Grosses enveloppes pour des zones «moins risquées»

Aménagement du territoire

Grosses enveloppes pour des zones «moins risquées»

Le Quotidien d’Oran, 9 juillet 2003

Dramatiquement rappelée au souvenir, la donne sismique qui caractérise tout le nord du pays, vient d’être reprise en charge par le dernier Conseil des ministres qui décide d’inverser «la tendance qui a prévalu jusqu’à présent en matière d’occupation du territoire».

Ainsi, le procès de l’urbanisation massive, sans prise en compte de la nature des sols et des risques de tremblements de terre «redécouverts» par les expertises d’urgence après la catastrophe du 21 mai dernier, en est venu à dicter une nouvelle politique d’aménagement et d’urbanisation, assortie d’une batterie de textes et de nouvelles mesures de prévention.

Il s’agit «d’inverser la tendance» et de redéployer «les activités et les établissements humains» vers les zones des Hauts Plateaux et vers le Sud, jugés moins vulnérables. La vaste ambition, exprimée par le Conseil des ministres, est vue comme solution à long terme même si elle se heurte à une réalité de migration interne puissante, à la sociologie complexe, à des facteurs évidents comme le marché du travail, les conditions d’environnement, les réseaux d’équipements et aux ressources naturelles comme l’eau par exemple. Peu détaillée, cette option qui, même dans sa formule la plus simple, signifie des investissements faramineux, une politique de suivi peu coutumière pour l’administration algérienne et une véritable guerre pour convaincre les flux migratoires traditionnels qui durent depuis l’indépendance et qui sont relancés par le facteur sécuritaire de la dernière décennie. Motivée ou justifiée par «une réflexion intersectorielle appuyée par l’expertise nationale et internationale», selon le texte du communiqué et assortie de «la nécessité de renforcer les moyens d’études, de recherche, de surveillance, de prévention et d’intervention pour limiter les effets des séismes sur les personnes et les biens», la «réponse» à la catastrophe du 21 mai reste encore un voeu pieux et pèche par une mise en chantier, juste mais peu calculée dans l’immédiat. La mise au point du président de la République pour inscrire cette réponse dans le long terme et d’en faire la priorité de plusieurs générations, risque de ne pas lui garantir la pérennité souhaitée qui ira au-delà de l’habituel réflexe de réaction des pouvoirs publics face à des catastrophes nationales. Même la réponse par une loi de finances sur mesure ou par la création d’un fonds de développement des Hauts Plateaux, qui vient d’être décidé, risque de ne pas suffire à la facture. L’on se souvient toujours du sort peu convaincant des politiques de mise en valeur de ces zones et de l’argent durable qui y a été consacré dans l’espoir d’une fixation de la population et d’une relance des économies locales.

Dans le même cadre et en relation avec la même priorité, le Conseil des ministres reconnaîtra, indirectement, les défaillances et les manquements des traditionnelles instruments et schéma de secours publics. On reconnaîtra ainsi l’urgence particulière d’«instituer l’obligation d’assurance contre le risque sismique, d’actualiser les plans ORSEC et de contrôler leur opérationnalité, au moyen d’exercices tests». Le souvenir de la polémique qui secoua des organismes comme le GRAAG, le centre de génie sismique et les CTC au lendemain du séisme, décidera de même d’un renforcement des ces instruments en réaménageant leurs missions ou en créant d’autres organismes «pour la prévention et la gestion des calamités et des catastrophes naturelles», selon le même communiqué. Ces instruments devront accompagner le nouveau cahier de charge des politiques urbaines du Nord. A savoir «l’affinement du zonage sismique et l’établissement de cartes précises et détaillées» des risques dans chaque région, la réalisation d’études de micro-zonage pour toutes les agglomérations urbaines et d’autres sur la vulnérabilité des ouvrages stratégiques, ainsi que le renforcement du contrôle des constructions «à tous les stades du processus de leur réalisation».

Par ailleurs, et en écho aux critiques ciblées sur l’amnésie de gestion qui semble être le lot d’un pays en proie aux tremblements de terre cycliques, «la culture du séisme» ou des catastrophes naturelles devra, désormais, faire partie des programmes d’éducation et de formation nationales, ainsi que l’objet de campagne de sensibilisation et de prévention envers les populations, mis à charge du ministère de la Communication. Enfin, et face à une opinion touchée qui attend toujours les conclusions des enquêtes promises sur les bâtisses et habitations récentes qui se sont effondrées lors du séisme du 21 mai dernier, le Conseil des ministres, et sur instruction du président de la République s’est vu rappeler l’urgence de «finaliser, sans délai, les enquêtes techniques menées» et de «leur donner les suites judiciaires nécessaires chaque fois qu’il y a présomption de fraude et de non-respect des normes dans les constructions publiques ou privées», précisera le texte du communiqué.

K. D.