ALGERIE: Le numéro trois du FIS assassiné

ALGERIE. Le numéro trois du FIS assassiné.

A QUI PROFITE LE CRIME ?

Hassane Zerrouky, L’Humanite, 23 Novembre 1999

L’attentat commis contre Abdelkader Hachani est un coup dur pour le président Bouteflika. Ses efforts de rétablissement de la paix civile et d’ouverture politique risquent d’être réduit à néant. GIA ou clans du pouvoir opposés au président algérien ont intérêt à torpiller sa démarche.

Abdelkader Hachani, quarante-trois ans, sortait de chez le dentiste au centre de Bab-el-Oued, quand un homme a tiré plusieurs balles dans sa direction. Grièvement blessé – touché à la tête et à la poitrine – le numéro trois du FIS (Front islamique du salut) a été immédiatement conduit à l’hôpital Maillot, tout près du lieu de l’attentat. Hormis ses compagnons, Ali Djeddi, Abdelkader Boukhamkham, ainsi que d’autres dirigeants du FIS, les journalistes n’ont pu accéder à l’hôpital. Il a succombé à ses blessures.

Abdelkader Hachani n’était pas n’importe qui. C’est lui qui conduisit le parti islamiste à la victoire des législatives du 26 décembre 1991, élections qui furent annulées suite à la démission forcée du président algérien, Chadli Bendjedid, le 11 janvier 1992. Il manquait alors au FIS vingt-deux sièges pour obtenir la majorité absolue et instaurer, selon les termes d’Hachani lui-même :  » l’Etat du califat.  »

Qui avait intérêt à cet assassinat à deux mois de l’ultimatum fixé au 13 janvier 2000, lancé par Bouteflika aux islamistes pour déposer les armes ? Un acte de vengeance émanant d’un membre d’une famille victime du terrorisme islamiste paraît invraisemblable dans la conjoncture actuelle. Et ce, bien que le ministre de l’Intérieur algérien eût, quelques jours après l’adoption de la loi sur la concorde civile, mis en garde contre une vendetta à l’endroit des repentis islamistes. En 1998, le tribunal de Tizi-Ouzou avait condamné plusieurs  » gardes communaux  » (civils armés par l’Etat) à de lourdes peines de prison pour s’être fait justice eux-mêmes.

La deuxième piste pourrait être le fait du GIA d’Antar Zouabri et du GSPD (Groupe salafiste pour la prédication et le djihad), de Hassan Hattab, groupe dissident du GIA. Ces deux organisations ont dénoncé en juin dernier Madani Mezrag, le chef de l’AIS, qui avait annoncé dans une lettre adressée au chef de l’Etat algérien que l’AIS (Armée islamique du salut) abandonnait la lutte armée. Cette décision n’avait pas fait l’unanimité au sein de la direction du FIS. Si Abassi Madani, le président du parti islamiste, a appuyé l’AIS en lançant un appel aux autres factions armées pour la soutenir, ce ne fut pas le cas de Abdelakder Hachani, pour qui les positions du chef du FIS  » n’engageaient que lui « . En l’assassinant, les radicaux islamistes ont sans doute cherché à priver le président algérien d’un interlocuteur de poids pour négocier une paix civile. Et, partant, contraindre le président à négocier avec l’aile radicale islamiste, notamment Ali Benhadj, le numéro deux du FIS, afin d’arracher le maximum de concessions. Ce dernier est le seul qui ait encore autorité sur les groupes du GIA, et qui, jusqu’à présent, de l’aveu même du chef de l’Etat algérien a refusé de s’associer à la démarche de rétablissement de la paix civile.

Troisième piste que n’excluent pas des observateurs à Alger, l’assassinat pourrait être le fait de clans du pouvoir opposés à un compromis avec les islamistes ou à l’ouverture politique prônée par le chef de l’Etat. Certes, Abdelaziz Bouteflika a beau répéter que sa démarche de rétablissement de la paix civile a l’aval de tout le pouvoir, il n’en reste pas moins qu’il dérange les clans islamo-conservateurs du système. Invité du Club de la Presse d’Europe 1, le président algérien a admis qu’il ne pouvait  » pas faire de gouvernement avec la majorité  » qui l’a  » soutenu  » lors de l’élection présidentielle. Tout récemment, Abdelakder Hadjar, président de la commission des Affaires étrangères, membre de la direction du FLN, rendait publique une lettre adressée à Bouteflika, dans laquelle il lui reprochait l’usage du français, la main tendue à Ehud Barak et l’hommage aux juifs d’Algérie, et qui justifiait par la même occasion la lutte armée islamiste contre les tenants de la  » laïcité et de l’occidentalisation « . Tandis que dans les mosquées islamistes, on assistait à des prêches incendiaires contre le chef de l’Etat, accusé de collusion avec le  » sionisme « .

L’armée avait-elle intérêt à cet assassinat ? Sans exclure que des militaires soient opposés à un compromis avec le FIS, c’est l’état-major de l’armée, contre l’avis de l’ancien président Zeroual, qui a négocié en septembre 1997, la trêve avec l’AIS (Armée islamique du salut) à laquelle Bouteflika a donné (selon lui), une  » couverture juridique « . Des négociations en cours avec l’AIS doivent aboutir à une intégration de ses membres au sein d’unités militaires pour combattre le GIA. Seul cas qui posait problème, celui de Madani Mezrag, le chef de l’AIS, dont on dit, qu’il faisait l’objet de tractations avec des pays du Golfe afin qu’ils lui donnent asile.

Une chose est sûre, la mort de Hachani est un coup dur pour Abdelaziz Bouteflika qui doit présenter, le 13 janvier 2000, un bilan de l’application de la loi sur la Concorde civile. Cet assassinat risque de compromettre sa démarche d’ouverture et réduire à néant ses efforts de rétablissement de paix civile. Et l’Algérie de s’embraser à nouveau. Les massacres ont d’ailleurs repris depuis le 16 novembre dernier.

  

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