Les premières décisions d’Ouyahia

Les premières décisions d’Ouyahia

Une vaste expertise des constructions

Le Quotidien d’Oran, 25 mai 2003

Les 700 000 DA d’indemnisation aux familles des victimes, la réquisition de logements sociaux et le lancement d’une vaste opération d’expertise sur les bâtisses touchées par le séisme sont les principaux points du conseil de gouvernement qu’a provoqué avant-hier Ouyahia au lendemain du conseil des ministres, pour donner «corps» aux recommandations du président de la République après la catastrophe qui a frappé le pays.

Outre le constat de la mobilisation spontanée de la population pour faire face à la catastrophe, et l’hommage traditionnel aux corps médicaux, de sécurité et de protection civile entre autres, le conseil du gouvernement «extraordinaire» a été l’occasion d’un premier bilan du dispositif de premiers secours et prise en charge.

A l’occasion, l’on saura que le gouvernement a endossé l’instruction donnée vendredi aux collectivités locales pour procéder à l’acquisition de vivres et d’eau minérale, y compris sur le marché, pour faire face aux besoins des sinistrés, en attendant la collecte de l’aide provenant de la solidarité. Pour l’alimentation en eau potable, la station de traitement et de mise en sachet dont dispose le pays est en activité depuis vendredi avec une production de 14 000 sachets par jour, précise le communiqué du gouvernement. La question de l’approvisionnement en eau potable verra aussi la mobilisation d’un parc important de camions-citernes pour couvrir les agglomérations sinistrées enclavées. Les aides issues de la mobilisation nationale et internationale se voient dirigées vers les locaux de la Foire internationale d’Alger pour la première et vers l’aéroport d’Alger pour la seconde.

Ce sont les personnels de la protection civile, du Croissant- Rouge algérien et des Scouts musulmans qui sont chargés de sa ventilation. Le volet de la distribution des vivres aux sinistrés et sans-abri a été mis à charge du ministère de la Solidarité nationale «dès le début de la semaine», précise-t-on.

La décision la plus importante reste celle liée à l’expertise déjà lancée sur les bâtisses endommagées et celles affaissées pour déterminer le cas d’éventuelles fraudes. «Les opérations d’expertise de l’état des bâtisses ont été entamées dès jeudi avec la mobilisation d’une première vague de près de 200 ingénieurs et techniciens des services compétents.

Cette expertise permettra de tirer les conclusions nécessaires que ce soit en matière de construction ou de destruction ou pour alimenter les enquêtes à ouvrir en ce qui concerne des malversations éventuelles dans les constructions et pour lesquelles la justice sera saisie», relève le même communiqué du gouvernement. L’Etat affichant rapidement sa volonté de répondre au plus vite à la vague d’accusations de fraude sur les constructions qui enflent de jour en jour. Le constat de constructions récentes qui n’ont pas résisté au séisme, alors que d’autres, plus anciennes, sont encore debout, donnant ses arguments à une colère de plus en plus importante chez les sinistrés.

Les premières rumeurs de cas de pillage semblent par ailleurs avoir trouvé écho auprès du gouvernement qui, à l’occasion, assure «que les services de sécurité ont reçu des instructions fermes dès la nuit de jeudi à vendredi, pour faire face aux quelques tentatives de pillage apparues et qui sont le fait d’individus isolés. L’Etat est déterminé à faire usage de toute la rigueur de la loi pour protéger les biens des familles ayant évacué leurs foyers ainsi que le patrimoine public». Enfin, et à dessein de dégager les fonds d’urgence nécessaires pour les agglomérations touchées, un arrêté interministériel a été pris pour déclarer zones sinistrées les communes ayant particulièrement souffert du séisme. La liste de ces communes sera rendue publique par voie de presse, assure-t-on. «Cette qualification de zone sinistrée permettra de donner un fondement réglementaire aux mesures exceptionnelles autorisées par la loi, qu’il s’agisse de dégrèvements fiscaux, d’activités économiques et commerciales ou qu’il s’agisse de procédures de dépenses publiques pour faciliter l’aide et la reconstruction». La question du relogement des rescapés et des sans-abri semble déjà être prise en charge avec la décision du gouvernement de réquisitionner les logements sociaux achevés et qui seront destinés en priorité à cette catégorie.

Enfin, un projet de loi de finances complémentaire va être présenté en conseil des ministres «avant la fin du mois» pour prendre en charge, entre autres, la réhabilitation des services publics et infrastructures collectives. Le texte donne la priorité aux projets en instance et à ceux d’habitat pour permettre le recasement des populations touchées. Anticipant sur ce qui va certainement suivre, le gouvernement lance d’ores et déjà un «appel à la population et aux comités de quartiers des localités touchées sévèrement par le séisme, à se mobiliser en vue d’aider au recensement des familles réellement frappées par cette catastrophe et prévenir ainsi des tentatives d’abuser de cette opportunité de la part de certains».

K. D.