CONFERENCE NATIONALE DU FFS / Le parti fait son autocritique

CONFERENCE NATIONALE DU FFS / Le parti fait son autocritique

Fayçal Metaoui, El Watan, 8. 4.00
A travers une conférence nationale d’audit organisée ce week-end au complexe
Matarès (Tipaza), le FFS dresse, comme le déclare Mustapha Bouhadef, son
premier secrétaire, un diagnostic «sérieux et complet». Cette conférence
porte le nom de Ali Mecili, avocat et militant du parti, assassiné dans des
conditions obscures, le 4 avril 1987 à Paris.
Mustapha Bouhadef dresse, dans l’allocution d’ouverture, un bref bilan de la
situation générale du pays, «un an après la mascarade électorale» de la
présidentielle. «L’opposition est à peine tolérée. Le vide politique est
entretenu sous un état d’urgence qui dure depuis huit ans. Le pluralisme et
les libertés sont remis en cause. La télévision publique est confisquée par
le pouvoir», déclare le premier secrétaire du FFS. Selon lui, la démarche de
la concorde civile est une fausse solution à un problème politique. «Toute la
vérité doit être faite sur les assassinats de Kasdi, Matoub, Benhamouda,
Hachani et les autres. Le justice doit être rendue aux victimes de la
violence et du terrorisme. Aucune paix ne peut être réalisable sans
la vérité», souligne-t-il. La parole est donnée ensuite aux invités. Mohamed
Saïd, secrétaire général de Wafa, estime que le champ politique est
verrouillé devant l’opposition autonome. Les deniers publics sont, selon lui,
utilisés pour financer des associations avec pour seul critère :
«L’allégéance au pouvoir.» «Le régime algérien est original : il n’est ni
démocratique ni dictatorial. Il s’agit d’un régime autocratique marqué par
une pluralité partisane et une unicité médiatique», dit-il. Le bras doit
d’Ahmed Taleb Ibrahimi se dit ulcéré par «les débats marginaux» qui
viseraient à détourner l’attention de l’opinion publique. «Les acteurs de la
pièce théâtrale qui se déroule sont des anciens symboles de l’institution
militaire. Leur jeu témoigne du niveau de ceux qui ont eu à gouverner
l’Algérie», relève-t-il, l’allusion est clairement
faite à la double polémique Nezzar-Kafi et Nezzar-Attaïlia. Dans un appel à
peine voilé au groupe des six, Mohamed Saïd plaide pour une approche critique
dans le travail commun. «C’est la meilleure façon d’arriver à proposer une
alternative réaliste à un pouvoir qui aspire à nous disperser», suggère-t-il
en reprenant l’une des principales revendications du FFS : rendre l’Etat à la
nation. Le président du Comité pour la vérité et la justice, Djamil Benrabah,
fait une intervention émouvante. Il révèle que les autorités lui auraient
proposé de «liquider» l’assassin de son épouse après son arrestation. «J’ai
refusé. Pour moi, les coupables des crimes doivent être traduits en justice
pour répondre de leurs actes», dit-il. Evoquant Djamel Zitouni, l’un des
chefs des GIA, l’ex-président du CNOT confie : «Savez-vous comment ce jeune
est devenu monstre ? On l’a soumis à une torture barbare. Ceux qui en ont
fait un monstre sont toujours libres.» Djamil Benrabah dénonce l’interdiction
de l’association Djazaïrouna des victimes du terrorisme. «Parce qu’elle a
critiqué le laxisme de l’Etat dans les massacres de la Mitidja»,
note-t-il. L’intervenant critique la démarche de la concorde civile. «Cette
loi de la discorde vise à instaurer une paix artificielle avec cette finalité
de protéger des intérêts de la mafia politico-financière», s’indigne-t-il.
Mahmoud Khelili, avocat et militant des droits de l’homme, déclare être en
possession de 4500 dossiers de disparus «ficelés et prêts à être traités par
un tribunal qu’il soit national ou international». Selon lui, ces dossiers
contiennent les noms des fonctionnaires auteurs des enlèvements et les
numéros d’immatriculation des véhicules. «Savez-vous que parmi les disparus
il y a un bébé d’ un mois et une vieille de 84 ans. Et on trouve le moyen de
dire qu’ils sont au maquis. Nous avons demandé à Kamel Rezzag Bara de l’ONDH
de nous communiquer les noms de ceux qui sont au maquis, comme il l’affirme,
afin de pouvoir les comparer à ceux dont nous disposons. Aucune réponse. Ni
de lui ni du ministère de l’Intérieur», déclare-t-il. Mahmoud Khelili estime
qu’il est possible d’attaquer «les bourreaux et les tortionnaires des
Algériens» à travers le Tribunal pénal international (TPI, non encore
opérationnel). «Nous n’ allons pas attaquer les institutions. Notre cible :
les individus», précise-t-il. Dans l’après-midi du jeudi, et jusque tard dans
la nuit, les travaux se sont déroulés à huis clos. Des ateliers ont été créés
pour formuler des recommandations relatives à l’action politique,
l’organisation et l’évaluation.

 

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