Radicalisation chez les résidents

DÉPÔT DE PLAINTES POUR «AGRESSION» ET RASSEMBLEMENT À ORAN

Radicalisation chez les résidents

Le Soir d’Algérie, 7 janvier 2018

Durement malmenés lors du rassemblement de mercredi dernier, les médecins résidents passent à l’offensive. Dépôt de plainte pour agression, rassemblement mardi prochain à Oran et boycott du DEMS. Les partis politiques et l’ensemble de la corporation médicale apportent leur soutien aux résidents.
Nawal Imès – Alger (Le Soir) – Le mouvement de protestation des médecins résidents ne s’essouffle pas. Le rassemblement de mercredi dernier semble être un tournant. Le bilan de l’intervention policière est assez lourd. Le Collectif autonome des médecins résidents (Camra) a recensé pas moins d’une quarantaine de blessés dont un dans un état jugé grave. Le médecin en question ayant reçu des coups sur la tête souffre d’un hématome extra-dural. Une vingtaine de médecins souffrent de fractures au niveau des bras. Le Camra compte déposer une plainte pour agression. Il ne s’agit pas de la seule décision prise à l’issue du rassemblement de mercredi. Les résidents vont récidiver en se rassemblant à Oran et comptent boycotter l’examen du DEMS. Il s’agit, selon les termes du communiqué du Camra, de «rendre justice aux blessés». En plus de la grève désormais illimitée, les médecins résidents sont appelés à boycotter tous les cours dans les facultés et les travaux pédagogiques dans les services. Depuis mercredi dernier, aucun contact avec les services du ministère de la Santé n’a été établi. Pire, explique le Dr Taïleb, les propos du ministre de la Santé ne plaident nullement pour l’apaisement. Ce dernier évoquait des «affrontements », un terme que le représentant du Camra rejette, expliquant qu’il ne peut y avoir d’affrontements entre deux forces inégales. Les résidents, dit-il, avaient les mains nues et manifestaient pacifiquement. Le Camra en appelle à la solidarité avec son mouvement. Un appel qui a trouvé un écho auprès des partis politiques et de la corporation médicale. Le Syndicat des enseignants chercheurs hospitalo-universitaires s’est dit «choqué» par «les brutalités policières dont ont été victimes les résidents, évoquant un grave dérapage». Le Front des forces socialistes a, pour sa part, réagi qualifiant le matraquage des résidents de «provocation de plus, une provocation de trop» et dénonçant «avec force le musellement des libertés de manifestation et d’expression, l’empêchement des marches pacifiques et la répression systématique des manifestants». Engagés dans un bras de fer avec leur tutelle autour d’une principale revendication, à savoir la révision du service civil, les médecins résidents ne comptent pas baisser les bras. Ils insistent sur l’abandon du caractère obligatoire du service civil. Depuis plusieurs années déjà, ils contestent le fait d’être les seuls à y être assujettis. Le Camra appelle à l’ouverture de dialogue sur les modalités de mise en place de ce dispositif. Il propose de remplacer le caractère contraignant par des mesures incitatives jumelées à une amélioration des conditions d’exercice dans les régions du Sud et des Hauts- Plateaux. Leurs propositions font face à un niet opposé par le département de la santé. Les ministres qui se sont succédé à sa tête n’ont pas pu trouver de solutions. L’actuel ministre pense que la solution viendra avec l’adoption de la loi sur la santé qui, assure-t-il, apportera des modifications dans les dispositions régissant le service civil. Les résidents ne l’entendent pas de cette oreille et réclament des mesures concrètes qui, pour le moment, ne sont pas proposées. Cela ne plaide nullement pour l’apaisement.
N. I.