1er Mai : l’UGTA dans la tourmente

1er Mai : l’UGTA dans la tourmente

par Kharroubi Habib, Le Quotidien d’Oran, 2 mai 2011

Quelques discrètes cérémonies de dépôt de gerbes de fleurs vite expédiées, d’autres de remises de cadeaux à des «travailleurs méritants», voilà à quoi s’est limitée en ce Premier Mai la célébration officielle en Algérie de la fête internationale du Travail.

L’UGTA et les autorités se sont abstenues d’organiser, comme elles avaient coutume en la circonstance, ces grands rassemblements, entretenant l’illusion qu’en Algérie le monde du travail est en osmose avec celui des dirigeants qui gouvernent le pays et en accord avec sa politique. Pouvaient-elles faire autrement, alors que ce monde du travail exprime de mille façons depuis des semaines son rejet des politiques économiques et sociales menées par ses dirigeants et servilement cautionnées par la centrale syndicale ?

Jamais le front social en Algérie n’a été en aussi grande effervescence que ces derniers temps. Au point que le président de la République, qui, traditionnellement, envoie un message aux travailleurs à l’occasion du 1er Mai dans lequel il loue leur contribution à la construction et au développement du pays et met en exergue les mesures prises en leur faveur par l’Etat, a fait cette année l’impasse sur cet exercice. Sachant certainement que le temps et le contexte ne se prêtent pas à la glorification de l’action de l’Etat au plan économique et social et à l’autosatisfaction quant aux résultats pour le monde du travail de cette action.

L’UGTA a eu la pudeur, en ce 1er Mai, de renoncer à ses traditionnelles démonstrations d’adhésion factice du monde du travail au programme et à la politique du pouvoir. Car démonstration est faite par les grèves, sit-in et autres manifestations de revendications qui se déroulent en non-stop dans le pays que les travailleurs ne se prêtent plus à sa politique spectacle. Qu’ils sont dans la lutte sans concession contre cette politique économique et sociale dont les conséquences sont catastrophiques sur leurs conditions de vie, leur pouvoir d’achat. Sur leur dignité en somme.

Face à cette levée en masse du monde du travail, l’UGTA, pour aussi inféodée qu’elle soit au pouvoir politique, ne pouvait prendre le risque de désavouer leurs revendications et de célébrer le 1er Mai comme si rien de grave ne se passe sur le front social dans le pays. La vieille centrale sait qu’elle a perdu la confiance des salariés, qu’elle n’est plus qu’un appareil réduit à des «apparatchiks» opportunistes et prédateurs, sans écoute ni influence dans la sphère des salariés. Qu’elle a même perdu de son utilité pour le pouvoir auquel elle a fait acte d’allégeance, du moment qu’elle ne peut plus jouer le rôle de pompier social qui a été le sien et que, ce faisant, elle n’est plus une force sur laquelle il compte.

Il n’est pas impossible qu’ayant pris acte que le mouvement social auquel il est confronté soulève également des revendications politiques, telle une réelle pluralité de l’exercice syndical, ce pouvoir décide enfin d’enlever à cette centrale, devenue sans utilité pour lui, son statut de partenaire social exclusif. Ce qui est en train de se passer dans le secteur de l’Education nationale autour de la question de la gestion des œuvres sociales, indique en effet que le lâchage de l’UGTA par le pouvoir et les autorités se dessine.

Ce qui explique d’autant que la centrale de Sidi Saïd n’ait pas eu le cœur à «faire la fête» en ce 1er Mai et qu’elle s’affiche aux abonnés absents devant des manifestations sociales qui échappent totalement à son emprise et à ses instructions.