Grève de l’Intersyndicale de la santé : Entre service minimum et essoufflement

Grève de l’Intersyndicale de la santé : Entre service minimum et essoufflement

par A. Zerzouri / S.C., Le Quotidien d’Oran, 28 mai 2013

La grève cyclique de l’Intersyndicale de la santé, regroupant les praticiens, spécialistes, psychologues et enseignants en paramédical, entamait hier sa quatrième semaine qui a été diversement suivie au niveau des hôpitaux.

Les établissements hospitaliers de la capitale n’ont pas répondu massivement à l’appel de l’Intersyndicale, relève l’APS. Le taux de suivi était minime à Alger, comparativement aux précédentes grèves. Au niveau du Centre hospitalo-universitaire Mustapha Pacha, la grève n’a pas connu une importante adhésion. Au service de chirurgie infantile, les dix pédiatres exerçant en Santé publique n’ont pas suivi le mouvement. Dans les services d’hémodialyse et de réanimation polyvalente, les hospitalo-universitaires et les médecins de la Santé publique ont assuré leurs fonctions, durant toute la journée. Même constat à l’établissement hospitalier Nafissa Hamoud d’Hussein-Dey. Les praticiens disent refuser de mettre en danger la vie des malades. A l’hôpital Bachir Mentouri de Kouba, la grève était suivie uniquement par les spécialistes en rééducation et les psychologues. Les six médecins généralistes de la clinique des Anassers ont tous arrêté les consultations et les malades ont été orientés vers les établissements hospitaliers des alentours.

A Constantine, le fonctionnement du plus grand établissement de Santé publique, le CHU en l’occurrence, n’a pas été perturbé par la grève. Comme on a pu le constater sur place, et selon des témoignages de malades ou du personnel médical et administratif, la prise en charge du malade est assurée régulièrement, tout le monde vaque à ses occupations quotidiennes. Pour ainsi dire, la grève passe inaperçue; aucun signe de contestation dans les rangs des blouses blanches. Interrogé à ce propos, le DG du CHUC n’a pas caché sa satisfaction par rapport au gel du débrayage des paramédicaux et du personnel des corps communs, dont le mouvement de protestation avait «effectivement perturbé le service». Quant à la grève de l’Intersyndicale, il soutiendra qu’à ce niveau l’influence ne peut pas être d’une ampleur inquiétante, «car leur effectif (les médecins spécialistes de Santé publique et les généralistes) est lui-même très réduit, à peine 3 %, et puis au CHUC tout travail se drape du caractère ‘’urgent » et doit en conséquence obéir à la réglementation, laquelle réglementation exige des grévistes d’assurer le service minimum». Au CHUC aucun débrayage «ne peut généralement être sérieusement suivi», parce qu’il existe plusieurs facteurs d’empêchement ; il y a le service des urgences qui ne peut pas s’arrêter de fonctionner; le suivi des malades hospitalisés qu’on ne peut occulter sous aucun prétexte et il y a d’un autre côté, les médecins résidents et les paramédicaux, véritable cheville ouvrière, qui assurent les consultations et peuvent de ce fait combler tout déficit en la matière, nous a avoué pour sa part le Dr. Chebli, responsable local du SNPSP, ainsi que le directeur de la communication du CHUC. Ailleurs, à l’hôpital d’El Khroub et celui de Ali Mendjeli (où aucune section syndicale n’est installée), le service est assuré sans aucune perturbation. Aussi, faut-il le relever, les menaces du ministère de tutelle, qui a promis de défalquer du salaire les journées non travaillées semblent avoir eu un effet, comme le reconnaît d’ailleurs le président du SNPSP qui avoue que plusieurs médecins ont refusé d’adhérer à la grève par crainte de voir leurs salaires divisés en deux à la fin du mois.

A Oran, le débrayage initié par l’Intersyndicale des professionnels de la Santé publique a été plus perceptible notamment au niveau des structures de santé de proximité contrairement aux établissements hospitaliers où cette grève passait presque inaperçue. C’est ce que nous a expliqué Dr. Bouhafadi, le coordinateur régional ouest du SNPSP qui précise que «des interventions chirurgicales ne peuvent être reportées et de ce fait, l’activité au sein de ces hôpitaux parait aux yeux de l’opinion publique comme normale». En plus de l’obligation d’assurer le service minimum, des praticiens, «pourtant en grève», ne peuvent nullement pénaliser des malades et par conséquent assurent pleinement leur mission. La seule action d’envergure demeure le sit-in organisé chaque mercredi devant le siège du ministère de la Santé vu que des rassemblements devant les DSP s’avèrent inutiles étant donné que les solutions relèvent plutôt de la tutelle ministérielle, a également expliqué le syndicaliste. Ce dernier nie le fait que l’Intersyndicale veut des solutions à toutes les revendications formulées, mais exige l’ouverture d’un dialogue sérieux pouvant aboutir à prendre en charge les préoccupations des grévistes et ce par ordre de priorité.

Pour rappel, hormis l’Intersyndicale, le mouvement de protestation des autres syndicats de la santé a été suspendu suite à une réunion avec la tutelle. Les corps communs de la santé, affiliés à l’UGTA et les paramédicaux appartenant au Syndicat national des paramédicaux avaient entamé une grève illimitée à partir du 29 avril dernier, qu’ils avaient suspendu dimanche. L’Intersyndicale revendique l’amendement des statuts particuliers, la révision du régime indemnitaire, la prime de contagion et l’ouverture du concours d’accès au grade de médecin chef pour les praticiens. De son coté, le ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, Abdelaziz Ziari a indiqué à l’APS que les grévistes devraient abandonner leurs revendications «impossibles à satisfaire» et s’inscrire dans une logique de négociation et non de «fait accompli». Il a réitéré, une nouvelle fois, sa disposition au dialogue avec les syndicats agrées.