Le FFS et les enjeux des communales

Le FFS et les enjeux des communales

Par Hani Rabah, Le Jeune Indépendant, 8 août 2002

Lors de sa première conférence de presse organisée après la réunion du conseil national de son parti, M. Ahmed Djeddaï, désigné premier secrétaire national, aura été clair de bout en bout. Il a déclaré qu’au FFS, «l’objectif principal est le départ des militaires et le changement du régime». Plus explicite que jamais, il estima que le FFS a un seul problème avec la hiérarchie militaire et les décideurs qui veulent régenter le pays, continuer à privatiser l’Etat et qui veulent mener le pays vers le chaos. A l’époque, en décembre 2001, les propos de Djeddaï ménageaient l’institution présidentielle, ce qui amena certains observateurs à qualifier cette «entente » entre Bouteflika et Aït-Ahmed de deal ou d’alliance stratégique entre les deux pôles, puisqu’ils poursuivent presque les mêmes objectifs avec des différences dans la démarche.

Cette observation pourrait sans doute revenir à la surface ces derniers temps, avec la décision du FFS de renoncer au boycott des élections locales, prévues le 10 octobre prochain, ce qui est déjà qualifié comme un sérieux coup de main au chef de l’Etat, mis à mal par la radicalisation des aârchs et empêtré dans le «bourbier médiatique »avec le feuilleton de ses dissensions avec l’armée.

En fait, politiquement, la décision du FFS est un énorme succès pour Bouteflika dans la mesure où il pourra crédibiliser davantage sa volonté de renouveler les composantes des institutions de base de l’Etat. Pourtant, les raisons profondes du FFS d’aller aux joutes électorales s’expliquent par un certain épisode qui s’est déroulé en 2000 à Béjaïa, quand des élus du parti avaient dénoncé les malversations des autorités locales et du wali de l’époque en personne. Les élus avaient accusé publiquement ces responsables de «gestion maffieuse du patrimoine public et du foncier», exigeant du pouvoir de mener des enquêtes sur la fortune des dignitaires locaux et du régime. Ce scandale sur la dilapidation du patrimoine foncier dans la région a fait long feu, mais il semble que la direction nationale du FFS ne l’a pas oublié, lorsque le premier secrétaire du parti motive la participation aux locales pour «barrer la route aux prédateurs, aux opportunistes et à la maffia».

Dans son mémorandum remis au chef de l’Etat et aux généraux majors Lamari et Médiène, le 12 mai 2001, le FFS s’interroge sur le sens à donner à l’Etat «quand les institutions sont squattées par des clans à leur seul bénéfice». Est-ce à dire que les véritables enjeux des communales, du moins dans certaines régions, sont plus importantes que les législatives ? Le FFS a fait son choix calculé, sachant qu’au bout de quelques années de cohabitation avec les puissances locales dans les APC et APW, il mesure parfaitement le chemin à parcourir pour faire émerger une autre alternative démocratique et citoyenne et créer une nouvelle perspective politique nationale. Les enjeux de 2002 ne diffèrent guère de ceux de 1997. H. R.