Bouteflika veut une loi pour l’amnistie

Bouteflika veut une loi pour l’amnistie

Le président algérien a reçu le «soutien» d’Abassi Madani, le leader du FIS.

José Garçon, Libération, 14 juin 1999

Le chef de l’Etat algérien, Abdelaziz Bouteflika, a levé samedi un coin du voile, non pas sur le contenu de l’accord passé avec l’AIS, le bras armé du FIS, mais sur la manière dont il entend promulguer l’amnistie qui en ferait partie. Il a indiqué qu’il présenterait un projet de loi au Parlement, puis, en cas de refus, qu’il pourrait recourir à un référendum. «Je soumettrai une loi au Parlement, si cette loi passe dans la bonne voie, soit la voie de la réconciliation nationale, j’appliquerai la loi, si cette loi ne passe pas, je m’en remettrai au peuple», a-t-il affirmé avant de menacer de démissionner si la réponse au référendum était négative. «Si le peuple veut autre chose, je vous annonce d’ores et déjà que je rentrerai chez moi», a-t-il déclaré moins de deux mois après avoir, une première fois le jour de son élection, menacé de «rentrer chez lui» et de «laisser les Algériens à leur médiocrité» s’ils ne lui donnaient pas «une majorité substantielle».

Le président algérien, qui n’a fixé aucune date pour soumettre ce projet aux députés, qui n’en ont toujours pas été saisis, a fait part de son intention après avoir reçu une lettre d’Abassi Madani. Le leader du FIS y soutient l’adieu aux armes fait par l’AIS la semaine dernière et appelle les autres groupes armés à «se rallier à la paix». Purgeant, chez lui en résidence surveillée, une peine de douze ans de prison pour «atteinte à la sécurité de l’Etat», Madani y «confirme [son] entière adhésion à la décision prise par Madani Mezrag (le chef de l’AIS, ndlr), visant à cesser le combat», et «demande à tous [ses] frères en armes, à quelque groupe ou brigade de lutte qu’ils appartiennent et où qu’ils se trouvent dans le pays ou à l’étranger, de rejoindre le camp de la paix, car cette démarche est conforme à la charia et au Coran». Au passage, le leader du FIS fait part «à Son Excellence, le président Bouteflika, de [sa] forte expression de soutien pour le grand intérêt dont [il a] fait preuve à l’égard de l’initiative prise par l’AIS».

Toute la question qui se pose aujourd’hui est en fait de savoir si ce qui apparaît essentiellement comme le «réchauffement» d’un processus lancé il y a deux ans, et qui ne comporte rien de fondamentalement nouveau de la part de l’AIS, est susceptible d’entraîner une réelle dynamique de règlement de la crise. C’est en octobre 1997 en effet que le bras armé du FIS avait annoncé qu’il déposait les armes, et Abassi Madani rappelle dans sa lettre à Bouteflika qu’il «avait soutenu la démarche de trêve décidée par l’AIS en 1997». Autre inconnue: le numéro 1 de l’ex-FIS conserve-t-il une influence sur la direction historique du mouvement, qui, dans le passé, était déjà intervenue pour l’empêcher de lancer, à sa seule initiative, un appel inconditionnel à la fin de la violence armée? Rien ne dit non plus qu’il puisse aujourd’hui influencer les autres groupes armés.

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