Qui indemnisera les sinistrés ?

Le séisme a causé des dégâts énormes

Qui indemnisera les sinistrés ?

Le Quotidien d’Oran, 28 mai 2003

Alors que la polémique continue sur la fragilité des constructions qui se sont effondrées dans les villes ravagées par le séisme de mercredi dernier, l’inquiétude s’installe sur les conséquences économiques de cette catastrophe naturelle.

Le séisme qui a causé, selon un bilan provisoire, 2.218 morts, 9.497 blessés et des milliers de disparus encore sous les décombres, a également provoqué l’effondrement d’une centaine de bâtiments de plusieurs étages, des villas de particuliers, des ponts, des hôpitaux, des salles de sports, endommagé les routes, les ports et aéroports…

Fissurés, des milliers d’immeubles de plusieurs étages ne sont plus habitables. Gravement touché, le secteur du bâtiment est sérieusement affecté par cette catastrophe qui aggrave la crise du logement dont le déficit touche le million d’unités. Le séisme de mercredi dernier, qui a ébranlé le sol de la capitale et de sa périphérie, pose un problème majeur aux autorités, celui des indemnisations et de la prise en charge du relogement des familles sinistrées. La plupart des logements et des maisons touchés par la catastrophe appartiennent à des particuliers qui, généralement, n’assurent pas leurs maisons. Qui va prendre en charge la reconstruction des logements détruits ? Les promoteurs immobiliers mis en cause, accusés d’avoir construit des maisons sans aucun respect des règles parasismiques, les autorités montrées du doigt parce que les contrôles techniques des constructions ne se font pas convenablement… L’Algérie dispose-t-elle d’un fonds pour la prise en charge des effets des catastrophes naturelles ? Autant d’interrogations qui vont surgir dans les prochains mois, une fois le deuil passé et les opérations de déblayage des décombres terminées.

«Le code des marchés publics prévoit deux réceptions des logements construits. L’une, provisoire, dure une année et une seconde définitive. Après, l’entrepreneur assure le logement construit contre les défauts de construction pour une période de dix ans. Mais contre les catastrophes naturelles qui sont des cas de force majeure, c’est l’Etat qui intervient pour indemniser les gens», souligne le président de la Confédération algérienne du patronat (CAP), Boualem M’rakech. Restent les résultats de l’enquête demandée par le président Bouteflika sur les raisons de l’effondrement des immeubles fragiles et la manière avec laquelle seront indemnisées les victimes du séisme. L’expertise des constructions effondrées ou fissurées déterminera les responsabilités et permettra d’indemniser les gens. Des promoteurs immobiliers «voyous», qui ont construit sans le respect des normes en vigueur, devront sans doute payer une partie des dégâts.

La tâche des autorités est extrêmement difficile. «La reconstruction des villes touchées par le séisme va prendre du temps. Il faudra trouver des sites capables d’accueillir les nouvelles villes. Pour cela, des études sur l’activité sismique sont nécessaires. Puis, il faudra trouver les fonds nécessaires pour financer la construction de cités entières», souligne un expert en bâtiment.

La région de Boumerdès, la plus touchée par la forte secousse tellurique dont l’épicentre est situé près de Thenia, abrite plusieurs zones industrielles où activent des centaines d’entreprises. Le séisme a détruit également de petites fabriques, souvent installées dans les maisons de particuliers. «Tout d’abord, la catastrophe est humaine. Les dégâts occasionnés par le séisme sont réparables, mais on ne peut pas faire revenir ceux qui sont morts ! Les conséquences économiques sont énormes. Nous avons entamé un travail de recensement des entreprises touchées dans le but de les aider. Il y a des milliers de travailleurs au chômage et l’activité économique va être affectée, ce qui compliquera davantage la situation des familles sinistrées», souligne le président d’une organisation patronale. L’Organisation des nations unies pour le développement industriel vient de se mettre d’accord avec la CAP pour recenser les PME touchées, indemniser les patrons et prendre en charge le manque de production engendré par l’arrêt de plusieurs unités industrielles. Au lendemain de la catastrophe, le chef du gouvernement avait promis la prise en charge des problèmes des sinistrés, le relogement des familles sans abri et une loi de finances complémentaire spécialement pour prendre en charge les effets dévastateurs du séisme du 21 mai dernier. Cette catastrophe intervient dans un contexte économique marqué par la détérioration de la situation sociale et l’amélioration des revenus pétroliers du pays. La reconstruction des régions sinistrées coûtera, sans doute, plusieurs milliards de dollars.

Hamid G.