Trois mois après le séisme: la réhabilitation traîne

Trois mois après le séisme

La réhabilitation traîne

El Watan, 27 août 2003

Je pense que les autorités ont choisi de nous classer en catégories : les sinistrés d’Alger et de Boumerdès sont supérieurs ; nous, habitants des Issers, entrons dans la deuxième catégorie, alors que ceux de Baghlia font partie de la classe.» Constat de Hammou Moussaoui, président de l’Association de la cité des 252 Logements aux Issers (wilaya de Boumerdès).

Manière à lui d’expliquer les lenteurs qu’ont connues les travaux de confortement et de réhabilitation des bâtiments touchés par le séisme du 21 mai dernier. Le président du comité de quartier explique que les travaux de réhabilitation des bâtiments classés vert, qui devaient être réalisés sous quinzaine, n’ont pas encore été réceptionnés. Ceux classés orange 3 et 4 n’ont pas encore été touchés. «Pourtant, cela fait un mois que l’étude technique a été faite. Elle a même été approuvée par le CTC.» On l’a transmise aux entrepreneurs qui, devant la difficulté de la tâche, n’ont pas pu entamer les travaux», remarque M. Mekdache du bureau d’études Ribatec, qui s’occupe de cette cité. L’entrepreneur lui-même confirme le manque de moyens de son entreprise et sa totale inexpérience. D’autres comme lui ont dû déserter les chantiers à cause de l’ampleur de la tâche. «C’est une utopie que de dire que nos logements seront prêts avant les délais impartis, c’est-à-dire le 30 septembre, comme l’ont annoncé les autorités. Ils viennent tout juste de commencer le déblaiement des bâtiments effondrés au niveau des coopératives immobilières, c’est dire à quel point nous sommes loin d’une sortie de crise», finit par lancer Hammou Moussaoui.

La réhabilitation aux portes d’Alger

Autre décor, une petite cité en banlieue d’Alger, Verte rive, à Bordj El Kiffan. Une cité qui aurait pu être coquette avec des bâtiments à toit en pente et des façades ornementées, si ce n’est la ruine après le 21 mai dernier. Deux immeubles d’angles s’étaient effondrés tuant sur le coup des dizaines de personnes, alors que l’ensemble des autres bâtiments connaissaient de gros dommages. Deux mois et demi plus tard, nous nous sommes rendus sur les lieux en compagnie du président du Collège national des experts architectes, M. Boudaoued. Les séquelles sont toujours là. Sauf que la cité connaît une grande ébullition. Une dizaine d’entreprises de construction s’affairent à consolider les bâtiments endommagés. On parle de rajout de voiles en béton armé et de chemisage des piliers soutenant les structures, opérations qui doivent, en principe, et selon l’avis des ingénieurs, donner plus de résistance à la construction. «On est en train de refaire les mêmes erreurs. A quoi bon renforcer des structures, déjà affaiblies avec une mise en œuvre douteuse ?», se demande M. Boudaoued. Pis, les maçons et les entreprises de construction ne sont pas formés aux métiers de réhabilitation. Leur travail est bâclé. Pour preuve, aucun maçon ne mouille les briques avant de les placer.Cela aura pour effet, selon lui, de rendre les murs moins résistants. Autre exemple cité par le président du CNEA : «On continue à construire des murs qui débordent des structures, alors que c’est formellement interdit par le règlement parasismique algérien. Ici, les entrepreneurs font mine de travailler, alors que les autorités font semblant de surveiller. Entre-temps, c’est la vie de personnes qui est mise en danger.» Mieux, pour lui, il est arrivé, et sur le chantier, que le même plan de génie civil soit utilisé pour plusieurs bâtiments, alors qu’en principe il ne sert qu’à la construction étudiée. Les entrepreneurs, de leur côté, se plaignent du fait de ne pas pouvoir fabriquer eux-mêmes leur béton et d’être tributaires de Cosider. «Il nous arrive d’accuser trois à quatre jours de retard à cause du manque de béton chez Cosider», affirme un chef de chantier, qui ajoute qu’«il est pourtant facile de contrôler la qualité du béton sur place et que jamais il n’a été prouvé que le béton fait dans une centrale à béton était de meilleure qualité que celui gâché sur place». Au vu de l’ampleur des travaux et du retard accusé à Verte Rive, il sera difficile d’achever les travaux dans les délais, estime M. Boudaoued qui impute la responsabilité aux autorités car elles sont coupables de permettre à des entreprises d’effectuer des travaux pour lesquels elles ne sont pas compétentes.

un métier à part entière

Pourtant, des solutions existent, les spécialistes aussi. Un bâtiment réhabilité en 48 heures, 500 logements consolidés en moins d’un mois, ce n’est pas une utopie. Ecero, une entreprise spécialisée dans la construction, l’entretien et la réhabilitation des ouvrages d’art, est en passe de réussir son pari d’achever le confortement de la cité des 1400 Logements à Réghaïa avant le 30 septembre prochain. Le propriétaire de cette société, qui existe depuis 1995, Ahmed Bensalma, explique que son entreprise utilise un procédé nouveau, qui est l’injection de résine à haute pression dans les fissures engendrées par le séisme. Pour lui, ce procédé transforme ce qui était un point faible de la structure en un élément résistant, et ce, en quelques minutes. «L’injection de résine a permis aux habitants de ne pas quitter leurs logements même pendant les travaux vu que l’opération prend à peine une ou deux heures par logement», dit-il. Mieux, pour Ahmed Bensalma, le site à traiter ne sera pas encombré de gravats et de matériaux de construction. Un fût de résine et un compresseur suffisent à effectuer l’opération, le tout pour un coût inférieur aux 70 millions de centimes alloués par l’Etat pour la reconstruction. «Même en choisissant un autre procédé que l’injection de résine, la réhabilitation demeure un métier sérieux pour lequel les entreprises de construction algériennes ne sont généralement pas formées. En un mot, la réhabilitation est un métier à part entière», finit-il par lancer.

Par A. K.