«Les élections se tiendront même en Kabylie»

Réforme du système judiciaire

«La mentalité des juges doit changer»

Par Malika Belgacem, Le Jeune Indépendant, 28 avril 2002

Pratiquer la justice n’est pas une mince affaire. Redresser le tort ne l’est pas non plus. Depuis le lancement de la réforme du système judiciaire, des avocats comme des justiciables ont dénoncé les dépassements commis par des juges. Vendredi dernier, lors d’une émission télévisée, le président de la Commission consultative pour la promotion et la défense des droits de l’homme, M. Mohamed Ksentini, a critiqué et dénoncé le comportement anticonstitutionnel de certains juges. «Certains juges ne se considèrent pas comme tel, s’ils ne mettent pas des gens en prison», a-t-il précisé en abordant le volet de la réforme de la justice. Il a noté que «la détention préventive est l’exception et la liberté la règle. La présomption d’innocence existe». Me Ksentini a déclaré qu’il est grand temps de mettre un terme à ce genre d’agissements. «Ces juges doivent être mis à la retraite ou licenciés pour incompétence professionnelle.»

«Les mentalités doivent changer. Nous avons une nouvelle génération de juges qui sont très compétents». La décision du Conseil de l’ordre des avocats d’Alger de boycotter les audiences correctionnelles des affaires des non-détenus, présidée par le juge Djouadi du tribunal de Bir Mourad Raïs, est un cas illustrateur. Les avocats reprochent à ce magistrat son comportement «humiliant» vis-à-vis d’un avocat en pleine audience.

En vue de régler le différend qui opposait ce magistrat à l’avocat, Me Lakhlef Cherif, en tant que membre du Conseil de l’ordre des avocats d’Alger, est intervenu pour mettre un terme à cet incident. Devant cette attitude réconciliatrice, le juge Djouadi est passé à la vitesse supérieure dans son agressivité.

«Après environ 40 secondes de plaidoirie, il m’a interrompu en prétendant qu’il ne m’avait pas donné la parole. Il a également fait injonction au greffier de prendre acte qu’il m’a ordonné de quitter l’audience», nous a expliqué Me Lakhlef, membre du conseil du barreau d’Alger.

En refusant de quitter la salle, ce juge a ordonné aux éléments de la police de faire évacuer Me Lakhlef. «Les policiers ont refusé d’exécuter cet ordre outrageux. Il a, alors, quitté la salle en présence du procureur. Ce comportement est un outrage à corps constitué. Nous nous réservons le droit de l’ester en justice.»

Toutefois, Me Lakhlef a souligné la mobilisation des avocats pour mettre fin à ce genre d’attitudes de la part de certains magistrats. «Ce mouvement de grève a été suivi par la majorité des avocats du tribunal de Bir Mourad Raïs. Au cas où des mesures ne sont pas prises contre ce juge dans les plus brefs délais, nous envisageons d’élargir ce mouvement de protestation», nous a-t-il précisé. M. B.

Selon Me Ksentini

Probable indemnisation des familles des disparus

L’indemnisation des familles des disparus pourrait être retenue comme moyen pour clore ce dossier épineux. Cette solution a été proposée, hier, lors d’une émission télévisée, par le président de la Commission consultative pour la promotion et la défense des droits de l’homme, Me Mohamed Ksentini. «Une indemnisation s’impose et est nécessaire. C’est une question de solidarité nationale. L’Etat doit réparer s’il s’avère que des exécutions extrajudiciaires ont été commises», a-t-il lancé.

Le président de cette commission gouvernementale a affirmé : «Nous avons 4 624 dossiers de disparus.» Cependant, il n’a pas démenti le chiffre de dix mille dossiers avancé par certaines ONG internationales.

Cet avocat a indiqué, en parlant de cette institution : «Je suis venu pour faire avancer les choses. Notre rôle est de faire pression sur les autorités concernées.

Si des portes restent fermées, nous avons le pouvoir de faire sauter les serrures», a-t-il assuré.

De leur côté, des familles de disparus nous ont confirmé l’existence de 7 200 dossiers. En réagissant aux propos de Me Ksentini, elles ont proclamé : «Nous demandons la reconnaissance officielle de la disparition de nos enfants, le droit de visite aux vivants et connaître la vérité sur le sort de nos enfants», avant d’ajouter : «Nous laissons la question de l’indemnisation à nos conseillers juridiques et aux familles concernées.» M. B.