Bras de fer résidents-tutelle

BRAS DE FER RÉSIDENTS-TUTELLE

Pas de solution à l’horizon

Publié par Nawal Imès, Le Soir d’Algérie, 4 mars 2018

Des tentatives de médiations avortées, un dialogue en dents de scie et des résidents plus que jamais déterminés. Trois mois après le début de leur mouvement de contestation, aucun signe de sortie de crise. La tutelle semble en panne de solutions. Les «bonnes volontés» qui ont contribué à désamorcer le bras de fer dans l’éducation semblent moins pressées de jouer à nouveau aux médiateurs pour mettre un terme à un conflit qui s’enlise.
Nawal Imès – Alger (Le Soir) – Après un peu plus de trois mois de débrayage, le bilan dans le secteur de la santé est lourd : les structures de santé sont quasi paralysées et le spectre de l’année blanche menace sérieusement des milliers de médecins résidents.
Le constat est inquiétant. Pourtant, c’est le statu quo qui prédomine. Dans le bras de fer entre ministère de la Santé et résidents, les deux parties continuent de s’observer en chiens de faïence sans qu’aucune intervenant «neutre» arrive à faire une intervention significative. Depuis le début du conflit, quelques initiatives ont été tentées.
Des parlementaires ont tenté une médiation, le président du Parlement s’y est essayé avant de se rétracter, l’Ordre des médecins propose une médiation. Pour quel résultat ? Pourtant, en matière de règlement de conflits sociaux, l’opinion publique a assisté à l’intervention des «plus hautes institutions» pour désamorcer le conflit qui secouait le secteur de l’éducation. Pourquoi ne pas rééditer ce scénario ? Pour l’heure, toutes les médiations tentées ont été conditionnées par l’arrêt préalable de la grève.
«Inconcevable» pour le Dr Taïleb, un des porte-parole du Comité autonome des médecins résidents. Il estime que la tutelle ne peut affirmer publiquement que les portes du dialogue demeuraient ouvertes alors que dans les faits, elle s’illustre par «une fuite en avant». Dr Taïleb soupçonne la tutelle de vouloir «gagner du temps» en attendant l’adoption par le Parlement de la loi sanitaire. Pour ce faire, le ministère, dit-il, fait des propositions rejetées par les résidents, à l’instar de la modulation du service civil et la suppression de certaines spécialités. «Il s’agit là d’une mesure qui arrange le ministère. Elle n’est ni en faveur du résident ni du citoyen. On supprime des spécialités pour absence de plateau technique tout simplement au lieu de régler le problème de fond.»
Dans ce contexte, aucune rencontre n’est planifiée depuis celle de mardi dernier et de laquelle les résidents sont ressortis déçus en l’absence d’évolution dans les positions du ministère de la Santé. Pire encore, la confiance semble rompue.
Le Dr Taïleb explique, en effet, que la tutelle fait état de son intention d’organiser au cours du mois d’autres examens de DEMS. Une «forme de pression», commente le Dr Taïleb qui estime que «d’habitude, ce sont les comités pédagogiques qui décident de l’organisation des examens, mais là, c’est aux doyens qu’a été dévolue cette mission. Le délai d’un mois requis entre deux examens n’est pas respecté. Ils veulent exercer une pression sur les premières années, pensant que c’est le maillon le plus faible». C’est compter sans la détermination des résidents. La tendance au boycott de l’examen est très forte. Même détermination chez le Camra de garder intacte la mobilisation de ses adhérents au moment où rien ne semble plaider en faveur d’un dénouement rapide du conflit.
Après avoir épuisé tous les recours, les résidents en appellent à l’intervention du premier magistrat du pays. Leur appel sera-t-il entendu ?
N. I.