La manifestation d’Alger tenue en échec

La manifestation d’Alger tenue en échec

Le Monde, 9 août 2001

Les milliers de manifestants berbères, qui avaient prévu de converger, mercredi 8 août, vers la capitale algérienne afin d’exprimer leur mécontentement face au pouvoir en place, se sont retrouvés face à un large déploiement des forces de l’ordre. Mais aucun affrontement sévère n’était à déplorer en fin d’après-midi. Des milliers de manifestants venus de Kabylie ont répondu à l’appel, mercredi 8 août, de la Coordination des tribus et villages de cette région. Prennant la direction de la capitale algérienne afin de manifester leur opposition au pouvoir en place et dénoncer la tenue concomitante à Alger du XVe Festival mondial de la jeunesse, des milliers de membres de la communauté berbère devaient se retrouver vers la mi-journée au stade olympique du 5-Juillet, sur les hauteurs d’Alger.

Un impressionnant dispositif de sécurité, avec fouilles systématiques de tous les véhicules immatriculés en Kabylie, était en place mercredi aux abords d’Alger et dans la région alentour. Des véhicules blindés et des gendarmes en tenue anti-émeute occupaient des postes de contrôle érigés sur l’autoroute reliant Alger à Tizi Ouzou, principale ville de Kabylie, située 90 kilomètres plus à l’est.

A Alger même, la police anti-émeute avait déployé des véhicules munis de canons à eau sur les principaux carrefours, ainsi qu’aux abords du stade olympique du 5-Juillet, où les manifestants avaient espéré se rassembler à midi.

A Naciria, à 80 kilomètres à l’est de la capitale, des affrontements ont opposé des gendarmes et des jeunes manifestants, faisant, selon la Coordination des tribus et villages berbères, une quinzaine de blessés légers parmi ces derniers.

A Tidjelabine, à 30 kilomètres d’Alger, les gendarmes ont tiré des grenades lacrymogènes pour repousser des centaines de jeunes gens qui tentaient de forcer leur barrage.

Quelque 2 000 manifestants ont alors improvisé un sit-in de part et d’autre de l’autoroute. « C’est mon pays, je reste ici », lançait l’un d’eux tandis que la foule scandait « Vive l’Algérie sans les généraux », par dérision envers un pouvoir militaire en qui les manifestants voient le véritable maître du pays. Le front ceint d’un bandeau noir en signe de deuil, les manifestants scandaient aussi le slogan « oulach s’mah », qui signifie « pas de pardon » en tamazight, la langue berbère.

Comme lors d’une précédente tentative le mois dernier, les mesures prises par les forces de l’ordre semblent plus que jamais tenir en échec les manifestations et sit-in projetés dans le centre d’Alger par la minorité berbère, muselant de fait toute contestation.

Avec AFP

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