Enquête préliminaire contre général Khaled Nezzar de passage à Paris

Enquête préliminaire contre un général algérien de passage à Paris

mercredi 25 avril 2001, 19h24

PARIS (AP) — Le parquet de Paris a ouvert mercredi une enquête préliminaire contre le général Khaled Nezzar, ancien ministre de la Défense algérien, actuellement en déplacement dans la capitale française, a-t-on appris de sources judiciaires.

Cette procédure fait suite à la plainte déposée Mes William Bourdon et Antoine Comte au nom de sept ressortissants algériens et français qui accusent l’ancien militaire d’avoir couvert de son autorité  »le recours massif » à la torture.

Le parquet de Paris a saisi la Brigade criminelle pour recueillir d’éventuels témoignages étayant ces accusations, juridiquement fondées sur la convention de New York de 1984 contre la torture.

Khaled Nezzar a été ministre de la Défense de juillet 1990 à juillet 1993. A la retraite depuis cette date, il était membre du Haut comité d’Etat (HCE), mis en place en 1992 après l’interruption du processus électoral favorable aux islamistes et présidé par Mohammed Boudiaf.

Le général Nezzar est en France pour présenter le second volet de ses mémoires, intitulé  »Echec à une régression programmée ».

Considéré comme proche de la tendance  »éradicatrice » du pouvoir algérien, Khaled Nezzar concentre sur sa personne les attaques de la mouvance  »réconciliatrice » favorable à une solution politique avec les islamistes. Cette mouvance est notamment animée politiquement par le secrétaire général du Front des Forces socialistes, Hocine Aït Ahmed.

Exilé en Suisse, celui-ci réclame avec insistance l’envoi d’une mission internationale en Algérie pour enquêter sur les éventuelles implications de l’armée dans l’assassinat de civils et actes de tortures. Membre de l’internationale socialiste, Hocine Aït Ahmed dispose de nombreux relais médiatiques et politique en Algérie, au Maroc et en France.

 

Le parquet de Paris se déclare «compétent»

Plainte pour tortures contre Nezzar

Par Mohamed Zaâf, Le Jeune Indépendant, 26 avril 2001

Le général en retraite Khaled Nezzar, actuellement en France, a fait l’objet hier d’une plainte pour tortures et pourrait être traduit devant la justice française, le parquet de Paris s’étant déclaré compétent pour instruire l’affaire, a indiqué hier l’Agence France-Presse (AFP), citant l’avocat des plaignants.

Une famille algérienne dont le fils est mort et deux anciens détenus algériens ont porté plainte pour tortures, hier, contre Nezzar, rapporte l’agence. Le parquet de Paris a confirmé sa compétence du fait que les plaignants vivent sur le sol français et que l’accusé s’y trouve. Selon l’AFP, aussitôt saisi, le parquet a chargé la «brigade criminelle» de recueillir les plaintes et d’approcher le ministère français des Affaires étrangères sur une éventuelle immunité dont Nezzar pourrait bénéficier.

Controversé en Algérie, le général Nezzar revendique la paternité du coup de force de janvier 1992 qui a plongé le pays dans une guerre civile ayant coûté, selon les chiffres avancés, mais qui seraient en deçà de la réalité, plus de 100 000 morts, plus de un million de victimes et des milliers de disparus, et laminé l’économie nationale. Il était chargé de la gestion de l’état de siège durant les événements d’octobre 1988, où des balles explosives étaient utilisées contre les jeunes manifestants, faisant parmi eux quelque 500 morts et des centaines de blessés dont plusieurs ont subi des amputations.

Le général en retraite dont les déclarations tonitruantes suscitaient à plusieurs reprises des réactions de hauts responsables, à l’instar de l’ancien inspecteur général de l’ANP, M. Mohamed Attaïlia, ou de l’ancien président du HCE, M. Ali Kafi, ont fini par incommoder jusqu’à l’institution militaire dans sa haute hiérarchie. Dans une réaction à sa dernière sortie médiatique, il était, par voie de presse, sommé de se taire et se voyait implicitement accusé d’alimenter, bien que de manière différente, la campagne menée à l’extérieur contre l’Algérie et son armée, au même titre que Souaïdia. «Nezzar ne représente que lui-même et n’engage ni de près ni de loin une quelconque institution algérienne», soulignaient des sources responsables citées par le quotidien gouvernemental An-Nasr, dans un article qui en disait long sur le ras-le-bol de l’armée et l’accueil que l’institution militaire faisait à son bavardage. Les positions affirmées, mais surtout les révélations faites sur les tractations qui ont présidé à la concorde civile et qui sont frappées du sceau du «secret-défense» ont été plutôt mal accueillies par les responsables dans la hiérarchie militaire, selon les échos faits autour de cette affaire. Plus que gênant, le général en retraite semble désormais en disgrâce. Après le lâchage de l’armée, il semble aussi qu’il lui serait très difficile, dans le cas où il devrait affronter la justice française – qui, elle, n’est pas aux ordres –, de trouver secours auprès du pouvoir en Algérie, aujourd’hui entre les mains de celui qu’il traitait hier de «canasson».

Le pouvoir aujourd’hui respecte mieux les droits de l’homme. Les cas de tortures se font de plus en plus infimes, et lorsqu’ils sont signalés, une suite légale leur est donnée, à l’instar de la dernière affaire de Aïn Soltane. L’Algérie, rappelle-t-on, a ratifié récemment son adhésion au Tribunal pénal international. M. Z.

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Déposée par des Algériens à Paris

Plainte pour torture contre Khaled Nezzar

 

Par Rabah Iguer, La Tribune, 26 avril 2001

Le général à la retraite Khaled Nezzar se trouvait, hier, à une réunion publique au Centre culturel algérien de Paris pour y présenter ses Mémoires. Au même moment, une famille algérienne, dont le fils est mort, et deux anciens détenus algériens ont porté plainte pour torture contre lui. Le parquet de Paris a confirmé, hier, sa compétence à prendre en charge cette plainte. En effet, les victimes résidant en France et l’ancien homme fort du pouvoir se trouvant de passage sur le territoire français ont fait que le parquet ait aussitôt saisi la brigade criminelle pour recueillir les plaintes. Ce dernier a même interrogé le ministère français des Affaires étrangères sur l’immunité dont pourrait bénéficier Khaled Nezzar. L’ancien ministre de la Défense devrait, selon des sources informées citées par l’AFP, bénéficier d’une sorte de protection diplomatique et non d’une immunité au sens propre du terme du fait qu’il est à la retraite.Dans un communiqué, Me Comte et Me William Bourdon ont indiqué que les plaignants sont «une famille algérienne dont le fils est mort des suites des tortures subies et deux anciens détenus, également torturés par les forces armées dans la période qui a suivi la proclamation de l’état d’urgence en 1992». Le général Nezzar est «mis en cause par l’ensemble des ONG pour sa responsabilité directe, en sa qualité de ministre de la Défense puis de membre du Haut comité d’Etat, dans la politique de répression généralisée fondée non seulement sur l’usage massif et systématique de la torture mais aussi sur les exécutions extrajudiciaires», est-il souligné dans la plainte déposée, fondée sur la convention contre la torture de 1984. La France, qui a signé cette convention, a, de plus, introduit dans son droit une disposition selon laquelle peut être poursuivie et jugée, si elle se trouve en France, toute personne coupable de tortures au sens de la convention. Ne dissimulant pas un certain scepticisme sur les chances de voir la plainte empêcher le général Nezzar de regagner l’Algérie, Me Comte a cependant estimé que cette plainte aura «marqué quelque chose, des Algériens ont eu le courage de la déposer, le parquet a bougé, on aura marqué la limite à l’impunité, montré qu’il ne faut plus que de telles personnes viennent en France dans n’importe quelles conditions». Signalons, par ailleurs, que près de 70 personnes, appartenant pour la plupart au collectif des familles de disparus en Algérie, ont manifesté hier soir contre la présence à Paris du général Khaled Nezzar. Soutenus par Amnesty International et la Ligue des droits de l’Homme, les manifestants, masques blancs sur la tête pour symboliser les disparus, s’étaient réunis devant le Centre culturel algérien : «Nous sommes là pour réclamer la vérité et la justice car Nezzar était ministre de la Défense et au Haut comité d’Etat», a expliqué une responsable du collectif, Nassera Dutour. Le passage du général Khaled Nezzar en France risque de se transformer en incident diplomatique entre Paris et Alger au cas où la plainte est retenue et suivie d’effet. D’autant plus qu’il est attaqué en justice non pas comme une personnalité physique mais comme une institution.

R. I.

 

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