La coordination inter-wilayas maintient la marche d’aujourd’hui

Malgré l’interdiction et les barrages de la gendarmerie

La coordination inter-wilayas maintient la marche d’aujourd’hui

Par Youcef Zirem, Le Jeune Indépendant, 8 août 2001

La coordination inter-wilayas des villages de Kabylie persiste et signe. Elle maintient la marche de protestation, prévue aujourd’hui, du stade du 5-Juillet vers la présidence de la République à partir de midi. Hier, pas moins de 10 barrages de gendarmerie ont été dressés entre Tizi Ouzou et Alger pour empêcher les citoyens d’affluer vers la capitale. D’autres barrages, tout aussi dissuasifs, ont également été installés sur la route nationale dans les territoires de la wilaya de Bouira et de Boumerdès. Mais déjà de nombreux citoyens de Kabylie ont réussi à gagner Alger pour participer à la marche. Beaucoup de citoyens d’Alger ont aussi fait part de leur désir de prendre part à la marche. Dans une déclaration rendue publique hier, le Comité provisoire des citoyens d’Alger s’adresse aux délégations qui participent au festival international de la jeunesse. Cette déclaration sera distribuée aux participants au festival. «[…] Nous nous refusons de vous souhaiter la bienvenue, sachant que vous avez accepté l’invitation d’un pouvoir englué dans la corruption et tuant froidement sa jeunesse. […] Notre jeunesse est dépossédée de tout. Pas de travail, ni logement. Pas de culture ni de loisirs. Pas de liberté, pas de démocratie», peut-on lire dans ce texte. De son côté, le Comité de citoyens intercommunal d’Alger appelle les Algérois à «participer activement» à la marche. «Nous condamnons l’interdiction qui est faite aux Algériens d’user de leur liberté de circulation sur toute l’étendue du territoire», souligne ce comité dans une déclaration en réaction à l’interdiction des autorités de la marche d’aujourd’hui. Membre de la coordination inter-wilayas, Belaïd Abrika, enseignant d’économie à l’université de Tizi Ouzou, a pu joindre la capitale dans une voiture immatriculée 16, et ce, dans la nuit de lundi passé. «Nous sommes pacifiques, nous ne répondrons pas aux provocations, si nous ne pouvons pas marcher jusqu’à la présidence, nous allons organiser un sit-in», affirme-t-il. Solidaire de cette initiative pacifique, le RCD «met en garde les pouvoirs publics contre toute provocation ou répression contre la population» et appelle «les citoyennes et citoyens algériens à se joindre massivement à cette manifestation». Le MCB que dirige Ould Ali El Hadi soutient la marche et appelle les citoyens à plus de vigilance. Pour rappel, les autorités ont décidé de ne plus tolérer les marches à Alger. Le ministère de l’Intérieur a réitéré cette option dans un communiqué rendu public à la fin de la semaine passée. Y. Z.

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Les manifestants de Béjaïa au rendez-vous

L’ensemble des coordinations inter-wilayas, aârchs, daïras et communes ont lancé un appel aux Algériennes et aux Algériens pour observer une grève générale et participer massivement à la marche nationale et pacifique du mercredi 8 août 2001 à Alger pour exiger la satisfaction totale de la plate-forme d’El-Kseur et l’annulation du Festival international de la jeunesse.

A noter qu’à Béjaïa une délégation de quatre personnes a été désignée à Seddouk pour organiser dans toute la région des meetings et des rassemblements ayant pour but de gérer au mieux la marche du 8 août. «C’est la marche du siècle, puisqu’elle se tiendra durant un festival international, en présence des médias internationaux», commettent les organisateurs. F. M.

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«Nous saisirons les instances internationales !»

De Tizi Ouzou Saïd Tissegouine

Entre Naciria (Boumerdès) et Bab-Ezzouar (Alger), l’autoroute Tizi Ouzou-Alger a été bouclée hier par les forces de sécurité. En plus des herses posées, des chiens policiers, des automitrailleuses ont été également déployés. Le rétrécissement de la voie et les opérations de contrôle d’identité des voyageurs ont provoqué des embouteillages.

A rappeler que lors de la journée du 5 juillet 2001 où il était prévu une marche à Alger, même les troupes de l’ANP ainsi que du matériel lourd ont été mobilisés au niveau de Naciria pour empêcher les gens venant de Kabylie de se rendre à Alger. Cependant, les aârchs considèrent que l’empêchement de la marche d’aujourd’hui ne signifie pas l’abdication.

Depuis quelques jours, la saisine par la coordination inter-wilayas des instances internationales telles que l’ONU, les ONG, le Tribunal pénal international, la Cour internationale de justice s’est généralisé. L’objectif des représentants des aârchs est «d’arriver à faire bloquer, par le biais de ces instances internationales, les avoirs des hauts responsables algériens au niveau des banques étrangères.»

Cette action concernera les personnes qui se sont rendues coupables de détournements, et ce, depuis l’indépendance. Une commission spécialisée est en train de préparer actuellement la liste des personnes impliquées dans des affaires de corruption et de détournement. Selon des informations recueillies auprès de la CADC, les listes ne sont pas encore finalisées. Pour le moment, aucun nom n’a été rendu public. Toutefois, nous assure-t-on, une liste sera rendue publique et diffusée à travers l’Internet. S. T.

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Les manifestants de Bouira décidés à marcher

Par Mourad O.

Les membres des comités de villages et aârchs de la wilaya de Bouira ont formé dans la matinée d’hier un cortège de plusieurs dizaines de voitures pour sillonner la région afin de sensibiliser les citoyens et les exhorter à prendre part à la marche prévue aujourd’hui à Alger.

Du côté des services de sécurité, plusieurs barrages ont été dressés à plusieurs carrefours de la RN5, dès l’annonce faite par Zerhouni portant sur l’interdiction de cette marche. Ainsi, tous les usagers venus des wilayas de Bordj Bou Arreridj, Sétif, Béjaïa et Bouira ont été minutieusement fouillés. En revanche, les manifestants qui ont goûté au calvaire des barrages filtrants durant les marches du 14 juin et 5 juillet derniers ont préféré rejoindre Alger dès vendredi dernier. Les «baroudeurs», comme on les appelle à Bouira, ont préféré défier les services de sécurité et décider de rejoindre la capitale aujourd’hui. Au cas où les gendarmes les en empêcheraient, ces derniers, comme ils nous l’ont confié, bloqueront la RN5 et improviseront un sit-in durant toute la journée. S. Ali, membre de la coordination des comités de villages, nous a confié : «Si les manifestants sont empêchés d’atteindre Alger et si la marche est réprimée, plusieurs actions de grande envergure seront menées.» M. O.

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