Le port d’Alger paralysé depuis 4 jours

Le port d’Alger paralysé depuis 4 jours

Les travailleurs durcissent le ton

El Watan, 19 mai 2011

Une rupture entre les dockers et leurs représentants de la section syndicale affiliée à l’UGTA se profile. Après 4 jours de grève qui a gelé l’activité du port d’Alger, les deux parties n’arrivent toujours pas à s’entendre sur les procédures à suivre.

La suspension de la grève est la condition préalable exigée par les représentants de l’UGTA pour entamer les négociations avec l’administration. Mais cette condition a été catégoriquement refusée par les grévistes. Hier encore, après une réunion de plus de deux heures avec l’administration, les syndicalistes sont sortis non pas avec des décisions convaincantes, mais avec l’idée de mettre fin à la grève qu’ils jugent illégale. Ils ont tenté durant l’après-midi de convaincre les grévistes de reprendre le travail puis entamer des négociations afin d’obtenir ce qu’ils réclament. «L’union locale affiliée à l’UGTA déclare la grève illégale, car il n’y a pas de préavis de grève», a déclaré Abdelaziz Lahlou, membre de la section syndicale du port d’Alger.

Concernant les journaliers, ce syndicaliste affirme que «l’UGTA a promis leur régularisation d’ici la fin de l’année». Cependant, les dockers refusent les promesses dont ils se disent victimes à chaque fois. «Les représentants de l’UGTA veulent nous convaincre de reprendre le travail. Mais jusque-là, ce syndicat ne nous a rien apporté», a dénoncé un travailleur journalier qui réitère qu’une note portant sur la régularisation de tous les journaliers a été communiquée en 2008. Mais jusque-là, 240 travailleurs demeurent journaliers.
Les grévistes sont prêts pour une paralysie totale du port d’Alger. Les travailleurs de tous les services ont opté pour la grève illimitée jusqu’à la satisfaction de leur revendication.

Le représentant du syndicat, pour sa part, accuse certaines parties de manipuler ce mouvement de protestation. «Il y a certains parmi le personnel de la manutention qui manipulent les travailleurs. Il y a ceux qui sont contre la grève, mais ont peur de reprendre le travail.» Un petit groupe de travailleurs est-il en mesure de menacer 3000 employés pour observer la grève contre leur volonté ? Selon les dires du syndicaliste de l’UGTA, ceux qui sont pour la grève sont une minorité. Ils ont réussi à manipuler les autres, mettant l’action sur le fait que les membres de la section syndicale du port d’Alger s’en démarquent. Mais les témoignages recueillis hier sur le terrain révèlent d’autres réalités. Les grévistes demandent l’augmentation du salaire de base. Certains sont journaliers, d’autres contractuels ou permanents.

Mais leurs conditions socioprofessionnelles semblent les mêmes. Ils se plaignent tous de la politique salariale adoptée et de l’«injustice» dans l’attribution des primes qu’ils jugent «octroyées arbitrairement», notamment aux marins.
M. Lahlou estime que cette prime est concédée spécialement aux marins. Mais ce syndicaliste n’exclut pas l’ouverture du dossier portant sur la révision des primes, à condition que les travailleurs mettent fin à leur débrayage. Nous avons tenté d’avoir la position des responsables de l’entreprise portuaire d’Alger vis-à-vis de cette grève, en vain.
Djedjiga Rahmani