Qu’il le veuille ou non, le président algérien se retrouve orphelin de Hachani

L assassinat, lundi, du numero 3 du Front islamique du salut contrecarre le plan de reconciliation nationale, synonyme de retour des islamistes dans le champ politique

Qu il le veuille ou non, le president algerien se retrouve
orphelin de Hachani

Antoine Menusier, Le Temps, 24 novembre 1999

Mort et enterre.
Abattu lundi matin chez son dentiste, le numero 3 du Front islamique du salut (FIS), Abdelkader Hachani, a ete inhume mardi apres-midi au cimetiere El-Kettar, a Alger, derriere le Ministere de la defense. Une foule de «plusieurs milliers de personnes» assistait a la ceremonie, affirme une source du FIS. Auparavant, le numero 1 du mouvement, Abassi Madani, en residence surveillee dans le quartier populaire de Belcourt, a Alger, s etait rendu sous escorte policiere au domicile du defunt, pres de Bab el-Oued, pour se recueillir sur sa depouille. Il n a pas ete autorise a assister aux obseques, officiellement pour ne pas mettre en peril sa securite. Il aura donc fallu l assassinat du numero 3 du FIS pour que reapparaisse, meme brievement, Abassi Madani, vieux, la barbe grise. Comme si, soudain prive de cet interlocuteur privilegie qu etait Abdelkader Hachani, le president de la Republique, Abdelaziz Bouteflika, en cherchait un autre au sein de la direction du FIS, parti dissous en 1992 mais necessaire au retablissement de la paix en Algerie. Detenu a la prison militaire de Blida, le numero 2 du FIS, Ali Benhadj, un dogmatique, reste indesirable. Qui a voulu priver le chef de l Etat d un interlocuteur «ideal» et, par la, fragiliser le processus de paix? Abdelkader Hachani cumulait deux avantages: celui d etre dur envers le chef de l Etat lui-meme, dont il recusait les moyens mis en ouvre, la loi sur la concorde civile, pour ramener la paix; celui, ensuite, de s opposer au terrorisme des Groupes islamiques armes et du Groupe salafiste pour la predication et le combat, auteurs, ces dernieres semaines, de massacres contre des dizaines de civils. Le numero 3 du FIS etait en mesure de reunir autour de son nom la majorite des Algeriens a la fois attaches au projet islamiste et rejetant la poursuite des combats contre les forces de securite.

Qui a voulu la mort de cet homme-la? Abdelaziz Bouteflika en personne? Dans un communique date du 22 novembre, le Conseil de coordination du FIS ecrit que le «martyr Hachani a ete convoque il y a trois semaines par les services secrets et a ete somme de la part d envoyes speciaux de Bouteflika de renoncer a sa critique de la loi dite de la concorde civile et a sa revendication d une solution politique globale a la tragedie algerienne.» Le fait est que la position critique d Abdelkader Hachani sur la concorde civile devait passablement handicaper la demarche du president algerien. Le premier souhaitait la reconciliation nationale par le pardon, le second pense la realiser au moyen d une loi penale d amnistie totale ou partielle. Mais, meme genant pour le chef de l Etat, le numero 3 du FIS l etait moins vivant que mort.

«A qui profite le crime?» se demandait mardi la presse algerienne. La presse francophone, peu amene a l egard des islamistes, semblait tenir sa reponse: ce sont les jusqu au-boutistes islamistes, hostiles a tout compromis avec les autorites. Chacun y va de son coupable: les groupes armes islamistes pour les uns, les militaires «qui tiennent le pouvoir reel», selon des membres du FIS residant hors d Algerie. «Les cartes sont brouillees», commente ce proche du FIS qui se refuse a designer le commanditaire de l assassinat. «Les partis politiques proches du pouvoir implosent, note-t-il. La pagaille est telle que tout peut arriver. Hachani a ete cible, mais a qui le message est-il adresse? A Bouteflika, au FIS, a d autres tendances? L avenir proche le dira.» On peut se demander aussi si l attentat contre Abdelkader Hachani n a pas ete commandite par ce qu on appelle communement en Algerie, sans jamais l identifier, la «mafia». Le numero 3 du FIS pronait la morale en politique et dans les affaires. Il n etait pas le seul. Le president de la Republique en a fait egalement l un de ses combats officiels. L un et l autre pouvaient agir ensemble contre la «mafia». En frappant l islamiste, celle-ci aurait cherche a atteindre le chef de l Etat.

L hypothese des militaires, maintenant, dont certains appartiendraient a des cercles mafieux, selon des observateurs de la politique algerienne. En abattant Abdelkader Hachani, ils auraient voulu prevenir la montee en puissance d un homme capable, a la tete d un nouveau parti, de gouverner un jour l Algerie.

Dans une lettre datee du 28 octobre, dont nous avons obtenu copie, Abdelkader ecrivait au ministre de l Interieur pour se plaindre de manouvres d intimidation contre lui et sa famille. Il croyait avoir identifie l un de leurs auteurs comme etant un membre de la securite.

Collaboration: Ghania Adamo

  

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