2003-2009 : les effets du séisme de Boumerdès

2003-2009 : les effets du séisme de Boumerdès

Des familles sinistrées ne sont toujours pas résorbés encore dans des chalets

El Watan, 21 mai 2009

Six ans après la catastrophe naturelle qui a dévasté la wilaya de Boumerdès, des centaines de familles sinistrées continuent de vivre dans des chalets dépourvus de commodités.

Qu’en est-il de l’opération relogement des sinistrés de cette wilaya ? A-t-on réalisé le programme des 8000 logements qui leur est destiné ? Les chiffres en notre possession montrent que le défi a été relevé malgré les retards et certaines insuffisances qui ont caractérisé la gestion post-séisme. Aujourd’hui, nul ne peut nier les efforts consentis par l’Etat dans la prise en charge de ses familles endeuillées par la catastrophe. Preuve en est ces milliers d’entre elles qui ont bénéficié de logements neufs à travers les différentes communes de la wilaya. Néanmoins, cela ne nous empêche pas de rappeler ces familles qui occupent à ce jour les chalets en raison des retards enregistrés dans la réalisation de quelques programmes de logements lancés au titre du programme susmentionné. Près de 2000 familles dont les habitations ont été complètement effondrées suite au séisme du 21 mai 2003 occupent encore des chalets. 830 parmi elles ont opté pour la reconstruction dans le cadre collectif. Leurs projets (huit) ont été confiés à des promoteurs désignés par la wilaya. Le montage financier comprend l’aide de l’Etat de l’ordre d’un million de dinars, un crédit bancaire avec un taux d’intérêt bonifié et l’apport des bénéficiaires. Les travaux de réalisation de ces projets ont connu d’inextricables blocages dus au mode de financement. Le grand retard est enregistré, notamment dans le projet des 520 unités de la cité Ibn Khaldoun, et le projet des 140 logements implanté à la cité 11 Décembre. Les citoyens, qui ont opté pour cette formule souhaitent un assouplissement de la procédure de libération de l’aide de l’Etat versée par la CNL, à l’instar de ce qui se fait dans le cadre de l’aide directe. Il est à noter par ailleurs que 2220 dossiers parmi les 2474 enregistrés dans le cadre de l’aide à la reconstruction individuelle sont clôturés. Le reste, soit 254 bénéficiaires, n’ont pas encore achevé les travaux de reconstruction de leurs bâtisses. Plusieurs centaines d’entre ceux qui ont opté pour cette aide, attribuée conformément au décret exécutif du 03/314 du 16 septembre 2003, n’ont pas libéré les chalets qui leur ont été livrés après le séisme, en dépit de la reconstruction de leurs bâtisses.

Dans d’autres communes, à l’instar de celles des Issers et Dellys, plusieurs familles sinistrées ont refusé d’être relogées en dehors de leurs communes de résidence et attendent l’achèvement des projets qui y sont en cours de réalisation pour leur recasement définitif. Donc, ce n’est pas à l’indisponibilité de logements qu’est dû le non-recasement de la totalité des familles sinistrées de cette wilaya. Les responsables de l’OPGI avancent le chiffre de 7046 logements réalisés au titre du programme des 8000 logements. Et parmi les 6158 unités dont la liste des attributaires a été arrêtée, seuls 5767 sont livrées et habitées. Le reste sera attribué incessamment, ajoutent-ils. Ainsi 954 unités des 8000 prévues ne sont-elles pas encore achevées. 100 d’entre elles sont en cours de réalisation à Cap Djenet et 340 à Dellys. La grande partie de ce dernier projet est en voie d’achèvement, tandis que le reste (36) est à 60% d’avancement. Ici, le chantier peine à plier bagage pour laisser place à des logements qui se font désirer. Les familles ayant exprimé leur refus d’aller vers d’autres localités prennent toujours leur mal en patience. La même situation a pénalisé plusieurs familles de la commune des Issers où une partie (144) du programme des 300 logements qui y est lancé n’est pas encore achevée, faute d’entreprises performantes. Ce genre de retard concerne aussi les 30 logements implantés dans la commune de Keddara dont la réception est prévue pour la fin de l’année en cours. Le quota restant qui compte 340 unités est attendu pour 2011. Nos interlocuteurs précisent que 200 d’entre elles sont implantées à Baghlia. Les responsables de l’Opgi expliquent le retard mis dans les travaux par la résiliation de contrats suite à la défaillance des entreprises engagées pour sa réalisation. « Nous avons résilié le contrat avec deux entreprises (Gico et Ossol), mais nous sommes en train de refaire les études et nous allons modifier le cahier des charges afin de permettre aux entreprises locales de soumissionner », indiquent-ils. Dans cette commune, nos sources indiquent qu’il n’y a plus de familles sinistrées à reloger.

Donc, le programme sera versé dans le chapitre de l’habitat social. L’autre projet qui connaît d’énormes retards est celui des 140 logements prévus initialement dans la commune de Bordj Ménaïel. Ce dernier, suite à l’indisponibilité du terrain dans cette dernière, a été transféré vers la commune de Khemis El Khechna. « Mais là aussi on a rencontré le même problème », précisent encore nos sources qui disent « attendre toujours la distraction du terrain pour entamer le projet ». L’autre explication que l’on pourra déduire des chiffres communiqués par l’Opgi est celle inhérente au programme de logements achevés, dont la livraison n’est pas encore intervenue, en dépit de l’impatience des postulants qui ont constamment les yeux rivés sur un quota de 1279 unités im mobilières. On s’interroge sur les raisons du retard enregistré concernant leur attribution, particulièrement au niveau de cinq communes entre autres Zemmouri et Tidjelabine, durement touchées par le cataclysme du 21 mai 2003. Afin de ne pas laisser ces logements à l’état d’abandon, les autorités de la wilaya ont pris la décision d’en livrer une partie dans le cadre du social. Ces reliquats sont constatés à titre d’exemple dans les communes de Ouled Moussa avec 250 unités, Si Mustapha (100), Ouled Haddadj (50) et Ammal (20). Mais leur livraison se fait toujours attendre. Par ailleurs, sur les 57 000 habitations classées dans la catégorie Vert 02 et Orange 03 par les services du CTC, 54 000 ont été réhabilitées à 100% dans le cadre des aides versées directement par la Caisse nationale du logement aux propriétaires, conformément au décret exécutif du 03/227 du 22 juin 2003. Le montant de l’aide est plafonné à 200 000 DA pour la première catégorie et 400 000 DA pour la deuxième.

Par Ramdane Koubabi


 

De promesse en promesse, le provisoire qui dure …

Les chalets, ces habitations destinées au relogement provisoire des sinistrés, sont devenus le sujet de préoccupation aussi bien de l’administration, que des populations de cette région.

La wilaya compte plus de 15 000 chalets répartis à travers les différentes communes. Dans les 100 sites aménagés sur une surface de 300 ha à travers toute la wilaya de Boumerdès, l’Etat a réalisé 90 km de routes, 88 km de conduites de réseau d’assainissement, 351 km de canalisations de distribution d’eau potable et 194 km de lignes électriques. Tout cela « représente l’équivalent de la viabilisation d’une ville de 100 000 habitants », selon la wilaya de Boumerdès. Mais le temps joue un mauvais tour à ces habitations dont la durée de vie maximale est estimée à 10 ans. L’Etat algérien, qui les attribue aux cas sociaux en quête de logement après leur libération par les sinistrés relogés, a-t-il pensé à reloger tous leurs occupants d’ici la fin de ces 10 ans ? Peu probable. Mais Ahmed Ouyahia, lors de la campagne électorale d’avril dernier dans la wilaya, a promis que « tous les occupants des chalets seront relogés prochainement ». Les chalets sont actuellement gérés par l’OPGI, suite à une convention signée avec la direction des Domaines le 21 avril 2007. Et « 72% de leurs occupants ont un statut social, et ne payent pas le loyer, ce qui a rendu difficile l’entretien des chalets », nous dit-on.

Le prix fixé par l’OPGI est de 900 DA par mois. Les autorités de la wilaya s’occupent encore des chalets. Ces habitations se dégradent de plus en plus. En sus des problèmes liés à leur gestion celles-ci ont compromis de manière indirecte le développement local. En effet, d’énormes projets d’investissement sont en instance à cause de l’indisponibilité d’assiettes foncières. Tout le monde l’aura remarqué, les chalets occupent de vastes surfaces. Des terres fertiles et hautement productives ont accueilli ces habitations. Dans la commune de Zemmouri, des centaines de chalets sont même implantés sur des terrains destinés initialement à l’implantation de projets touristiques tels que le projet de la ZET de Zemmouri et celui du village touristique prévu à Sghirate, à quelques kilomètres seulement du chef-lieu de wilaya. La même situation prévaut dans d’autres communes à l’instar de Naciria, Bordj Menaïel, les Issers, Si Mustapha, Khemis El Khechna et Boudouaou où des centaines de chalets occupent des assiettes de terrain et des sites stratégiques devant être exploités par des agriculteurs ou des industriels. Partout où l’on s’est déplacé, les préoccupations des habitants des chalets, sinistrés ou autres (cas sociaux), sont toujours les mêmes : quitter le chalet, avoir un logement décent et vivre mieux. Récemment, le wali de Boumerdès a déclaré qu’il a décidé de mettre fin à l’attribution des chalets afin d’aller vers leur démantèlement.

Mais le gouvernement ne semble pas prêt à régler définitivement ce problème. « Les moyens colossaux qui ont été mobilisés par les autorités n’ont pas eu l’effet escompté », clame Ahmed un habitant du site des Issers. « Nous vivons dans une situation misérable depuis six ans, les conditions nécessaires pour vivre bien font cruellement défaut », ajoute-t-il. Le site de cette commune contient plus de 400 chalets. Aujourd’hui, il tend à devenir inhabitable. En effet, la dégradation tous azimuts que connaissent les chalets dans toute la wilaya pénalise leurs occupants. « Au début on nous a dit que ce n’est que provisoire, mais maintenant nous sommes oubliés », nous dira un sinistré miraculé, qui dit avoir été retiré sous les décombres. A Sghirat, à Zemmouri, à Chaabet El Ameur, ou à Bordj Menaïel, la situation se dégrade. Routes délabrées, eaux usées à ciel ouvert, insalubrité et absence d’espace de loisirs telle est l’image décevante de ces sites qui devraient être démantelés une fois les sinistrés relogés. Yacine, un habitant du site de Sghirat, qui abrite à 833 chalets, nous dit que malgré que le site est proche de la mer, cela ne suffit pas, car pour lui, les infrastructures de base ont beaucoup plus d’effet sur la vie des citoyens. Ce jeune homme, fraîchement diplômé de l’université, espère voir « la fin du calvaire et habiter un jour un logement qui répond aux normes ». Il y a l’insécurité et la propagation de fléaux sociaux dans certains sites.

D’ailleurs, il y a quelques mois, un chalet a pris feu à Boudouaou, suite à un court-circuit. Fort heureusement, il n’y a pas eu de pertes humaines. A Sghirat, un autre chalet a pris feu en raison des fortes pluies qui ont provoqué un accident électrique. Aux Issers encore, deux autres chalets ont pris feu pour les mêmes raisons. A Thénia, une commune rasée par le séisme de 2003, plusieurs familles sinistrées, habitant encore les chalets, attendent avec impatience leur relogement, pourtant le projet de 250 Logements construits par les Chinois est fin prêt. A Bordj Menaïel, la situation est catastrophique, selon les habitants des chalets. Les trois sites habités par des cas sociaux sont dépourvus de moyens et d’infrastructures de base. « Notre temps est meublé par l’angoisse et la léthargie », tonne Amar, la trentaine passée. « Je ne sais pas ce que font nos responsables, ils nous attribuent des chalets au lieu de logements ». « Ils ont construit des logements depuis des années pour les laisser à l’abandon », nous dira un citoyen habitant un chalet à la commune de Si Mustapha où 100 logements réceptionnés attendent d’être attribués. Intervenant dans ce sens, un quinquagénaire de Souk El Had lance : « Nous avons 50 logements que nous attendons impatiemment depuis 2007. » Dans ce cadre, il est utile de souligner que plus de 400 logements réalisés dans le cadre du social ne sont pas encore livrés. Un grand lot a été pourtant achevé depuis plus de 2 ans. Ces unités sont réparties comme suit : Bordj Menaïel (180), cap Djinet (12), Naciria (20) et Souk El Had (50).

A Ouled Moussa, quelque 400 logements sont encore inoccupés, tandis que partout dans la wilaya des assiettes foncières pouvant accueillir des projets importants sont occupés par ces chalets. A Hamadi, un nombre important de chalets ont été laissés à l’abandon et se sont totalement dégradés, tandis que dans d’autres communes, il est enregistré une demande pressante sur ces habitations. Ce qui fait dire à un habitant : « C’est du gaspillage caractérisé. Si à Hamadi on n’en a pas besoin, pourquoi ne les a-t-on pas emmenés ailleurs ? » D’autres citoyens relèvent certains cas de responsables qui se les ont appropriés après le séisme et les gardent actuellement sans les occuper. La wilaya a plusieurs fois annoncé la constitution d’une commission d’enquête sans jamais communiquer les résultats de son action, car il y a de nombreux cas où les attributaires de ces chalets ne sont pas dans le besoin. En tout cas, les habitants se constituent déjà en associations pour « défendre leurs droits et arracher un relogement dans les plus brefs délais ». Dernièrement, le président de l’Association des habitants des chalets de Boumerdès a annoncé qu’il a eu la promesse des autorités de procéder au relogement de quelques familles dans les mois à venir.

Par M. Zitouni, Y. Omar


6 ans après …

Il y a 6 ans, le 21 mai 2003 à 19h44, frappait un séisme d’une magnitude avoisinant les 7 degrés sur l’échelle de Richter dévastant la région de Boumerdès.

Le séisme fait 1391 morts et des milliers de blessés. Plus de 95 000 habitations, soit 84% du parc de logements de la wilaya, ont été endommagés et un grand nombre de citoyens se retrouve du jour au lendemain sans domicile. Tous les secteurs du domaine public (éducation, justice, enseignement supérieur, etc.) ont enregistré des dégâts considérables. Les pouvoirs publics mettent tout de suite la main au Trésor pour assurer une prise en charge de tous les sinistrés. Des camps de toile sont dressés (94 sites avec près de 18 000 tentes). Les autorités rassurent les sinistrés qu’ils ne passeront pas l’hiver sous les tentes. Effectivement, plus de 15 400 chalets répartis sur une centaine de sites dans les 32 communes de la wilaya sont installés entre le printemps et l’automne de la même année. L’Etat se lance entre-temps dans une opération de démolition et de déblaiement, qui a touché près de 8000 édifices, et entame un programme de reconstruction de la zone sinistrée. Des lourdeurs administratives, relatives notamment aux problèmes du foncier, mais aussi des problèmes liés au manque d’entreprises performantes et de main-d’œuvre qualifiée, ont généré quelques retards dans la répartition des aides à la construction et la réalisation du programme des 8000 logements.

Il y a eu aussi des interventions malsaines d’individus malintentionnés qui ont empêché, dans certains cas, le bon déroulement de toutes les opérations engagées. Face à des milliers de citoyens qui travaillaient pour reconstruire, il y avait une poignée qui ne ratait aucune occasion pour spéculer, permettant à des opportunistes de profiter de la situation. Attributions d’aide non méritées, cumul de formules d’aides pour certains, détournements de chalets, attribution de marchés à de pseudo entrepreneurs qui finiront par bâcler les travaux dont ils étaient chargés, de la complaisance dans la constitution de dossiers pour bénéficier de logements dans le cadre de cette même prise en charge sont quelques manifestations du mal qui continue à ronger l’administration algérienne. Par la suite, quelques sinistrés se prêteront à des pratiques démontrant un égoïsme sans pareille mesure. Beaucoup voudront garder les chalets après la réhabilitation de leurs logements grâce au Trésor public. Beaucoup refuseront carrément de revenir dans leurs logements, pourtant refaits sur budget de l’Etat algérien et céder ces habitations provisoires à d’autres citoyens, qui sont dans un besoin impérieux. A l’élan de solidarité exemplaire des premiers jours de la catastrophe ont succédé des pratiques démontrant l’échec des pouvoirs publics dans la formation de véritables citoyens. L’équivalent d’un milliard de dollars a été déboursé dans l’effort de prise en charge des sinistrés et de reconstruction de la zone touchée. Mais l’Etat doit avoir appris de cette expérience qu’il lui reste beaucoup de travail à faire sur le plan immatériel : réforme de l’administration pour rendre son fonctionnement plus approprié et pédagogie.

Par K. Omar


Un procès « pédagogique »

Au lendemain de la catastrophe, une plainte a été déposée par le ministère de l’Habitat aux fins de déterminer les responsabilités et, par conséquent, sanctionner d’éventuelles infractions et entorses à la réglementation régissant la construction alors en vigueur.

Entre la fin de l’été 2003 et le début de l’année 2007, des milliers de citoyens ont été entendus dans le cadre de l’enquête menée par la gendarmerie nationale et de l’instruction judiciaire du dossier. Le premier magistrat instructeur chargé du dossier rendra une ordonnance de non-lieu estimant qu’aucune charge ne peut être justement retenue contre les inculpés. Mais la justice persiste : elle a désigné un autre juge d’instruction qui a conclu à l’inculpation de 38 personnes pour « homicides et blessures volontaires, fraude sur la qualité et la quantité des matériaux de construction et non-respect de la réglementation en vigueur », dont des responsables d’entreprises publiques et privées, des techniciens du CTC, des responsables de bureaux d’études et autres intervenants dans l’acte de bâtir. En première instance, en juillet 2007, au terme d’un mois d’audiences tenues à la salle de conférences de l’université, spécialement aménagée pour la circonstance, vu le grand nombre d’accusés, témoins et autres citoyens qui se sont constitués partie civile, 27 accusés ont été condamnés à 2 ans de prison ferme assortis de 5000 DA d’amende, un autre, déclaré en fuite, a écopé de 3 ans de prison ferme.

Les 10 accusés restants, principalement des maîtres de l’ouvrage comme les directeurs de l’EPLF, OPGI, SNTF et des techniciens ont été relaxés. Le représentant du ministère public avait requis la peine maximale prévue par la loi et le juge avait presque totalement satisfait son réquisitoire. Mais le parquet fait appel, tout comme les autres accusés condamnés. Une année plus tard, la justice réexamine le dossier en 2e instance et prononce la relaxe au profit de tous les accusés. Le parquet se pourvoit en cassation et l’on est à attendre la décision de la Cour suprême. Lors des débats en première et deuxième instance des spécialistes en génie sismique et en urbanisme ont clairement incriminé le zoning sismique en vigueur en 2003 soutenant que les normes de construction dans la région centre du pays étaient loin d’assurer un minimum de sécurité. Certains diront alors que le ministère de l’Habitat s’est précipité de déposer plainte pour éviter à différents segments de L’Etat d’être poursuivi pour avoir failli à leur devoir. Car le procès a permis aux spécialistes de s’inviter aux débats et des carences à plusieurs niveaux ont été dévoilées.

De l’élaboration de normes parasismiques inadéquates à des défaillances d’ordre administratif comme les études de sol, le choix des terrains à bâtir en passant par le suivi technique des travaux de réalisation et l’importation et la commercialisation de matériaux de construction de mauvaise qualité avaient une grande part dans l’ampleur des dégâts humains et matériels enregistrés dans la région de Boumerdès. Un professeur en génie parasismique, entendu en tant qu’expert, a répondu au juge qui l’interrogeait en audience au sujet d’un site où l’on a enregistré beaucoup de décès à Corso que « même si l’on a observé un strict respect des normes de construction de l’époque, les bâtiments effondrés se seraient inévitablement écroulés », avançant que le problème réside dans la nature du sol. On ne devait tout simplement pas y construire, selon le Pr Chelghoum qui avance que le sol de Corso est alluvionnaire et de constitution récente. Faudra-t-il alors évacuer toute la région ? Surtout que les silos d’Eriad, construits selon des normes plus rigoureuses ont été endommagés.

Toute la procédure juridique a aussi péché par certains aspects sélectifs : tous les sites où l’on a enregistré des dégâts « inattendus » n’étaient pas touchés. La plainte était, en outre, jugée recevable à Boumerdès et rejetée par la justice à Alger. Ce qui a donné du grain à moudre aux avocats des accusés. Le procès qui a vu la mobilisation, par les accusés, des ténors des barreaux du pays comme Me Brahimi et Bourayou aura cependant « servi par la dose de pédagogie qu’il renferme », nous disaient des robes noires à l’annonce du verdict en deuxième instance. En effet, après la révision des normes de construction au lendemain de la catastrophe, on constate que les intervenants dans la construction font plus attention et ne cèdent plus aussi facilement à la tentation de la fraude. Mais cela n’est pas suffisant, estiment les spécialistes. Sans un organisme qui ait les prérogatives d’intervenir dans tout projet de construction pour s’assurer du respect des normes, il y aura toujours des insuffisances et des risques. On l’a constaté lors du procès : le CTC qui n’a aucune force coercitive pour faire respecter la réglementation est poursuivi pour ne pas avoir fait ce qu’aucune loi ne l’autorise ou l’oblige à faire. Pis, une bonne partie des décès se sont produits dans des habitations individuelles dont la réalisation n’est aujourd’hui encore soumise à aucun organisme de contrôle. Des citoyens négligents ou ignorants ont-ils le droit de mettre en danger la vie de leur progéniture ?

Par Kamel Omar