Dellys, une ville en ruine

NOUVEAU BILAN : 1875 MORTS ET 8081 BLESSÉS

Dellys, une ville en ruine

El Watan, 25 mai 2003

Les localités de l’extrême-est de la wilaya de Boumerdès sont en ruines. Bien que les bourgades de Baghlia et de Sidi Daoud aient été durement touchées par le séisme, c’est la ville côtière de Dellys qui présente un décor apocalyptique.

La quasi-totalité des constructions individuelles et collectives se sont effondrées sur les occupants ; bilan : plus de 130 morts et des dizaines de disparus. Un chiffre appelé à la hausse au vu de l’ampleur des dégâts matériels. Premier saisissement à l’entrée de Dellys : l’hôpital de la ville étant débordé, des tentes aménagées en salles sont dressées aux abords de cet établissement sanitaire. «Aucun responsable n’a jugé utile de nous rendre visite, même les médias ont brillé par leur absence. Nous sommes abandonnés», s’indignent les citoyens. Selon nos interlocuteurs, les autorités n’ont apporté aucune aide aux familles sinistrées : ni médicaments, ni nourriture, ni tentes, ni eau. La ville est coupée en électricité, gaz et eau. Seul le téléphone a été rétabli dans certains endroits. Une visite au cœur de la ville avec un groupe de citoyens nous a permis de constater l’ampleur des dégâts. A La Casbah qui surplombe le port, de vieilles maisons datant de l’époque ottomane se sont aplaties comme des châteaux de cartes. Au moins 4 personnes ont trouvé la mort et une trentaine ont été blessés dans ce fouillis de bâtisses réduites en ruines. Plus bas, le port de pêche a subi des dégâts importants. Les quais fissurés, le bassin envasé et plusieurs sardiniers noyés. Il faut souligner au passage que la mer, ici, a subi le phénomène de la marée basse qui a duré presque une dizaine de minutes, selon le témoignage d’un vieux pêcheur. La ville haute, Sidi Yahia, la rue Mabout, Sidi El Medjni, Kalouta ont également eu leur lot de décombres et de morts. Le pire a été enregistré au niveau de la cité Sonipec et à la nouvelle ville (50 Logements). Dans cette dernière, l’effondrement d’un bâtiment a provoqué la mort d’une soixantaine de personnes dont un bon nombre était venu assister à un mariage. En ce samedi, quatrième jour de la catastrophe naturelle, les habitants de Dellys essaient de panser leurs blessures avec leurs propres moyens. L’atmosphère, teintée d’une grande tristesse, est à la solidarité. Les citoyens sont là pour assister les équipes de secours de la Protection civile. Une équipe japonaise était à l’œuvre. Dans la journée trois corps ont pu être retirés des décombres. Plusieurs autres corps sont toujours ensevelis sous des montagnes de gravats. Dellys martyrisée continue de vivre dans l’indifférence des autorités que la population interprète comme un mépris, si l’on se refère à cette déclaration d’un groupe de citoyens «notre ville a toujours été isolée, en atteste l’absence de projets de développement, alors que des communes voisines ont connu un essor considérable». Dellys n’est qu’une ville en ruines. Elle est à reconstruire entièrement.

Bavure militaire

L’opération de déblaiement et d’évacuation des corps au niveau de la nouvelle ville surnommée les 50 Logements a failli tourner au drame n’eut été l’intervention de quelques sages qui ont réussi à calmer les esprits. La scène a commencé par un petit accrochage verbal entre un militaire faisant partie du groupe qui assurait la sécurité sur les lieux et un jeune citoyen qui participait au déblaiement des gravats et dont la mère se trouvait sous les décombres. Invité par le militaire à se retirer, le citoyen refusa catégoriquement : «Ma mère est sous les gravats, je suis là depuis mercredi soir. Je ne quitterai cet endroit qu’après avoir retiré le corps de ma mère.» Mais le militaire ne s’est pas montré compréhensif à l’égard du jeune citoyen. Pis, il n’hésita pas à lui donner un coup sur le dos avec un tuyau. Et c’est à ce moment que la foule s’est mise de la partie pour demander le départ des militaires.
«Partez, on n’a besoin de personne. De toutes les manières, la population a toujours été livrée à elle-même», crient les citoyens déjà soumis à une très grande-tension. Un autre militaire positionné sur une butte a même manœuvré sa kalachnikov en direction de la foule. Les responsables de la Protection civile et quelques sages ont réussi enfin à calmer les esprits.

Par M. Salim et A. Bendrabane