Edition: Un état des lieux préoccupant

Edition: Un état des lieux préoccupant

par Yazid Alilat, Le Quotidien d’Oran, 1er novembre 2016

L’état des lieux de l’édition en Algérie est préoccupant avec la fermeture de librairies et la disparition des maisons d’édition. L’édition en Algérie baigne entre archaïsme et professionnalisme, mais  »globalement cela va dans le bon sens ». Sid Ali Sakhri, conseiller à l’Agence nationale d’édition et de publicité (ANEP), a estimé lors de son passage hier lundi à la radio nationale sur la situation actuelle des maisons d’édition en Algérie qu’il y a  »des relents d’archaïsme, une grande maîtrise de certaines maison d’édition, (et) le reste s’accroche. Globalement cela va dans le bon sens ».

Face à la disparition de beaucoup de maisons d’édition et de librairies, il a indiqué que  »ce que demandent les professionnels aux pouvoirs publics, c’est de créer l’environnement pour exercer le métier ». Pour lui,  »les maisons d’édition ont fermé parce que le marché s’est rétréci, avec une concurrence déloyale de l’Internet, et il n’y a rien pour pousser les jeunes à lire, outre les taxes ». En fait, explique M. Sakhri, la disparition des librairies  »explique la disparition des maisons d’édition. Si nous n’avons pas de librairies compétentes, performantes, des animations, des approvisionnements en fonction des besoins du marché, tout le reste s’effondre », souligne t-il, ajoutant que  »la disparition des maisons d’édition entraîne la disparition des librairies. Le lien est très important. » Aujourd’hui, la librairie algérienne est dominée par l’importation, car l’édition algérienne n’est pas capable de répondre dans tous les domaines (romans, géographie, histoire, santé, …).  »La nouvelle loi va donner un nouveau visage à l’édition », estime M. Sakhri, car jusqu’à présent les importateurs faisaient de la concurrence aux libraires en faisant des remises de 30%, ce que ne peuvent faire les libraires.  »La nouvelle loi limite les remises et impose dorénavant de faire les gros achats auprès des libraires », ajoute-t-il. Le marché algérien pèse, selon M. Sakhri, 60 millions d’euros,  »c’est assez important par rapport aux autres pays du Maghreb, mais peu par rapport aux pays d’Europe, dont la France ». Quant aux maisons d’édition, il estime qu’il n’y a qu’une quinzaine en Algérie qui sont à l’avant-garde par la maîtrise des ouvrages, l’esthétique et la distribution.

Les librairies sont au nombre de 500.  »Mais, dans la nouvelle loi, pour être libraire, les 2/3 des produits sont du livre. A partir de ce critère, au niveau national, il n’y a que 60 qui font de la librairie », affirme M. Sakhri, selon lequel le numérique ne concurrence pas le livre, et la cohabitation est possible.  »Même à l’étranger, les éditeurs et imprimeurs sont revenus au papier. » Sur la commercialisation du livre en Algérie, il a indiqué que la nouvelle loi est venue pour offrir plus de protection à la librairie.  »Le livre d’importation ne nécessite que 5% de taxe douanière et 7% de TVA, alors qu’un éditeur algérien paie 15% de taxe douanière et 17% de TVA. Dès lors, un éditeur sérieux qui ne fait pas 70 titres par an ne s’en sort pas, car il ne prélève que 15% sur le prix d’un livre. »

Par ailleurs, il estime qu’il y a une invasion de cultures étrangères avec l’importation de livres, et les auteurs algériens ne sont pas connus. M. Sakhri attribue ce phénomène au manque de médiatisation des auteurs algériens, estimant qu’à partir du moment où une  »librairie fait de la vente sans animation, il est difficile dès lors de faire connaître les auteurs algériens, qui doivent passer par les éditeurs étrangers pour se faire connaître en Algérie ». Enfin, il a préconisé le retour des prix littéraires pour encourager l’édition et les librairies.  »On va donner plus de visibilité pour les prix littéraires, avec un bon profil du jury. »