Mme Boudiaf: «Je demande la révision du procès de Boumaârafi»

Mme Boudiaf, jeudi au forum d’El Youm

«Je demande la révision du procès de Boumaârafi»

Yassin Temlali, Le Jeune Indépendant, 20 janvier 2001

«Il reste au pouvoir de faire la vérité sur l’assassinat de Mohamed Boudiaf à travers le seul moyen de recours qui subsiste en procédure, la révision.» Cette déclaration de Mme Boudiaf, lue jeudi dernier à la clôture du forum d’El Youm, a remis sur le tapis l’«affaire Boumaârafi», donnant un cachet très particulier à une rencontre de témoignages sur le «retour du père de la révolution en Algérie».

Mme Boudiaf explique sa «demande de révision» par les nombreuses «anomalies» qui ont émaillé, selon elle, le déroulement de l’enquête. Non seulement, affirme-t-elle, «l’expertise balistique n’a pas été faite [puisque] l’arme du crime a disparu», mais il n’y a eu non plus de «reconstitution du crime» ni d’«audition des membres de la commission d’enquête».

Pis encore, «l’autopsie pratiquée sur le corps de Mohamed Boudiaf a révélé des trajectoires de balles de l’avant vers l’arrière». Autrement dit, on a tiré sur le président du HCE «à partir de la salle». Ces irrégularités sont loin d’être les seules. Mme Boudiaf rappelle que «certains témoins ont disparu tandis que d’autres gardent l’anonymat». Elle note encore, dans une ultime démonstration de la légèreté avec laquelle le dossier a été traité, que «les membres de la garde rapprochée du président sont passés du statut de prévenus à celui de victimes» et que «même pas la faute professionnelle» n’a été retenue contre eux.

Ces «anomalies», pour rappel, ont presque toutes fait l’objet de longs articles et commentaires. La nouveauté, en effet, est qu’elles fondent aujourd’hui la revendication d’une nouvelle information judiciaire. Mme Boudiaf les résume en un fait précis, significatif à ses yeux d’une volonté de présenter à l’opinion publique pour tout coupable un bouc émissaire : le virage de 180° opéré par la commission d’enquête, «passée de la thèse du complot (…) à celle de l’acte isolé». Or, fait-elle remarquer, «il n’est pas logique qu’une seule personne désignée en dernière minute pour assurer la sécurité […] du président, et dans des conditions très obscures, prenne seule la décision de l’assassiner et sans aucun mobile».

«Seule l’autorité politique peut ordonner la révision»
Ainsi, pour Mme Boudiaf, le procès «a été commandité par le même clan qui a fait assassiner le président du HCE en direct à la télévision alors qu’il tentait de réconcilier les Algériens entre eux et avec eux-mêmes». Les juges qui l’ont mené, se résume-t-elle, «ont rendu une décision de justice et non la justice, en rejetant le pourvoi de Boumaârafi» contre sa condamnation à mort.

Ce n’est pas la première fois que la veuve du président du HCE conteste de façon radicale la régularité du «procès Boumaârafi». Elle avait déjà appelé le président Liamine Zeroual à gracier le sous-lieutenant du GIS, lequel, estimait-elle, paie seul le prix d’un immense et innommable complot. «Son appel à la réouverture de l’enquête, comme d’autres par le passé, est un appel politique à la mesure de la gravité du crime, un régicide», commente un magistrat. D’un point de vue juridique, en effet, seul le pouvoir judiciaire peut procéder à la réouverture du dossier. La veuve de Mohamed Boudiaf ne le pourrait, elle, que si un «élément nouveau venait à surgir». Or, «ce dont il s’agit, c’est simplement d’examiner des éléments anciens qui ont été ignorés par les juges».

 

 

 

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