sur les deux accusations précitées, et avant de répondre aux autres accusations faites à mon encontre, je souhaite revenir sur un point que j’ai déjà traité, mais de manière superficielle. Il s’agit de l’assassinat de l’officier de police Touadi Hachemi, chef du poste de police des frontières au port d’Alger.

Le 2 janvier 1995, vers onze heures du matin, le colonel de police Mahmoudi Abdelkader, chef du service de police judiciaire de la Wilaya près la sûreté de la Wilaya d’Alger, a donné mission au groupe du Poste de Commandement des Operations (PCO) qui dépendait de lui d’arrêter – pour ne pas dire d’assassiner – l’officier de police Touadi Hachemi, et ce, si l’on croit les déclarations du commissaire de police Nader Omar, sur la base d’informations d’après lesquelles une relation existerait entre cet officier et un groupe terroriste agissant dans la ville de Baraki. Cet officier fut assassiné par balles dans son bureau par le commissaire de police Nader Omar et ses éléments au motif qu’il aurait sorti son arme. Je voudrai confirmer encore une fois – dans le cadre de l’exposé de mes moyens de défense – que je ne veux rien de plus que défendre ma propre vie, puisque l’assassinat de l’officier de police Touadi Hachemi fut le début du compte à rebours pour m’atteindre par le filet du piège arrangé contre moi par le colonel de police Mahmoudi Abdelkader. On doit prendre en considération que tous les complots et les accusations tissés autour de moi ne pouvaient avoir d’effet avec l’officier de police Touadi Hachemi en vie. Sur ce, j’aimerai poser ces quelques questions :

  • Est-ce que le colonel de police Mahmoudi Abdelkader, chef du service de police judiciaire, a informé ses responsables hiérarchiques à la Direction Générale de la Sûreté Nationale de la relation supposée entre l’officier de police Touadi Hachemi et un groupe terroriste ?
  • Si l’on suppose que cette relation existait, pourquoi son arrestation n’a pas été confiée aux agents de terrain qualifiés pour ce genre d’opérations, comme les éléments du Service Central de la Répression du Banditisme ? Pourquoi le colonel de police Mahmoudi Abdelkader s’est contenté d’utiliser son équipe spécialisée dans l’assassinat ? De plus, conformément à une instruction du Directeur General de la Sûreté Nationale – applicable à l’époque – toute arrestation d’un fonctionnaire de police soupçonné d’une affaire quelconque doit être arrêté sur le lieu même de son affectation et en présence de son responsable direct. Est-ce que cette instruction a été respectée lors de la « tentative » d’arrestation de l’officier de police Touadi Hachemi ? Surtout s’agissant d’un officier ? Je crois que la réponse à toutes ces questions trouve sa source dans l’exigence de la mort de l’officier Touadi Hachemi pour les raisons suivantes :

– C’est lui qui m’avait remis les informations relatives au réseau de trafic des « véhicules Taiwan ».

– Il devait faire des déclarations impliquant le colonel de police Mahmoudi Abdelkader, chef du service de police judiciaire de Wilaya, puisqu’il m’avait confié que sur demande du colonel de police Mahmoudi Abdelkader il était intervenu, à plusieurs reprises, auprès des services compétents pour faire restituer des cartes de résidence à des émigrés algériens qui avaient fait rentrer sur le territoire national des véhicules de luxe, et ce dans le but de faire régulariser la situation de ces véhicules pour leur admission définitive en Algérie.

– De plus, la mort de l’officier de police Touadi Hachemi ouvre la porte à toute sorte d’accusations et de faits qui pouvaient alors m’être attribués comme ce fut le cas. Dés lors, pour lever toute équivoque sur l’ensemble de ces faits et de ces déclarations je sollicite l’ouverture d’une enquête sur ce propos.

– Si cette affaire avait cette importance, pourquoi alors le colonel de police Mahmoudi Abdelkader, chef du service de police judiciaire de Wilaya, a transféré cette affaire au Service Central de répression du Banditisme de Chateauneuf ? N’avait-il pas l’intention de se débarrasser d’une affaire compliquée ? Ou bien avait-il l’intention de donner aux procédures qu’il avait initiées un semblant de régularité ? Ou encore, son rôle était tout simplement de mettre fin à la vie d’un officier de police (Touadi Hachemi) pour laisser toute l’affaire entre les seules mains du service central de répression du banditisme qui devait s’occuper de ma propre personne ? Il était nécessaire de trouver un « auteur » idéal. Sans doute que les circonstances m’ont désigné pour ce rôle, mais ce qui reste étrange est que durant toute la période de 56 jours passée par Fezaz Redouane, beau-frère de l’officier Touadi Hachemi, en garde à vue dans les geôles du Service Central de Répression du Banditisme (SCRB) de Châteauneuf il n’aurait subi ni tortures ni coups – d’après ce qu’il m’a révélé postérieurement. Ceci est inhabituel dans ce service. N’y a-t-il pas derriere cette étrange situation une reconnaissance implicite, par les responsables du Service Central de Répression du Banditisme, que l’affaire ressort plutôt du règlement de comptes, rien de plus.

  1. Troisième accusation :

Cette accusation avait été tissée par le colonel de police Mohamedi Abdelkader, avec la complicité d’éléments du Poste de Commandement des Operations (PCO) ainsi que celle de l’officier de police Ouled Ami Boualem le chef de las cinquième Brigade Mobile de Bourouba et son homme de confiance l’inspecteur de police Bêcha Habib. Elle repose sur l’exploitation de la mort de l’officier de police Touadi Hachemi, chef du poste de police frontalier du port d’Alger. C’est ainsi que Aouis Ali pouvait réapparaître pour affirmer que je lui aurai soutiré la somme de trente millions (30) de centimes en contrepartie de sa libération, et ce, avec l’aide de l’officier de police mort ainsi que celle de Othmane Aissa – que je ne connaissait pas du tout. J’avais déjà signalé cette affaire auparavant, en notant que ce montant avait été saisi dans la chambre de son complice Guendouzi Toufik et déposée auprès du greffe du tribunal de Sidi M’hamed en avril 1994. Dés lors, la vérité peut apparaître par la réponse aux questions suivantes :

– Pourquoi le nommé Aouis Ali aura-t-il attendu toute cette période – depuis mars 1994 et jusqu’à l’assassinat de l’officier de police Touadi Hachemi le 2 janvier 1995 – pour déclarer avoir été victime de cette soustraction d’argent ? Alors qu’il a de sérieuses relations avec deux grands officiers du service de sécurité nationale, notamment Ouled Ami Boualem. N’est-ce pas tout simplement l’exploitation d’une circonstance ?

Puisqu’il apparaît que ceux qui ont tissé cette accusation à mon encontre, savoir le colonel de police Mahmoudi Abdelkader et les éléments du Poste de Commandement des Operations d’une part, et l’officier de police Ouled Ami Boualem, chef de la cinquième Brigade Mobile de police judiciaire de Bourouba, ainsi que l’inspecteur de police Betka Habib d’autre part, tous ces officiers ont cru que j’ai soustrais le montant saisi au domicile de Guendouzi Toufik. Cependant la vérité est que le commissaire de police Benziane Abdelmadjid, chef de la Brigade de Répression du Banditisme dans laquelle j’étais affecté, avait mis cette somme à la disposition du greffe du tribunal de Sidi M’hamed dés la présentation des éléments de la bande de Guendouzi Toufik à la justice. D’ailleurs, tout au long de mon procès, les nommés Aouis Ali et Guendouzi Toufik avaient disparus et ne s’étaient jamais présentés.

Quatrième accusation :

Cette accusation qui a été dirigée contre moi par les fonctionnaires de police déjà cités plus haut prétend, que j’aurai donné des informations secrètes au dénommé Othmane Aissa afin que ce dernier les communique à son tour aux éléments d’un groupe terroriste activant à Baraki et sa région. Je répondrai à cette accusation comme suit :

J’ai reçu la visite à l’hôtel de Genève réservé à la police, au cours du mois de juin 1994, de mon ami l’officier de police Touadi Hachemi, chef du poste de police des frontières au port d’Alger. Il était accompagné d’une personne qu’il m’avait présentée comme étant Othmane Aissa et m’avait demandé s’il m’était possible d’intervenir auprès de la deuxième sûreté urbaine – Hassan Badi / Belfort précédemment – aux fins d’accélérer l’exécution d’un jugement définitif rendu par le tribunal d’El-Harrach qui ordonnait la destruction d’un mur voisin au logement de cette personne. Ce mur empêcherait la lumière de pénétrer audit logement. J’avais répondu qu’il était nécessaire de me donner la date et références de ce jugement. Nous nous sommes entendus pour nous rencontrer à nouveau au même lieu le lendemain.

A mon retour du travail vers cinq heures de l’après midi du lendemain, j’ai trouvé Othmane Aissa en train de m’attendre près de l’hôtel de Genève. Il me remis une feuille comportant les renseignements que j’avais demandés et nous nous sommes séparés. Je lui avais précisé qu’il aura ma réponse par l’intermédiaire de l’officier de police Touadi Hachemi.

Plusieurs jours plus tard, et alors que je me trouvais en mission à la sûreté de la Daira d’El-Harrach, j’avais contacté mon ami l’officier de police Guirida Moussa, chef de la deuxième sûreté urbaine (ex Belfort). Je l’avais informé de l’affaire en lui remettant les informations en ma possession. Il avait répondu qu’en raison du nombre important d’affaires semblables il ne pouvait retrouver de dossier de cette personne. Je n’avais pas re contacté le nommé Othmane Aissa que je ne verrai plus depuis lors.

En tout état de cause, l’officier de police Guirida Moussa avait fait des déclarations devant le juge d’instruction confirmant en tous points ma version de cette affaire. Ainsi, je me pose les questions suivantes :

– Si on admet que j’ai des relations avec un quelconque groupe terroriste, est-il raisonnable de croire que je fournirais des renseignements confidentiels – comme l’affirment les enquêteurs de la police judiciaire de Wilaya – devant la porte de l’hôtel de Genève réservé à la police, situé dans une place publique remplie d’agents de la sécurité, et à cinq heures de l’après midi du mois de juin ?

– De plus, comment soupçonner une personne – en l’occurrence le nommé Othmane Aissa, qui m’était présenté par un officier de police et dans un lieu très fréquenté par le public et couvert par les services de sécurité ?

– En outre, et c’est étrange, j’ai appris alors du Sahara où je m’étais exilé que le nomme Othmane Aissa habite toujours son logement d’El-Harrach.

Cinquième accusation :

L’on m’a également accusé de détenir des documents confidentiels concernant la sécurité nationale. Les enquêteurs su Service Central de Répression du Banditisme (SCRB) de Chateauneuf qui ont succédé aux précédants enquêteurs après l’assassinat de l’officier de police Touadi Hachemi prétendent avoir découvert, à l’occasion de la fouille de ma chambre à l’hôtel de Genève, des documents secrets émanant de la sûreté nationale.

Avant même de détailler ce point, je souhaite poser ces questions :Où se trouvent ces documents secrets et dangereux ? Et pourquoi ils n’ont pas été présentés à la justice comme pièces à conviction ? Sincèrement, je suis la personne qui réclame la présence de ces documents pour une raison très simple. Ces documents vont, d’une part, établir mon innocence et d’autre part, parce qu’ils constituent une véritable bombe en raison des informations et vérités constatées, faire tomber les masques et révéler aussi bien les nombreuses activités illégales et illégitimes commises par des fonctionnaires de l’appareil de sécurité nationale que leurs relations douteuses avec le réseau de trafic illégal des véhicules « Taiwan ». Ces documents comportent ce qui suit :

– Des photographies des personnes soupçonnées et recherchées dans le cadre du terrorisme dans Bourouba et sa région puisque, en ma qualité d’officier de police chargé de la lutte anti-terroriste, je devais organiser mon travail et déterminer les pyramides des réseaux terroristes activant dans le ressort territorial de la cinquième Brigade Mobile de Bourouba dont j’étais le chef-adjoint. J’avais gardé ces dossiers dans l’espoir de revenir au travail de terrain, notamment après que le colonel de police Mohamedi Abdelkader, chef du service de police judiciaire de la Wilaya d’Alger avait promis de m’y re affecter.

– Des documents et des informations qui m’avaient servi à confectionner le rapport que j’avais remis au colonel de police Mahmoudi Abdelkader, et se rapportant aux violations des lois et aux atteintes illégitimes et inhumaines dont se rendait coupable l’officier de police Ouled Ami Boualem le chef de la cinquième Brigade Mobile de Bourouba, particulièrement les arrestations arbitraires et détentions illégales, violences, tortures, séquestrations d’aliments, violences sexuelles etc. Ces documents et informations retraçaient aussi la pyramides du réseau constitué pour le trafic des véhicules « Taiwan » avec les noms des personnes composant ce réseau à différents niveaux (Wilaya d’Alger/ Services des cartes-grises, Dairate d’El-Harrach et Sidi-M’hamed/Services cartes-grises, Communes de la circonscription de ces dairate/Services de légalisation des documents). Ces documents et informations contenaient également les numéros des séries des véhicules « régularisés » et d’autres véhicules en attente de régularisation illégale.

Ce sont là les documents et informations saisis dans ma chambre à l’hôtel de Genève par les enquêteurs du Service Central de Répression du Banditisme et qualifiés de confidentiels et graves relatifs à la sûreté nationale.

La question que j’avance à ce stade : Que pouvais faire un officier de police de mon âge, au début de sa carrière professionnelle dans l’appareil de sûreté nationale, face à un tel complot organisé par les plus importants services de la Direction Générale de la Sûreté Nationale que sont le Service de Wilaya de Police Judiciaire (SWPJ) et le Service Central de Répression du Banditisme (SCRB) de Chateauneuf ?

Je termine en sollicitant de votre excellence, monsieur le Président, l’ouverture d’une enquête sur tous les points soulevés en détail par mon présent recours, avec la prise en considération de tous les éléments entourant cette affaire et, en conséquence, d’ordonner toutes les procédures exigées par la Constitution et les lois de la République.

Veuillez agréer, monsieur le Président, l’expression de mon respect et de ma plus haute considération.

Qu’Allah vous assiste pour le bien de la patrie et du peuple.

COPIE ADRESSEE A :

Le requérant
signature illisible

Chef du gouvernement
Le général-major chef d’état-major de l’ANP
Ministre de l’intérieur et des collectivités locales
Ministre de la Justice et garde des sceaux
Président de l’ONDH
Président du Sénat
Président de l’APN
Président du Conseil constitutionnel
Président du Conseil d’Etat
Directeur General de la Sûreté Nationale
Directeur du quotidien « El Khabar »
Directeur du quotidien « El-Ahrar »
Directeur du quotidien « Liberté »
Directeur du quotidien « El Watan »

NB d’algeria-watch: La lettre originale est rédigée en arabe et nous remercions le traducteur pour l’énorme travail qu’il a fourni.