Vers la création d’un syndicat autonome à Sonatrach

Les travailleurs remettent en cause la représentativité de l’UGTA

Vers la création d’un syndicat autonome à Sonatrach

El Watan, 15 novembre 2011

Les travailleurs de Sonatrach se préparent à créer un syndicat autonome l Si le projet aboutit, ce serait une première pour le secteur économique et pourrait même enfoncer l’Union générale des travailleurs, dont la représentativité a, plusieurs fois, été remise en cause.

Les travailleurs de Sonatrach se préparent à créer un syndicat autonome. Si le projet aboutit, ce serait une première pour le secteur économique et pourrait même enfoncer l’Union générale des travailleurs, dont la représentativité a, plusieurs fois, été remise en cause. L’initiative est née d’abord au sein des pétroliers du site de production de Hassi R’mel qui, lassés de voir leurs revendications insatisfaites, veulent élire «une nouvelle structure syndicale, légitime et représentative».
Le collectif des travailleurs de Hassi R’mel a d’ailleurs tenu aujourd’hui un sit-in devant le siège de la direction régionale de l’entreprise afin de relancer leur plateforme de revendications. Il est vrai aussi que les pétroliers du Sud manifestent depuis plusieurs semaines leur mécontentement face, disent-ils, au retard pris par la direction de la compagnie nationale des hydrocarbures dans la satisfaction de leurs revendications. Mais le plus gros des griefs du collectif des travailleurs est adressé à la section syndicale UGTA de Hassi R’mel et plus généralement au syndicat d’entreprise Sonatrach.

Les travailleurs du site envisagent même la dissolution de la section.
Ainsi dans une correspondance adressée dimanche au secrétaire général de la section syndicale Hassi R’mel, les travailleurs demandent la tenue dans les plus brefs délais d’une assemblée générale extraordinaire «afin de décider de l’avenir de leurs revendications». Le collectif des travailleurs estime aussi que «les membres de la section syndicale, nouvellement élus, sont en désaccord total entre eux-mêmes, et ce, depuis leur installation». Et que «cette situation menace les intérêts des travailleurs et a donné une opportunité à la direction de l’entreprise pour geler la prise en charge de la plateforme de nos revendications». Une affirmation que la direction de Sonatrach a démentie, affirmant que les revendications des travailleurs sont prises en charge.

Le PDG de la compagnie pétrolière nous a d’ailleurs indiqué, hier, que les accords signés le 3 juin dernier entre la direction générale et le syndicat national ont porté sur l’augmentation substantielle, avec effet rétroactif, des indemnités servies par l’entreprise, telles que l’ITP, l’IZCV et l’Indemnité de nuisance et l’indexation sur le salaire de base en vigueur des indemnités concernant les heures supplémentaires, allocation de fin de carrière ainsi que son déplafonnement. Il s’agit également de la généralisation du système de travail (4×4), de l’augmentation du montant de l’indemnité de nourriture ainsi que celle relative au salaire unique (IPSU) et, enfin, la prise en compte du congé de maternité dans le calcul de la prime d’intéressement.
Le même responsable a également annoncé que le problème de la régularisation des agents «faisant fonction» et celui des titulaires de DEUA et TS, notamment, a été réglé en octobre dernier. Et d’ajouter que des réunions tenues les 9 et 10 novembre ont permis de se pencher sur le traitement de la situation des personnels n’ayant pas connu d’évolution de carrière durant cinq années et plus, ainsi que sur l’unification des taux de revalorisation de certaines fonctions de soutien/support fixés, initialement, à 08%, 10%, 13% et 15%, à un seul taux, à savoir celui de 18%.

Des mesures pour apaiser le front social

Ces mesures concernent, selon la même source, tout le personnel travaillant dans les bases et chantiers pétroliers, le personnel travaillant en usine et assujetti à la relève, le personnel de soutien et certaines autres catégories d’agents.
Il va sans dire que la direction de l’entreprise se montre complaisante et veut tout faire pour apaiser un climat social qui continue à se détériorer. On nous affirme d’ailleurs que Sonatrach reste «attentive aux préoccupations des collectifs de travailleurs et procède, au fur et à mesure, aux ajustements nécessaires pour corriger certaines distorsions dans la gestion des ressources humaines et accessoirement celles apparues lors de la mise en œuvre du nouveau système de rémunération». Toutes ces mesures ne semblent pourtant pas calmer les travailleurs qui déversent aujourd’hui leur rage sur leurs représentants syndicaux.

Les représentants du collectif des travailleurs à Hassi R’mel veulent retirer leur confiance au syndicat UGTA qu’ils assimilent à un organe qui ne fait qu’«obéir aux orientations gouvernementales, faisant obstacle à toutes les initiatives de la masse ouvrière». Et c’est sur cet argument qu’ils s’appuient pour réactiver le projet de création d’un syndicat autonome. Il faut rappeler dans ce sens que la création d’un syndicat obéit à la loi 90-14 du 2 juin 1990 relative aux modalités d’exercice du droit syndical.

Si une telle initiative aboutit, cela constituerait un précédent dans le secteur économique, d’autant que les syndicats autonomes n’existent actuellement que dans la Fonction publique. Une telle possibilité risque de mettre à mal la centrale syndicale UGTA laquelle doit déjà se débattre avec des problèmes de représentativité dans la Fonction publique. Le «syndicat officiel» fonde d’ailleurs son assise sur les travailleurs du secteur économique. Et Sonatrach est de loin l’entreprise publique la plus importante du pays.
Il ne sera donc pas aisé pour les initiateurs de voir les autorités en place faciliter la concrétisation de leur projet. D’ailleurs, les travailleurs de Sonatrach avaient tenté de créer un syndicat autonome au début des années 1990. Tentative avortée puisqu’ils n’ont pas pu obtenir d’agrément. Ce passif ne semble pourtant pas décourager le collectif des travailleurs de Hassi R’mel qui entend aller jusqu’au bout de ses revendications «en démontrant sa représentativité par le nombre de ses effectifs».
Melissa Roumadi