Reconnu coupable de l’assassinat de Hachani

Reconnu coupable de l’assassinat de Hachani

Boulemia condamné à mort

Voir dossier : Assassinat de Abdelkader Hachani

Le Jeune Independant, 14.4.01

Il était 17 heures quand la cour criminelle d’Alger s’est retirée pour délibérer. Fouad Boulemia a occupé le banc des accusés durant sept heures. Une heure à peine plus tard M. Abiza, le juge, prononce le verdict : la peine capitale pour avoir assassiné Abdelkader Hachani.

Par Idir Dahmani

«Je n’ai pas assassiné Hachani.» Cette phrase de Boulemia a ponctué l’interrogatoire effectué par le président de la cour, au début d’un procès qui a duré 7 heures. Aux questions de la cour, l’accusé dira : «Oui j’ai rejoin les groupes armés au début de 1995, suite à la disparition de deux de mes amis. J’activais dans la région du Centre. Ma spécialité au sein du groupe était l’information. J’ai abandonné le GIA avant l’assassinat de Hachani, une nouvelle que j’ai lue dans les journaux. Au moment du crime, j’étais à la mosqué de Mohammadia.» Toujours en face du juge, Boulemia change de ton et ajoute : «Cette affaire (l’assassinat) est un scénario préparé par les services. D’ailleurs je n’en doutais pas puisque j’avais des information». Par la suite, l’accusé a répété sa phrase : «Je n’ai pas tué Hachani.» Evoquant ses déclarations antérieures, il fait remarquer au juge : «Mes aveux m’ont été arrachés sous la torture. Je n’avais pas d’avocat. Les conditions de mon incarcération sont inhumaines. Le juge d’instruction était toujours absent.» Vingt minutes après le début de l’interrogatoire, Boulemia plonge la salle dans un étonnement indescriptible. Il s’adresse au juge en ces termes : «Le général Toufik est venu me voir plusieurs fois… Il me proposait un marché : reconnaître le crime contre un emprisonnement qui ne dépassera pas 14 à 15 ans.» «Sinon je te ferai cracher le lait que tu as tété», m’a-t-il lancé en me menaçant, martèle Boulemia. La phrase a plongé la salle dans un terrible silence.

Quelques secondes plus tard, une altercation a mis aux prises les avocats et la cour. L’avocat Khemissi demande à la cour d’en prendre acte. Me Khelili fait de même : «Le refus signifiera notre retrait de la séance, menacent les deux robes noires.» Alors, le président de la cour préfère délibérer. Il a fallu 20 minutes pour que le greffier soit instruit de prendre acte. La cour s’attaque ensuite à la 2e étape du procès : l’audition des témoins. Il y en avait 19. L’infirmière Lila B. déclare avoir vu Boulemia au cabinet dentaire : «Je m’apprêtais à ouvrir la porte à Hachani quand j’ai entendu le coup de feu. A cause de la peur, je n’ai vu ni l’arme ni les habits que portait Boulemia.» A ce moment-là l’accusé intervient pour dire : «Durant la confrontation tu tremblais et on t’a menacé. Ne fais pas de faux témoignage.» Rappelé à l’ordre, il se tait. Deux autres témoins reconnaissent avoir vu Boulemia : Abdallah K., un patient, et Sadek H., un habitant de l’immeuble.

En revanche, le médecin B. Soraïa affirme n’avoir pas vu Boulemia : «Mais quand j’ai vu Hachani baignant dans son sang, j’ai demandé à un gardien d’alerter la police.» En effet, le gardien du parc Reda H. dira au juge : «J’ai alerté les services de sécurité de la DGSN à la demande du dentiste. Auparavant, j’avais vu une Super 5 stationnée… Je me suis approché pour demander le prix du ticket… Un des civils en talkie-walkie me dira : «Nous sommes en mission.» De son côté, Younès H. dira : «J’ai vu la Super 5 et à son bord des civils portant un talkie-walkie. Ils sont entrés dans l’immeuble. Quelques instants plus tard, ils en sont ressortis pour prendre position en face. Nacer A. déclare à la cour avoir vu le véhicule mais pas Boulemia.

Le procès a connu sa troisième étape avec la plaidoirie de l’avocat de la partie civile. Me Khelili fait observer que la victime ne veut que la vérité. Il relèvera ensuite les contradictions du procès, de l’instruction, du dossier… Me Khelili est allé même jusqu’à demander la présence du général cité par l’accusé. Il tranche enfin en affirmant : «Ce n’est pas Boulemia qui a tué Hachani, mais ce sont bel et bien les services.» Dans son réquisitoire, le procureur général est revenu longuement sur les faits et requiert la peine capitale. Me Khemissi a plaidé l’innocence de son client. Pour lui, il est insensé de parler de simple coïncidence dans l’assassinat de Hachani. Il demandera à la cour d’élucider l’énigme de la Super 5 car «soit ce sont eux qui ont tué Hachani sinon ils connaissent l’assassin».

Me Khemissi a, en outre, évoqué l’instruction bâclée, les conditions d’incarcération de Boulemia, la torture qu’il a subie, des aveux qui lui ont été arrachés et, surtout, qu’«il a nié catégoriquement avoir été l’auteur du crime». La plaidoirie achevée, la cour s’est retirée pour des délibérations qui ont duré une heure. Lorsque le juge Abiza a fait la lecture du verdict, Fouad Boulemia s’est contenté de balayer la salle d’un regard vide. Il a bien entendu «peine capitale». I. D.

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Le Matin, 14.4.01

Assassinat de Abdelkader Hachani
L’accusé condamné à mort

Fouad Boulemia a été reconnu coupable de l’assassinat de Abdelkader Hachani,
le numéro trois du FIS dissous, au terme du procès qui s’est tenu jeudi dernier
au tribunal d’Alger. Il a été condamné à mort.

Le procès de Fouad Boulemia, accusé de l’assassinat de Abdelkader Hachani, ouvert jeudi vers 9 h 30, a débuté par l’interrogatoire de l’accusé. Dans l’arrêt de renvoi, il est mentionné que « l’accusé Fouad Boulemia a reconnu lors du premier interrogatoire du 22 décembre 1999 les chefs d’accusation retenus contre lui. Il a avoué son adhésion à un groupe terroriste depuis 1994. Durant le printemps 1995 il a pris la décision de participer de manière directe au sein de cette organisation en intégrant une phalange qui activait dans la région de Boufarik sous la bannière des GIA ». Si Fouad Boulemia a reconnu avoir intégré les GIA début 1995, il a en revanche nié son implication dans l’assassinat de Abdelkader Hachani, une information qu’il dit avoir apprise par le biais de « la presse ». « Je n’ai pas tué Abdelkader Hachani. J’ai activé depuis 1995 au sein des GIA dans la région Centre. J’étais chargé de l’information, une mission que j’ai abandonnée bien avant l’assassinat de Hachani. Au moment de mon arrestation, à la place du 1er Mai, je ne portais aucune arme sur moi. C’est un scénario monté de toutes pièces par les services de sécurité », a déclaré Fouad Boulemia. Il a également affirmé que ses aveux ont été obtenus « sous la torture, et en présence de hauts responsables de l’armée ». « Le général Tewfik, a-t-il poursuivi, est venu plusieurs fois pour me proposer un marché : reconnaître le crime contre un emprisonnement de quatorze à quinze ans. » L’avocat de Boulemia ainsi que celui de la partie civile ont demandé au juge de prendre en compte les déclarations de l’accusé, puis menacé de se retirer. L’avocat de la partie civile ira plus loin en demandant « la comparution du général Tewfik ». « Ce sont les services de sécurité qui ont tué Hachani », a-t-il conclu.
Abdelkader Hachani a été assassiné le 22 novembre 1999 dans la salle d’attente de son dentiste, à Bab El Oued, de deux balles dans la tête. L’accusé a, quant à lui, été arrêté le 12 décembre 1999 à la place du 1er Mai. Lors du procès, dix-neuf témoins passeront à la barre, parmi eux Belkheir Lila, l’infirmière de service le jour de l’assassinat. Des témoignages accablants pour Boulemia. L’infirmière a affirmé : « J’allais ouvrir la porte de sortie du cabinet à Abdelkader Hachani lorsque j’ai aperçu derrière lui Boulemia. Puis, j’ai entendu les coups de feu. » Mais elle affirme n’avoir vu ni l’arme ni les habits de l’accusé. A ces déclarations, Boulemia réagit en affirmant que l’infirmière « ne dit pas la vérité ». « On lui a dicté ses déclarations », dit-il à l’adresse de la cour. Un autre témoin, présent dans le cabinet du dentiste au moment de l’attentat, Abdellah Kerkache en l’occurrence, dira avoir « vu Boulemia tirer sur Hachani ». Abondant dans le même sens, un troisième témoin habitant le rez-de-chaussée de l’immeuble, un certain Hafiane Sadek, a déclaré avoir « vu Boulemia dissimuler une arme en descendant les escaliers ». Dans son réquisitoire le procureur général a évoqué une lettre que « Boulemia a envoyée aux journaux El Watan et El Khabar où il revendique l’attentat ». Quant à la défense, elle évoquera le fait que la partie civile n’a pas accusé Boulemia, tout en mettant l’accent sur les conditions de déroulement de l’instruction, selon elle « bâclée », car ayant eu lieu « sans la présence de l’avocat ». Après une heure de délibération, le verdict tombe vers 17 h : Boulemia est reconnu coupable de l’assassinat de Hachani. Il est condamné à mort.
Amar H.

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La Tribune 14.4.01

Condamnation à mort de l’assassin présumé de Abdelkader Hachani

Fouad Boulemia, qui a huit jours devant lui pour faire appel, accuse les services de sécurité d’avoir monté un scénario de toutes pièces contre lui

Par Maamar Brahim

Fouad Boulemia, l’assassin du numéro trois du Front islamique du salut (FIS dissous) Abdelkader Hachani, a été condamné à mort jeudi dernier par le tribunal d’Alger. Boulemia, qui a comparu «pour appartenance à un groupe terroriste armé et homicide volontaire avec préméditation», a été reconnu coupable d’avoir attenté à la vie d’Abdelkader Hachani. Le procès, typique des grands procès politico-sécuritaires de ces dix dernières années, s’est joué en quatre tableaux. Le premier a commencé aux environs de 9h30 par l’interrogatoire de Fouad Boulemia. D’emblée, ce dernier rejette toute implication dans le crime : «Je n’ai pas tué Hachani, déclare-t-il à l’auditoire. J’ai rejoint le GIA début 1995, suite à l’enlèvement par les services de sécurité de deux de mes amis, disparus jusqu’à ce jour. J’activais dans la région du centre. Ma tâche : information et communication. J’ai abandonné mon activité avant l’assassinat de Hachani, une nouvelle que j’ai eue par le biais des journaux. J’ai été à la mosquée de Mohammadia où il habitait. Au moment de mon arrestation, place du 1er Mai, je n’avais pas d’arme. Je n’ai pas tué Hachani. C’est un scénario préparé par les services de sécurité. D’ailleurs, je m’en doutais un peu. Durant l’instruction, j’ai été torturé. Ils m’ont arraché des aveux sous la torture, en présence de hauts responsables de l’armée, le général Toufik venait me voir plusieurs fois et m’a proposé un marché : reconnaître le crime contre un emprisonnement de quatorze à quinze ans, sinon je t’enlèverai le lait de ta mère. Je suis dieu dans ce pays.»Parlant de l’arrêt de renvoi, une pièce à laquelle le juge Abiza fera allusion plusieurs fois, il dira : «Je n’ai rien déclaré et ce ne sont pas mes propos : le général Toufik venait me voir sans la présence de mon avocat ni même celle du juge d’instruction.» Durant cet interrogatoire, une échauffourée éclate entre l’avocat de Boulemia et le juge : «Je demande à la Cour de prendre acte des propos de mon client», dira Maître Khemissa. Ce dernier ainsi que l’avocat de la partie civile, Maître Mahmoud Khellili, menaceront de se retirer. Après une délibération de 20 minutes, le juge prendra acte. Le second tableau commence en milieu de journée : 19 témoins passent à la barre et donneront chacun sa version. Les plus importantes ont été celles données par Mlle Belkhir Lila, l’infirmière de service le jour de l’assassinat : «J’allais ouvrir la porte de sortie pour Hachani qui s’apprêtait à sortir du cabinet lorsque j’ai vu, derrière lui, Fouad Boulemia. J’ai entendu une voix : Hachani ! Puis un coup de feu. Je n’ai pas pu voir l’arme ni les habits de Boulemia», ajoutera-t-elle. A ce moment-là, Boulemia intervient : il lui rappelle que lors de la confrontation, elle tremblait de peur. «On lui a dicté la déclaration, dit-il à la Cour, elle fait dans le faux.» Abdellah Kerkache, qui était lui aussi présent dans la salle d’attente peu avant l’assassinat de Hachani, déclare avoir vu Boulemia tirer sur la victime. «J’ai vu l’arme», déclare-t-il… Kerchache est cependant incapable de décrire les habits de l’infirmière. Hafiane Sadek, lui, habite au rez-de-chaussée : «J’ai vu Boulemia descendre l’escalier avec un classeur bleu en train de dissimuler une arme.» Bedjah Soraya, la dentiste : «J’ai soigné Hachani mais je n’ai pas vu Boulemia.» Elle a entendu le coup de feu et elle a vu Hachani mort, elle a demandé du secours à un gardien du parc. Hafiane Younes, le gardien du parc avoisinant, dit ne pas avoir vu Boulemia. «Vers 10h00, une Super 5 s’est garée à côté. J’ai entendu le grésillement d’un talkie-walkie, des civils monter au cabinet, descendre et prendre position en face.» Arab Nacer : «J’ai vu une Super 5, des civils avec des talkies-walkies mais je n’ai pas vu Boulemia.» Hafiane Reda : «J’ai vu la Super 5 stationnée. Je voulais demander à l’agent, mais un civil m’a répondu : «Nous sommes en mission.» Je n’ai pas vu Boulemia. J’ai alerté la police à la demande du médecin. « Pourquoi ne vous êtes-vous pas adressé aux policiers de la Super 5 ? » questionnera Maître Khellili. « Je ne les connais pas et j’ai préféré m’adresser directement à la DGSN », répond le témoin.Troisième tableau, la partie civile prend la parole : «Notre finalité ce n’est pas le dédommagement, mais uniquement la vérité», déclare Maître Mahmoud Kellili. La suite, ce sera une série d’interrogations sur les anomalies qui ont jalonné l’instruction : «Pourquoi n’a-t-on fait aucune expertise médicale à propos de la rage de dent invoquée par Boulemia ? «Que cela soit par le GIA ou par un autre, le meurtre par coincidence est insensé», ajoutera-t-il avant de trancher : «Ce n’est pas Boulemia, ce sont les services qui ont tué Hachani». Il demande Toufik à la barre.Quatrième tableau : le réquisitoire de l’avocat général. Ce dernier se base aussitôt sur une lettre que Boulemia aurait envoyée aux journaux El Khabar et El Watan (rire de Boulemia) et dans laquelle il revendique le meurtre de Hachani au nom d’un groupe armé appelé phalange Chouhada. Le reste, pour lui, n’est que détails qui le confortent dans sa sentence : la peine capitale. La défense, dans sa plaidoirie, n’a plus qu’à s’étonner : «Comment peut-on requérir une peine aussi lourde contre mon client alors que la partie civile ne l’accuse pas», s’interrogera Maître Kemissi. Il revient sur les contradictions du témoignage de l’infirmière Mlle Belkhir et dénonce «une instruction bâclée». «Mon client a été torturé. On a fait l’impasse sur des points clés de l’instruction : où sont passés les policiers de la mystérieuse Renault Super 5 ?» Leur témoignage, conclut-il, aurait été capital : ils ont tué ou ils ont vu celui qui a tué.Le jury, qui devait répondre à 45 questions, délibère après moins d’une heure. Vers cinq heures, le juge rend le verdict : la peine capitale. Fouad Boulemia a 8 jours devant lui pour faire appel.

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Liberté, 14.4.01

Accusé d’avoir assassiné Abdelkader Hachani

Fouad Boulemia condamné à mort

Chefs d’inculpation : homicide volontaire, adhésion à un groupe terroriste armé et détention d’une arme à feu sans autorisation.

Reporté à deux reprises, le procès de l’assassin de Abdelkader Hachani a finalement eu lieu ce jeudi. Le tribunal criminel d’Alger, qui a jugé le nommé Fouad Boulemia, âgé de 28 ans, coupable du meurtre de l’ex-n°3 du FIS dissous, a prononcé une condamnation à mort de l’accusé, dans un procès qui n’aura pas drainé grande foule. Voici, par ailleurs, quelques morceaux choisis de l’audience. Après la lecture par le greffier de l’arrêt de renvoi où il a expliqué l’affaire dans le menu détail, le président de la cour demande à l’accusé de confirmer la version des faits telle que consignée dans un procès-verbal établi par le juge d’instruction, et où Boulemia avoue clairement son crime dans un cabinet dentaire à Bab El- Oued, le 22 novembre 1999. Mais coup de théâtre : l’accusé nie tout ce qu’il avait soutenu auparavant. « C’était un scénario, c’est le général Toufik qui m’a sommé de faire cet aveu en me promettant que j’allais m’en sortir au maximum avec 15 ans de prison. » Il affirme que cette affaire n’est qu’un « scénario monté au commissariat central » et qu’il n’a pas été interrogé. Cette « sortie » de Boulemia plonge la salle n°3 du tribunal d’Alger dans une ambiance de bruit et de chuchotements. Mais le jeune avocat de la défense trouve là une aubaine pour donner une autre tournure au procès. Me Khemis exige, en effet, la présence du général dont le témoignage est à ses yeux très « important », faute de quoi il se retirerait de la défense. Me Khelil, avocat de la partie civile, appuie la demande de son collègue et menace, lui aussi, de se retirer si le général cité n’est pas convoqué. Le procès est à présent bloqué. Devant l’insistance des deux avocats, le président de la cour suspend momentanément l’audience et invite ces interlocuteurs à un « conclave » pour tirer l’affaire au clair. Et au moment où tout le monde attend le report du procès, le juge et ses « invités » reviennent dans la salle et l’audience reprend normalement. Ce seront près d’une quinzaine de personnes qui défileront devant le juge et les avocats pour donner leurs versions des faits. Première à passer à la barre, Belkhir Lila, 28 ans, infirmière au cabinet dentaire où feu Abdelkader Hachani avait été assassiné, dévisage durant quelques secondes l’accusé et le reconnaît comme étant celui qui avait tiré sur ce dernier. Un témoignage qui fera réagir Fouad Boulemia : « Je ne l’ai pas tué et je ne veux pas avoir le sang de Hachani sur la conscience. » « Quand ils t’ont ramené devant une quinzaine de policiers au commissariat, ils t’ont dit « dis que c’est lui (Boulemia, NDLR) l’assassin ». N’aie pas peur, il est chez nous, il ne te fera rien ! dis la vérité et ne fait pas de « chahadate azour » (parjure, NDLR) », lance l’accusé, visiblement décontenancé par le témoignage de l’infirmière. Le deuxième témoin, qui était également un patient le jour du meurtre, reconnaît lui aussi Boulemia. Au président de la cour qui lui demande s’il a vu Boulemia tirer, le témoin affirme : « j’ai aperçu le pistolet dans la main de l’accusé et vu M. Hachani s’affaler. » L’autre témoin, un habitant du même immeuble, le théâtre du crime, Mustapha, âgé de 29 ans, qui reconnut lui aussi l’accusé, affirme qu’il avait accouru aussitôt qu’il avait entendu la détonation.

« Boulemia descendait les escaliers, un classeur à la main et faisait un geste pour probablement cacher son pistolet. Puis, j’ai couru jusqu’au marché, mais je n’ai rien vu. » Me Khelil lui demande pourquoi il n’a pas appelé sur le champ « au secours » ou crié « arrêtez-le ! » ? Le témoin ne répond pas. Il affirme néanmoins reconnaître Boulemia dans les photos que lui a montré la police. Appelée à la barre, la dentiste avoue qu’elle n’a rien vu étant dans son bureau, mais qu’elle avait effectivement donné un rendez-vous à Boulemia. Elle se souvient également avoir vu Hachani , « encore vivant ». « Je suis sortie immédiatement, et j’ai essayé d’appeler la DGSN mais ça sonnait occupé. J’ai alors demandé à un jeune d’alerter la police. » Une bonne dizaine de « témoins » se succèdent à la barre sans apporter un quelconque élément nouveau à la version des faits. Une exception, cependant. Le jeune gardien du parking faisant face à l’immeuble, lieu du crime, âgé de 32 ans, révèle qu’une voiture de type Super 5 avec deux personnes à son bord s’est garée dans le parking avant que le crime ne soit commis. Il précise que les occupants avaient de grands talkies-walkies, mais n’a pu apercevoir leur visage, puisque « la vitre était ouverte à demi ». « Ils m’ont fait peur et m’ont dit qu’ils étaient « fi mouhima » (en mission) et ils étaient restés à leurs places. » Sur ce dernier témoignage, le président de la cour suspend l’audience et donne rendez-vous à l’assistance à 14h30. Reprise donc de l’audience avec la plaidoirie de l’avocat de la partie civile. Me Khelili fait d’abord une remarque de forme, en se demandant pourquoi on a prévu cet « important procès » un jeudi, en s’écriant « où est le public, c’est un procès politique, (…) des personnes veulent liquider cette affaire en ne convoquant que les personnes qui sont juridiquement concernées ». Il proteste aussi sur le fait qu’il soit convoqué trois jours seulement avant le procès. Ne se faisant visiblement pas d’illusions quant à l’issue de cette affaire, Me Khelili lance : « Je défends les droits de la veuve de cette grande personnalité et je veux que les enfants de Hachani connaissent la vérité sur l’assassinat de leur père, pour que cela soit inscrit dans l’histoire ». Tout en déclarant : « nous ne demandons pas une réparation », il soutient que « le témoignage du général Toufik est important pour faire la lumière sur ce crime ». Lui succédant, le procureur général précise que l’accusé a bénéficié de tous ses droits que lui accorde la loi, en termes de couverture juridique, et que « son aveu du crime devant le juge d’instruction prouve imparablement qu’il est coupable ». « Je comprends qu’il nie ici son crime ayant peur de confronter l’opinion, et c’est également de son droit d’user de tous les moyens pour clamer son innocence. Je suis cependant convaincu qu’il est coupable du meurtre », conclut le ministère public brandissant un P-V de quatre pages où, d’après lui, sont consignés les aveux de Boulemia. Le procureur général, comme pour enfoncer davantage l’accusé, lit quelques extraits du fameux

P-V et la lettre du GIA où il se félicite de l’assassinat de Hachani. Après quoi, le ministère public se référant à l’article 262 du code pénal, requiert la condamnation à mort de Fouad Boulemia.

L’avocat de la défense lancera d’emblée que le parquet « ne nous a pas fait de cadeau » en faisant remarquer qu’il a (le parquet) fondé son réquisitoire uniquement sur le fameux P-V du juge d’instruction. Il soutient qu’il doit être tenu de « ce qui a été dit dans la salle pour fonder un jugement ». « Si la partie civile ne reconnaît pas l’inculpation de l’accusé après les révélations qu’il vient de faire, comment la cour pourrait soutenir le contraire ? », s’interroge Me Khemis, qui revient à la charge pour demander la présence du général Toufik « qui n’est pas au-dessus de la loi , tout comme Bouteflika lui-même ». Il demande, séance tenante, à la cour de « protéger les droits de l’accusé » dans la mesure où, d’après lui, les aveux de Boulemia lui avaient été « extorqués ». « C’est normal qu’il va dire tout ça devant des policiers et des officiers supérieurs, et en l’absence de son avocat », s’étonne Me Khemis, qui invite les journalistes a rapporter fidèlement le compte-rendu de l’audience. Il brandit, ce faisant, le portrait robot du tueur dressé par la police, défie l’assistance de confirmer sa ressemblance avec Boulemia, auquel cas il accepterait la condamnation à mort de son client. L’avocat se demande aussi pourquoi « l’accusé (si ça avait été lui le tueur) n’avait pas pris avec lui la carte d’identité de Hachani et son classeur ». « Était-il à ce point fou pour se signaler à la police, alors qu’il souffrait en plus d’une rage de dents ? », s’interroge bruyamment l’avocat. Il sollicite ce faisant, le parquet à « prendre en considération » la manière avec laquelle son client avait été interrogé, s’agissant du chef d’inculpation d’ »homicide volontaire avec préméditation et guet-apens » et un bénéfice des dépositions de la loi sur la concorde civile pour celui d’ »adhésion à un groupe terroriste armé ».

Le président de la cour demande à Boulemia s’il a un commentaire à faire. Et ce dernier, imperturbable, mais un peu tendu, réplique que « ce P-V est un scénario ». Après 30 minutes de délibérations, le juge prononce, sentencieux, le verdict condamnant l’accusé Fouad Boulemia à mort. Ce dernier, visiblement non surpris, se lève machinalement, salue de la main son cousin dans la salle et disparaît précipitamment flanqué de deux policiers.

Hassan Moali

 

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