Tripartite flagrante de parti pris!

Tripartite flagrante de parti pris!

Par Ahmed Kaci, Le Maghrébin, 28 mai 2011

La quatorzième tripartite entre les « partenaires sociaux » et le gouvernement pour reprendre la terminologie consacrée ne déroge pas à la règle: un dialogue à sens unique entre la centrale UGTA, le syndicat maison, le patronat et le gouvernement. Comme pour le « dialogue politique » , c’est des consultations sur le mode « hna fi hna, wa lbarani ikhtina! » (1). Comme vous avez sûrement compris, les intrus sont les travailleurs et leurs représentants syndicaux autonomes qui depuis des mois sont de toutes les mobilisations sociales (médecins, agents de l’administration, travailleurs du secteur privé, etc). Sans oublier toutes les couches de la société qui sont en colère et qui n’ont pas droit au chapitre dans une rencontre qui prétend décider de l’avenir social et économique du pays, à l’exemple des comités des chômeurs qui dans le climat délétère actuel sont pourtant porteurs de propositions plus que pertinentes.

Le sort qu’inflige le pouvoir en place aux revendications sociales n’est que le pendant de l’autisme et de la répression opposés aux revendications de changement politique que revendique la société algérienne depuis des lustres. Le régime en place a depuis longtemps décidé de ne parler qu’à lui-même, de ne négocier qu’avec ses multiples autres qui lui renvoient l’image médiocrement rassurante.

Le caractère arbitraire dans le choix des interlocuteurs de cette tripartite et son thème entièrement dévoué au secteur privé montrent clairement la nature oligarchique du bloc social du régime en place composé essentiellement des intérêts de l’affairisme véreux et, dans une moindre mesure ou comme dernière roue du carrosse, du capital productif local qui ne fait pas le poids devant les mafias de l’import-import et des intermédiaires de tout poils à l’intérieur et en dehors de la structure bureaucratico-militaire. Une configuration où les masses (travailleurs,petite paysannerie et masses prolétaires) n’ont ni place ni leurs représentants authentiques à la table des négociations.

Et si à cette occasion, l’on a parlé de création d’emplois, d’entreprise et d’amélioration de l’environnement de l’investissement, c’est que le pouvoir, qui a désespéré de récupérer les masses ou d’avoir leurs appuis, tente, à travers ses mesures, de préserver dans son giron les secteurs de la bourgeoisie industrielle locale qui commençaient, eux aussi, à montrer des signes de mécontentement parce que longtemps sevrés dans le partage de la rente et qui subissent la loi cruelle des secteurs affairistes et du bazar. C’est le sens de tout le paquet des mesures fiscales, en matière de crédit et d’accès au foncier, de préférence dans les plans de charge, etc. Et dans le même temps, le régime donne des gages à ses sponsors occidentaux, c’est-à-dire au capital international fort inquiet de la détérioration du « climat des affaires » et du poids de la corruption dans la gestion du pays. C’est chose faite, le gouvernement, a assuré Ouyahia, sera toute ouïe pour la Banque mondiale et appliquera ses critères [ mesures ] dont les Algériens n’ont pas fini de payer la note et synonymes de plus de pauvreté, de précarité de l’emploi, de disparitions des services publics et de plus de violence.Bref de mise à genoux des peuples. Mesures qui depuis des mois de Tunis, au Caire et jusqu’au vieux continent font se soulever les peuples les uns après les autres.

1) Hna fi hna wa lbarani yakhtina: expression algérienne qui signifie « entre-nous et les intrus on en veut pas! »
P.S. Selon le directeur général de l’agence nationale de développement de l’investissement (ANDI), Abdelkrim Mansouri, une dizaine d’importateurs contrôlent le marché de la quincaillerie et de la câblerie (khourda), dont le chiffre d’affaires est estimé à 7 milliards de dollars ! Selon le responsable de l’ANDI, il n’y a aucun l’intérêt à continuer à importer en devises fortes ces produits qui sont en mesure d’être fabriqués localement. Mais, visiblement, ces importateurs ont le bras long et contrôlent parfaitement le marché afin d’empêcher toute production nationale d’émerger. (Lu dans Algérie-Focus en ligne). Le même directeur de l’ANDI, selon le journal Le Midi Libre, cite « trois importantes entreprises algériennes qui importent pour 10 milliards de dollars par an de pièces détachées alors que n’importe quelle microentreprise algérienne est capable de produire localement. » Lesquelles?Le journal ne nous dit pas plus. Entre 7 et 10 milliards de dollars il y a 3 milliards de dollars de différence. C’est énorme.