contestation sociale: Le silence pesant du gouvernement

Alors que la contestation sociale gagne du terrain

Le silence pesant du gouvernement

Liberté, 24 mars 2018

Le front social ne décolère pas. Cela fait plusieurs mois que les syndicats ne lâchent plus prise. Mais face à cette grogne sociale, le gouvernement a choisi le silence, la dérobade, la fuite en avant et la répression. Aucun intermédiaire pour tenter d’apaiser les esprits.
C’était le cas avec la grève du Cnapeste qui a paralysé les établissements scolaires durant deux longs mois, mais aucune autorité n’a daigné engager des pourparlers pour mettre fin au débrayage. Idem pour les résidents. Aucune solution ne pointe à l’horizon, alors que les malades sont livrés à leur sort.
À quoi répond cette posture prise par les pouvoirs publics ? Cherche-t-on à empirer la situation ? Y a-t-il réellement de la provocation, comme l’ont laissé entendre certains chefs de parti à l’approche de la présidentielle ? Autant de questions qui se posent avec acuité, mais aucune réponse n’est venue soulager, un tant soit peu, la soif des Algériens de connaître les tenants et les aboutissants de tous ces mouvements dont ils sont l’unique victime. Si une forme de chantage est ressentie chez certains syndicats qui ne veulent surtout pas apaiser la situation, le seul coupable demeure le gouvernement qui reste muet devant cet état de fait. Combien de jours de grève aurait-il évités aux élèves s’il avait ouvert le dialogue avec les syndicats en temps voulu ? Combien de malades aurait-il soulagés s’il avait pris en compte le cri des résidents ?
En définitive, combien de débrayages aurait-il pu éviter s’il était réellement disposé à dialoguer avec la société ? D’aucuns diront que l’actuel Exécutif navigue à vue.
Déclarations contradictoires, absence de coordination, effacement du coordinateur du gouvernement…, autant de signes qui expriment un malaise institutionnel ancré dans les mœurs du gouvernement. Cet état de fait dont les ingrédients sont apparus dès le début de règne du chef de l’État, Abdelaziz Bouteflika, qui s’était employé dès son retour à concentrer tous les pouvoirs autour de lui, s’est accentué depuis sa maladie.
Cette vacance du pouvoir prive l’État et, par ricochet, la société, d’une autorité visible, identifiée et reconnue. Son omnipotence durant ses 3 premiers mandats présidentiels a paralysé bien des institutions et ramolli l’action de l’Exécutif. Cette absence prolongée de Bouteflika, dont les décideurs tentent de “corriger” avec une omniprésence des ministres, n’a pas suffi à répondre aux besoins pressants d’un front social en continuelle ébullition.
À cette situation s’est greffé un jeu de coulisses des plus déchirants. Un Premier ministre contredit et réduit au silence, des ministres indécis et pas si sûrs de survivre au prochain remaniement…, en gros, c’est la plupart des institutions qui sont mises en berne en attendant des éclairages qui ne viennent pas.
Les rumeurs, de plus en plus insistantes, sur un changement du gouvernement viennent également épaissir le brouillard qui rend imperceptible toute action de l’Exécutif.
À qui profite cette situation ? Y a-t-il un lien entre cette grogne et la lutte des clans ? Y a-t-il des forces occultes qui tirent les ficelles et tentent le pourrissement ? Est-ce un avant-goût de ce que sera la bataille électorale du printemps 2019 ?

Mohamed Mouloudj