La famille Hachani horrifiée

La famille Hachani horrifiée
par la version «hasardeuse» du pouvoir

Libre Algérie, 3-16 janvier 2000

La version officielle de l’assassinat de Abdelkader Hachani est tellement hasardeuse que même les journaux anti-islamistes ne s’y sont pas étendus. Ce que raconte le présumé assassin Fouad Boulemia, par la bouche du procureur, suscite en effet l’incrédulité générale. Voilà un membre du GIA que la presse a présenté comme un professionnel envoyé par Zouabri pour relancer le terrorisme qui se retrouve devant une succession de hasards qui laissent pantoise la famille de la victime. Fouad Boulemia, l’arme au corps, se rend à l’hôpital Maillot pour soigner une rage de dents. Il se fait éconduire et il sort dans les ruelles de Bab El Oued. En marchant, il avise le cabinet d’une dentiste, précisément celui où Abdelkader Hachani se fait soigner. Il y entre, reconnaît le leader du FIS et se souvient de l’existence d’une fetwa du GIA contre les membres de la djaz’ara. Son sang de salafiste se met à bouillir, il en arrive à oublier sa rage de dents, exécute Abdelakder Hachani et s’en va. Pendant de très longs jours, alors qu’officiellement la traque générale est lancée, ce professionnel du GIA garde sur lui la carte d’identité de Abdelkader Hachani et l’arme du crime. Pour la justice, l’affaire est donc close. Il n’y a plus d’affaire Hachani. Il y a une victime, un assassin, des preuves matérielles. Cette version parfaite horrifie la famille de Abdelkader Hachani qui a réagi en dénonçant une «mascarade» et un «scénario mensonger» et en posant une série de questions. «Si l’objectif est de tuer un symbole d’une opposition authentique, quel intérêt y avait-il de prendre sa carte d’identité. (…) Où se trouvaient les services de sécurité qui le surveillaient nuit et jour avec une moyenne de trois à cinq voitures. (…) Les menaces qu’il a reçues au commissariat central où on l’a informé, les derniers jours, qu’il s’agissait d’un simple avertissement oral et qu’à l’avenir, on aura recours à d’autres moyens s’il ne cessait pas de faire des déclarations. (…) Pourquoi est-il tué après la levée de la résidence surveillée et le rétablissement de certains de ses droits civiques.»

Le communiqué des frères de Abdelkader Hachani souligne que celui-ci n’avait fait l’objet d’aucune menace d’aucun groupe armé et demande la mise en place d’une commission d’enquête internationale dirigée par Amnesty International avec la participation de personnalités algériennes crédibles. Il demande enfin que l’on mette fin à la «mascarade du scénario du tueur imaginaire» et accuse du meurtre «un pouvoir de fait au sein du pouvoir, une aile éradicatrice qui ouvre contre la réconciliation nationale véritable, selon les propres dires du chahid. Signalons au passage que la veuve de Abdelakder Hachani a refusé de répondre à une convocation de la justice pour ne pas participer à la mascarade. Enfin, dans une phrase sibylline, le journal Le Matin affirme que les membres des services de sécurité chargés de la surveillance de Hachani sont en état d’arrestation.

 

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