Procès Séisme de Boumerdes: Les ministères du Commerce et de l’Habitat et le fer irradié

Procès du séisme de Boumerdès

Les ministères du Commerce et de l’Habitat et le fer irradié

par O. M. Et K. R., Le Quotidien d’Oran, 25 juillet 2007

Pour ce 13e jour du procès, Maître Sahraoui avocat de trois accusés à savoir, Nechat Mohamed (80 logements Zemmouri), Boussalah Rebah (10 logements EPLF-Sidi Daoud) et Derriche Hacène (Coopérative 32 logements Boumerdès), à l’encontre desquels le procureur général a requis la peine maximale de 3 ans de prison ferme, assortie d’une amende de 100 000 DA, a axé sa plaidoirie sur l’intensité du séisme, tout en pointant du doigt une commission ministérielle. Me Sahraoui souligne qu’»en 95 le séisme de Aïn El Benian (Alger) de 5,8 degrés n’a pas eu d’effet sur les bâtisses. Pourquoi?» Et il répond: «car la zone d’Alger est classée Zone II et les études ont été établies sur la base du RPA 88″.

Quant aux responsabilités, Maître Sahraoui affirmera que «tous les programmes avaient une connotation politique reléguant au second plan les données techniques». Pour l’avocat des trois accusés, «le laboratoire national de l’habitat était seul habilité à procéder aux études géotechniques, alors il est le seul responsable». Et de s’interroger sur l’absence de ses représentants au procès, même en tant que témoins.

Maître Sahraoui avance: «Au lieu d’accuser mes clients de fraude sur les matériaux, il serait plus juste de regarder du côté de ceux qui contrôlent la qualité de ces matériaux destinés à la construction, à Boumerdès ou ailleurs». Et d’ajouter: «l’organisme chargé de contrôler la qualité des matériaux importés, est bel et bien le ministère du Commerce. Le fer utilisé dans la construction provenait de l’Europe de l’Est, exactement d’Ukraine. L’avocat de la défense relèvera que le fer importé était fortement imprégné de carbone et irradié. «La responsabilité est partagée entre les ministères du Commerce et ceux de l’Habitat», dira Me Sahraoui.

Pour l’avocat, le LNHC (Laboratoire national de l’habitat et de la construction), porte lui aussi une grande part de responsabilité dans la catastrophe qui a fait plus de 1300 morts. Il demande l’acquittement de ses trois clients, en se basant sur les conclusions d’un expert, qui, dira l’avocat, «en toute âme et conscience confirme que les logements de mes clients sont encore debout».

Et d’ajouter que «l’article 288 du code pénal parle d’homicide involontaire et blessures involontaires au moment où les projets de mes deux clients à savoir Nechat et Bousalah n’ont pas fait de victimes». Pour le cas Derriche «le dossier technique a été approuvé par les services de l’APC et la direction de l’urbanisme, alors où se situe la responsabilité de mon client?» .

Par la suite, ce fut au tour de maître Lenouar Fayçal assurant la défense des accusés, Smati Ahcène (chef de Service à l’OPGI chargé du suivi des projets), Laleg Abdenacer (technicien chargé du projet 50 logements au profit de l’OPGI) et Yesri Mehenni (60 logements SNTF-Corso) de prendre la parole. Abondant dans le même sens que Me Sahraoui, il dira: «Si on était dans un Etat de droit, le premier qui subira les plus fortes sanctions sera celui qui a avalisé le RPA 99». Et pour cause, ajoute-t-il, «le séisme du 21 mai est trop fort pour les prévisions établies dans le règlement parasismique de 1999». Rejetant la responsabilité de ses trois clients dans le choix du sol, la conception architecturale, qui ne relèvent pas de leurs prérogatives, Maître Lenouar demandera la relaxe pure et simple.

En fin d’après-midi ce fut au tour de maîtres Benberrah, Benbrahem, et Khider de prendre la parole pour défendre le PDG de l’EPLF M.Mohamed Selkim. Ils relèveront que leur client n’était pas en poste en 1991 au moment où furent lancés les projets de l’EPLF.