Seisme:Les résultats de l’enquête entre les mains de la justice

Responsabilités dans le séisme du 21 mai 2003 de Boumerdès

Les résultats de l’enquête entre les mains de la justice

par A. Timizar , Le jeune Indépendant, 27 avril 2004

« Erreurs professionnelles, trafic dans les matériaux de construction, passivité et/ou préméditation dans l’exécution des travaux, manque de contrôle des projets et mauvaise analyse dans les études de sols», telles ont été les conclusions de l’enquête diligentée par les éléments de la gendarmerie de Boumerdès devant situer les responsabilités dans le séisme du 21 mai 2003.

L’enquête a été finalisée et remise hier matin au procureur général près la cour de Boumerdès. Cette information a été confirmée auprès du commandant du groupement de la gendarmerie de Boumerdès, le colonel Abdelhafid Abdaoui, qui a refusé tout commentaire à ce sujet.

En effet, l’enquête a été entamée depuis déjà huit mois, suite aux plaintes introduites auprès du tribunal d’Alger et de Boumerdès par le ministre de l’Habitat, Mohamed Nadir-H’mimid. La section de recherche de la gendarmerie de Boumerdès a convoqué et entendu quelque 600 personnes, entre partie civile et responsables concernés.

Les mis en cause dans cette affaire ont été cités et seront tous appelés à répondre de leurs faits devant la justice. Une trentaine d’entre eux seront probablement emprisonnés en raison de la gravité des faits, indique une source proche des services de sécurité.

«C’est une catastrophe ; des promoteurs, entrepreneurs et responsables de bureaux d’études sont à l’origine de la mort de plus de 1 300 personnes», indique-t-on de même source. Par ailleurs, des policiers affirment que cette affaire est la première du genre en Algérie et que la justice doit la prendre en charge sérieusement afin de «donner une leçon à l’inconscience humaine et de montrer à l’opinion publique que les autorités ne pardonnent pas devant une telle situation».

A rappeler que le président de la République Abdelaziz Bouteflika avait promis au lendemain du séisme de punir sévèrement tous les responsables coupables de défaillances dans cette tragédie. Selon des experts en droit, les chefs d’inculpation retenus dans cette affaire sont : homicide involontaire, trafic et négligence.

A en croire ces experts, les personnes rendues coupables d’homicide involontaire «écoperont d’une peine d’emprisonnement allant de 2 à 4 ans. Un homicide involontaire est considéré comme un simple délit, tel un accident de la circulation entraînant la mort d’une personne».

«Alors, ajoutent-ils, que ces derniers ont causé la mort de plusieurs centaines de personnes, endeuillé des milliers de familles, engendré des dégâts matériels qui se chiffrent par milliards de dinars et choqué à jamais une population de plus de un million de personnes».

Ces experts relèvent, à cet effet, un vide juridique «flagrant» dans l’exécution de la peine pour un homicide de ce genre. Pour pallier cela, la justice, «devra engager un staff juridique compétent afin d’étudier toute la situation et décider des peines selon la proportion et l’ampleur du préjudice causé à la population et à la nation», estiment-ils.

Il faut cependant rappeler que les conclusions de l’enquête de la gendarmerie sont pratiquement semblables à celles déjà rendues publiques par les sismologues et spécialistes qui se sont rendus dans la zone sinistrée de Boumerdès.

Devant l’ampleur de cette affaire, «la justice risque de prendre beaucoup de temps avant de rendre son verdict», estiment nos sources. A. T.