L’UGTA en quête d’autonomie

MALAISE SOCIAL

L’UGTA en quête d’autonomie

Le Soir d’Algérie, 30 janvier 2006

Une première au niveau de la Maison du Peuple Abdelhak-Ben-Hamouda. Des syndicats d’entreprise et des sections syndicales affiliées soit à la Centrale syndicale UGTA soit à des organisations syndicales autonomes, à l’instar du Snapap, du CLA ou de l’UNPEF, ont observé hier conjointement un sit-in pour dire “non au harcèlement des syndicalistes” et “halte aux violations des libertés syndicales”.

Ils étaient quelque deux cents cadres syndicaux entre des secrétaires généraux des syndicats des douanes, du port d’Alger (Epal), de la Cnan, de l’Entmv, de Presco, de Batos (ex-Erca), du secteur des finances, de Diprochim, des structures syndicales relevant de l’UGTA, mais aussi des représentants des organisations syndicales autonomes, telles que le CLA, le Snapap et l’UNPEF. Des animateurs de l’association estudiantine Nedjma ont tenu également à prendre part à cette manifestation, pour apporter leur soutien “aux luttes des syndicats qui résistent au rouleau compresseur libéral et aux politiques anti-démocratiques”. Ce rassemblement est, selon ses initiateurs, “une nécessité pour dénoncer la hogra et le mépris affiché à l’encontre des représentants des travailleurs qui revendiquent le changement dans la représentation syndicale et qui luttent contre toute forme de mépris envers les travailleurs”. A ce propos, le porte-parole du CLA, qui était dans un passé récent un militant syndical affilié à l’UGTA, dira : “On est venu ici pour un seul objectif, celui de défendre les libertés syndicales chèrement acquises mais qui sont aujourd’hui sérieusement menacées. Des libertés syndicales reconnues par l’Etat algérien, par la Constitution et le peuple”. “Nous sommes harcelés depuis trois années parce que nous avons plaidé la cause des salariés. Mais ce qui est certain, la revendication syndicale ne peut se faire dans les salons ou dans les couloirs. C’est le terrain de la revendication syndicale qu’il faut investir pour faire valoir les revendications des travailleurs. C’est dans la solidarité syndicale qu’on pourra faire avancer nos revendications, d’où la nécessité d’aller vers une convergence syndicale”, fait-il savoir. Ayant claqué la porte de la maison UGTA pour des questions organiques, Redouane Osmane conclut son intervention en affirmant : “Notre présence ici n’est pas seulement pour Badaoui, mais pour dire halte aux violations des libertés syndicales.” Des propos réitérés par les représentants de l’UNPEF, de Presco de la BEA, alors que le secrétaire général du syndicat d’entreprise de Batos, une entreprise du secteur du bâtiment qui a vu le jour au lendemain de la restructuration de l’ex- DNC et de l’Erca, n’a pas été par trente-six chemins pour dénoncer “ceux que ce soit au niveau des pouvoirs publics ou de l’UGTA qui ont contribué à la situation à laquelle est arrivée aujourd’hui notre entreprise”. “Notre entreprise subit une véritable opération de liquidation qui ne dit pas son nom. Notre entreprise est à l’arrêt depuis plus de dix mois. Ils ont refusé de nous accorder des chantiers alors que ceux que nous avons décrochés dans le cadre de l’ADDL on nous les a retirés. La responsabilité incombe certes aux pouvoirs publics mais avec la complicité de l’UGTA dont les responsables n’ont rien fait. Au niveau de la fédération du bâtiment, on ne bouge point sous prétexte que ses animateurs ne sont pas élus. Tout cela n’est que du cinéma, et ce, au moment où plus de 1400 travailleurs ne disposent même pas de 25 dinars pour acheter un sachet de lait. Face à cette situation, certains n’ont pas trouvé mieux que de se suicider. Tout cela se passe dans un pays qui a 60 milliards de réserves de change et qui engendre pour la seule année 2005, 45 milliards de dollars”, confie ce responsable syndical. De son côté, Ahmed Badaoui a tenu à préciser que ce “rassemblement n’est pas destiné à défendre ma personne mais pour dire halte aux harcèlements et intimidations des syndicalistes”. Cependant, il s’est interrogé sur la décision prise par le secrétaire général de l’UGTA de “ne pas recevoir une délégation des protestataires sous prétexte qu’il faut d’abord introduire une demande”. “C’est grave que le premier responsable de l’UGTA exige des représentants des travailleurs qui veulent le voir de lui adresser une demande”, a-t-il souligné, alors que le chargé de la communication du secrétariat de l’UGTA, M. Rachid Aït Ali, soutient l’idée selon laquelle “non pas que Sidi Saïd ne veut pas vous recevoir mais il veut que cela se fasse dans un cadre organisé”. Une réponse qui n’a guère convaincu les protestataires. Ceci étant, nous avons appris qu’une délégation composée de six personnes, dont le SG de l’Entreprise portuaire d’Alger, aurait été reçue par le premier responsable de la Centrale syndicale. Cela dit, hier à l’occasion de ce rassemblement, les observateurs de la question syndicale s’accordent désormais à dire que les prémices d’une reconfiguration de la carte syndicale en Algérie sont aujourd’hui une réalité. L’appel lancé pour une convergence syndicale atteste de cette nouvelle donne, d’autant que le succès remporté par l’intersyndicale du secteur de l’éducation a conforté les partisans de ceux plaidant pour la création d’une confédération, voire une autre centrale syndicale parallèle à l’UGTA.
Abder Bettache
[email protected]