Séisme: Le ministère de l’Habitat dépose une plainte

SEISME DU 21 MAI DERNIER

Le ministère de l’Habitat dépose une plainte

Le Quotidien d’Oran, 3 août 2003

Le ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme a déposé, hier, une plainte auprès des cours d’Alger et de Boumerdès en vue de punir les responsables des pertes humaines et des dégâts matériels enregistrés lors du violent séisme du 21 mai dernier. C’est ce que rapporte un communiqué du ministère de Mohamed Nadir Hamimid adressé hier aux différentes rédactions nationales.

«Les anomalies graves relevées dans les conclusions du rapport ont amené le ministre de l’Habitat et de l’Urbanisme à déposer une plainte auprès des procureurs des cours d’Alger et de Boumerdès, ce jour le 02 août 2003», notent les rédacteurs du communiqué.

Le ministère demande conséquemment à cette plainte «aux chefs des deux parquets généraux de procéder à l’ouverture d’enquêtes judiciaires à même d’établir les responsabilités des intervenants dans l’acte de bâtir concernant les immeubles effondrés, ayant entraîné des pertes en vies humaines ou ayant engendré d’importants dégâts matériels». C’est après s’être imprégné du contenu du rapport de la commission d’enquête installée le 28 juin dernier que le ministère de l’Habitat et de l’Urbanisme a pris une telle décision.

Pour rappel et comme le souligne le communiqué, c’est sur directives du président de la République que le ministère a mis en place, en date du 26 mai dernier, une commission technique chargée de rechercher les causes des effondrements des immeubles et des édifices publics suite au séisme du 21 mai 2003. Deux jours plus tard – c’est-à-dire le 28 mai -, les membres de cette commission ont remis au ministre un rapport préliminaire qu’il a lui-même remis au président de la République. Celui-ci, et sur la base des conclusions contenues dans ce rapport en question, a exigé de Mohamed Nadir Hamimid l’institution d’une commission d’enquête dont les travaux ont été finalisés et viennent de lui être remis. Les investigations exigées par le chef de l’Etat et menées par la commission d’enquête ont ainsi permis d’éclairer davantage les pouvoirs publics sur les défaillances qui émaillent dangereusement les tissus urbanistiques.

La deuxième étape de ce travail donc est laissée aux soins de la justice dont la charge est d’enclencher des enquêtes pour situer les responsabilités de chaque intervenant. A bien lire le communiqué, le ministère de l’Habitat et de l’Urbanisme semble avoir identifié «l’acte» de chaque partie dans ces constructions de la mort. C’est probablement dans cette optique qu’il a choisi de parler «d’anomalies graves» qu’il a relevées dans les conclusions du rapport du groupe d’experts, membres de la commission d’enquête.

La justice est appelée ainsi à assurer un caractère de loi et d’exécution aux décisions qui doivent être prises à cet effet. Il faut dire que le président de la République avait promis aux populations de punir les responsables de ce macabre travail. Il s’était même appuyé sur les conseils d’experts évoluant à l’étranger, à l’exemple de ceux activant au centre de Strasbourg, pour faire la lumière sur une catastrophe qu’ailleurs on qualifie, sans hésiter, de naturelle. En Algérie, elle a causé la perte de plus de 2.000 morts, près de 2.000 blessés et environ 1.000 disparus. L’effondrement de bâtisses fraîchement construites a poussé les citoyens à crier «au crime» en pointant un doigt accusateur en direction de… l’Etat.

Ghania Oukazi