La réponse de l’ANP

La réponse de l’ANP

Le Soir d’Algerie, 19 mai 2001

L’armée, par le biais du général Lamari, répond au FFS avec des mots simples mais terriblement justes par rapport à cette vieille revendication du parti de Hocine Aït-Ahmed exigeant le retour de l’ANP dans les casernes. L’institution militaire refuse d’être entraînée dans des considérations politiciennes qui peuvent, à terme, saper une unité sauvegardée jalousement malgré les assauts répétés de l’islamisme et ses différents bras armés. Mais au-delà du contenu de la réponse réservée au mémorandum du FFS, l’ANP a réussi à déjouer le piège qui consistait à l’amener à répondre par plusieurs voix en espérant y déceler des discordances dans les différentes réponses. En laissant le soin à son premier responsable d’apporter les éclaircissements nécessaires au nom de toute l’ANP, le piège a été déjoué. En ne rendant pas publique la réponse du général Lamari, le FFS confirme implicitement ses intentions, puisqu’il semble toujours en attente d’une hypothétique autre réponse de la grande muette qui, il faut l’admettre, n’arrivera jamais. D’un autre côté, il faut reconnaître que le FFS n’est pas le précurseur de cette méthode qui consiste à trouver des différences dans les multiples corps de l’ANP. Souvenons-nous de Taleb (curieusement un ami d’Aït-Ahmed qui déclarait), lors de la campagne électorale pour les présidentielles, qu’il n’avait pas de problème avec l’armée, mais avec les services de sécurité. Et Bouteflika n’en a pas dit moins à certains de ses hôtes étrangers en visite en Algérie. C’est dire à quel point il devient plus qu’intéressant de connaître la réponse du Président au mémorandum du FFS. D’aucuns pensent que le FFS tente une course contre la montre pour imposer son projet de sortie de crise parce qu’il sait que la concorde nationale, telle que prévue par Bouteflika, n’est rien d’autre que la plate-forme de Rome à peine revue et corrigée. Le Président qui, à partir de Batna, avait lancé timidement l’idée de cette concorde nationale a pu constater l’opposition farouche d’une bonne partie de l’opinion publique. Cette fois, il peut trouver dans la proposition du FFS une opportunité inespérée de faire rebondir son projet. Il pourra toujours dire que c’est là le vœu de l’opposition et trouver des personnes qui lui expliqueraient que l’ANP est usée par les dix années de guerre contre le terrorisme qu’il est plus juste d’aller vers une solution négociée et que, si l’on continue dans cette voie, c’est son unité qui sera remise en cause dans un avenir plus ou moins proche. Si l’idée peut séduire au premier degré, a-t-on pour autant oublié que ceux des militaires versés depuis des années dans la lutte contre la subversion islamiste ne comprendraient pas que la “solution négociée” puisse être à l’ordre du jour au moment où l’islamisme est vaincu militairement. C’est, au contraire, l’option contrat de Rome ou sa version édulcorée de concorde nationale, qui constitue la menace la plus sérieuse qui pèse sur l’ANP. Heureusement que certains responsables militaires ont compris le risque.

 

 

algeria-watch en francais