Les fausses promesses du gouvernement

Relogement des sinistrés

Les fausses promesses du gouvernement

Le Matin, 29 octobre 2003

A Boumerdès, deux jours après le début de Ramadhan, des centaines de familles sinistrées du dernier séisme sont encore sous les tentes. Aucune opération de relogement massif en vue, comme annoncé par les autorités. Jeudi dernier, lors du Conseil des ministres, le gouvernement Ouyahia s’était engagé à reloger 10 000 familles avant le début du mois de jeûne. Mais, sur place, les autorités ont tout le mal du monde à concrétiser leur promesse, a-t-on pu constater. Lors de notre passage lundi dans certains camps, quelques familles avaient été, certes, recasées dans des chalets, mais la majorité demeurait encore sur les lieux. « Mazal. Patientez », est la seule réponse qu’elles obtiennent lorsqu’elles s’enquièrent de la date de la fin de leur calvaire. En avançant une date précise pour l’hébergement des sinistrés, les autorités centrales n’ont certainement pas mesuré l’étendue des difficultés sur le terrain. Au site El Fayesse, l’un des plus importants de Boumerdès, en ce premier jour de Ramadhan, il restait plus de 200 familles à reloger, sur les 426 qui l’occupaient après la catastrophe. « Chaque jour, on en recase deux ou trois en fonction de la disponibilité des chalets », nous dit-on. Des chalets qui, à défaut de logement définitif, cristallisent tous les espoirs des sinistrés, mais dont le montage n’est pas assez rapide à leur goût. « Ce n’est pas tant le jeûne sous la tente qui nous préoccupe, mais sortir d’ici au plus vite avant l’hiver », nous dit Fadila, une mère de famille occupée à préparer son f’tour. Une cuisine entourée de roseaux a été aménagée devant chaque tente. Fadila a mis du gravier sur le sol pour faire plus propre et éviter de patauger dans la boue les jours de mauvais temps. Des tranchées ont été aussi creusées pour canaliser les eaux de pluie. Pourvu que le beau temps dure, se prennent à prier les sinistrés. A Thénia, au camp dit « zone 3 », on scrute le ciel avec autant d’inquiétude. La pluie et le froid préoccupent là aussi plus que la faim qui tiraille les ventres. « On ne veut ni couffin ni argent, qu’ils nous sortent de là, c’est tout ce qu’on demande », lance Achour affairé à renforcer sa tente avec une bâche qui lui est revenue à 1 600 DA. Quelques familles que nous avions rencontrées ici, avant le Ramadhan, ont plié bagage, mais 39 autres attendent encore sous les tentes. « On nous reloge par ordre d’évaluation des dégâts causés à nos habitations. Les « rouge » sont prioritaires par rapport aux « orange » », nous explique Achour. Mais dans les camps, que l’on soit « orange » ou « rouge », la galère est la même et le chalet se fait cruellement attendre.
La wilaya de Boumerdès compte plus de 16 000 familles sinistrées, et avant-hier le relogement « massif » n’était pas encore au rendez-vous.
Soraya Akkouche