L’UGTA sort de son hibernation

Totalement absente sur le terrain des luttes sociales

L’UGTA sort de son hibernation

El Watan, 30 avril 2011

Le nombre de grèves et de manifestations est une cinglante preuve de l’énorme recul de l’UGTA sur le terrain des luttes ouvrières.

L’UGTA a fini par sortir de «son silence». Et de quelle manière ! Pouvait-elle faire autrement, au risque de signer carrément son acte de décès, à la veille d’un aussi grand jour qu’est le 1er Mai, fête internationale du Travail. Il fallait alors qu’elle fasse quelque chose pour prouver qu’elle est toujours en vie à travers un communiqué, une petite interview de son patron…
Sidi Saïd sort enfin de son silence pour venir, dans un entretien express à l’APS, justifier l’étendue de l’apathie dans laquelle est plongée la centrale syndicale en soutenant qu’il travaillait dans «la discrétion».

Difficile exercice pour le secrétaire général de l’UGTA qui revendique 1 500 000 adhérents pour démontrer que la représentativité de son organisation est toujours intacte. La réalité du monde du travail, qui a connu de profondes mutations, dit pourtant autre chose. Car lorsqu’on évoque aujourd’hui le terrain de la revendication sociale, on pense automatiquement aux syndicats autonomes. Mais qu’à cela ne tienne, Abdelmadjid Sidi Saïd n’hésite pas à s’approprier les acquis sociaux arrachés de haute lutte par des centaines de milliers de travailleurs qui ont massivement quitté la centrale pour syndiquer dans des organisations autonomes et indépendantes. C’est indéniablement grâce à ces nouveaux outils dont se sont dotés les luttes sociales dans le pays, que le pouvoir d’achat, des enseignants, des universitaires, des médecins s’est, un tant soit peu, amélioré. `

Si l’UGTA garde un peu la main sur certains secteurs d’activité (ArcelorMital, la zone industrielle de Rouiba), elle s’est, toutefois, montrée incapable d’assurer les termes du pacte social et économique, une sorte de traité de non-agression qu’elle a signé avec le gouvernement et le patronat lors d’une réunion tripartite tenue fin 2006. Jamais le front social n’a connu une si grande ébullition que ces dernières années, et jamais le monde syndical n’a été aussi décidé à s’émanciper du «joug» d’une «centrale» devenue amorphe et dévitalisée. Les travailleurs le savent et la situation de «servitude» dans laquelle se trouve l’Union générale des travailleurs algériens est désormais plus claire qu’elles ne le sont les activités «discrètes» de Sidi Saïd et de son équipe.
Le nombre de grèves et de manifestations qui ont rythmé le front social ces derniers mois, propulsées par une nouvelle dynamique syndicale autonome, est une cinglante preuve de l’énorme recul de l’UGTA sur le terrain des luttes ouvrières.

Marquer le coup à la veille du 1er Mai

L’essentiel était donc de marquer le coup à la veille du 1er Mai. Le responsable de la centrale syndicale fait semblant de reprendre l’initiative en lançant une importante campagne de marketing que d’aucuns savent n’a aucune prise sur la réalité. Il annonce ce qu’il appelle les commandements de l’UGTA pour «consolider et améliorer le pouvoir d’achat des citoyens algériens». Il s’agit en fait de sept propositions. Première proposition : pour arriver à une meilleure organisation du marché des fruits et légumes, la «réactivation de l’OFLA», à titre d’exemple, est jugé comme un dispositif susceptible de «permettre de juguler les prix autour d’un niveau socialement acceptable et économiquement viable». La seconde proposition concerne la «réactivation de l’Office national d’importation et d’exportation» des produits d’alimentation.

Cet office, initialement appelé Onaco, distributeur public de ces produits, est destiné à réguler les prix et les marges de bénéfices des produits d’importation tels que les légumes secs, le café, le thé ou le sucre. L’UGTA demande aussi à subventionner les matériaux de construction. Tout le monde sait, mieux encore les initiés à la chose économique, que la centrale syndicale est en pleine affabulation en demandant à l’Etat de gérer les monoprix comme à l’époque de l’économie socialiste que symbolisaient, en son temps, l’OFLA et l’Onaco. Le populisme qui se décline à travers les propositions de l’organisation de Sidi Saïd, qui démarche pour un gouvernement qui n’arrive pas à sortir le pays de l’économie rentière, s’apparente beaucoup plus à un véritable bricolage syndical pour occuper le terrain à l’occasion du 1er Mai.

Said Rabia