Les Syndicats déterminés à mettre le gouvernement sous pression

Rentrée sociale et impact de la loi de finances complémentaire

Les Syndicats déterminés à mettre le gouvernement sous pression

El Watan, 11 septembre 2009

La rentrée sociale risque de ne pas être de tout repos pour le gouvernement. Les syndicats de l’éducation, rejoints en grande partie dans leurs revendications par les enseignants du supérieur, ont menacé, cette semaine, d’inaugurer la nouvelle année scolaire par une série de débrayages.

Connus pour leur capacité de mobilisation et surtout de résistance, les syndicats de l’éducation ont les moyens, en effet, de mettre sous pression le gouvernement. Davantage, la grève mémorable menée conjointement, au mois d’avril dernier, par les enseignants de médecine et les syndicats de la santé montre que le mouvement syndical a les arguments suffisants pour faire plier les pouvoirs publics. La situation ne paraît toutefois pas, pour le moment, irréversible ni même critique. L’Exécutif dispose d’un certain nombre de cartes en main susceptibles de lui permettre de désamorcer les crises et de ramener momentanément la paix sociale. L’une des principales cartes maîtresses qu’il pourra, en cas de nécessité, abattre a pour nom la tripartite. Dans ce contexte, il paraît évident qu’une augmentation conséquente du Salaire national minimum garanti (SNMG) conduira à un apaisement au niveau du front social. Il reste à savoir si le gouvernement Ouyahia acceptera de faire un tel cadeau aux salariés et en particulier à ceux du secteur public, alors que tout le monde se plaint d’une importante diminution des recettes du pays.

Le SNMG face à de sérieux obstacles

De ce point de vue, la tripartite – que le gouvernement compte tenir à la fin du mois d’octobre prochain – sera une occasion supplémentaire pour vérifier la crédibilité du discours d’Ahmed Ouyahia sur les salaires et la productivité. Ayant généralement été présenté comme un farouche partisan de l’orthodoxie libérale, Ahmed Ouyahia a souvent donné l’image d’un responsable beaucoup plus enclin à affronter la fronde des syndicats plutôt qu’à accorder des augmentations de salaires. Sur ce point précis, le patron du RND a le mérite, au moins, d’être conséquent avec lui-même. Dans le cas où le Premier ministère aurait quand même l’idée de mettre les moyens pour, comme diraient les mauvaises langues, « acheter la paix sociale », il lui restera encore un sérieux obstacle à franchir. Pour parvenir à calmer le front social, il lui faudra bien évidemment persuader les opérateurs économiques privés d’accepter de jouer le jeu et de consentir eux aussi un effort financier pour relever le SNMG de telle sorte à donner du pouvoir d’achat. Ce qui n’est pas du tout évident, pour lui, de réussir. Dans un entretien accordé, au début de la semaine, sur le site internet Tout sur l’Algérie, le président du FCE, Réda Hamiani donne d’ailleurs un aperçu de ce que pourrait être la position du patronat en général sur la question de l’augmentation du SNMG. Même si celui-ci a soutenu, en des termes clairs, la démarche du gouvernement ainsi que les décisions prises au mois d’août dans le cadre de la loi de finances complémentaire, il demeure que M. Hamiani s’est montré dubitatif pour ne pas dire opposé à un éventuel projet d’augmentation du SNMG. Il a expliqué, entre autres, que de nombreuses entreprises « ne pourront pas digérer une hausse importante (des salaires, ndlr) ». La raison ? Leur productivité étant faible, elles seront dans l’obligation de répercuter entièrement cette augmentation dans leur prix. Cela rendra, selon lui, leur offre invendable sur les marchés devenus très compétitifs par l’ouverture commerciale à l’international.

Au-delà des problèmes objectifs sur lesquels bute le dossier des salaires, il ressort aussi que peu de patrons sont enclins à faire des cadeaux à Ouyahia. Du moins pas après les décisions « contraignantes » prises dans le cadre la LFC 2009. Bien au contraire, l’actualité économique quotidienne laisse apparaître même que certains lobbies font actuellement des pieds et des mains pour contraindre le Premier ministre à revenir sur ses décisions. Le gouvernement est, pour ainsi dire, confronté à deux « fronts » à la fois. Des fronts dont la gestion et le rapprochement ne se font généralement pas sans grabuges et sans coup politique.

Par Zine Cherfaoui