Le dernier tremblement de terre l’a mise à nu: Confusion dans la démarche de l’État

Le dernier tremblement de terre l’a mise à nu

Confusion dans la démarche de l’État

Par : Hafida Ameyar, Liberté, 4 août 2014

Le séisme ayant secoué vendredi dernier la capitale algérienne (de magnitude 5,6 sur l’échelle de Richter), puis celui d’hier (magnitude 3,2), tous deux localisés à Bologhine, remettent sur le tapis les dangers certains qui menacent Alger, mais également d’autres régions du pays qui connaissent une activité sismique.
Cette problématique renvoie à une réalité amère, celle de fonctionner dans l’urgence, ce qui porte un coup dur à l’État, censé anticiper les événements et gérer aisément l’espace territorial, avec tout ce qu’il renferme comme parc immobilier, mouvements de populations et autres infrastructures et équipements. Les dernières secousses telluriques viennent, ainsi, rappeler à nouveau aux dirigeants du pays et aux autorités de la ville d’Alger que la capitale et plusieurs villes du pays sont confrontées à la vétusté des constructions, donc à de nombreux dysfonctionnements en matière de normes urbanistiques, mettant en danger la vie de centaines de milliers de citoyens (400 000 personnes selon des spécialistes en urbanisme) en cas de tremblement de terre violent.
L’Algérie, située à proximité de l’interface entre la plaque eurasienne au Nord et la plaque africaine au Sud, se présente comme un “pays à sismicité active” pouvant être sujet à des séismes destructeurs. Au cours de son histoire, notre pays a connu plusieurs séismes violents, dont le tremblement de terre d’Alger de 1365, qui a détruit la ville entière en provoquant un tsunami, et celui de 1716, toujours dans la capitale, qui a causé la mort de plus de 20 000 habitants. En 1954, un séisme de magnitude 6,7 a secoué Orléansville (Chlef) faisant 1 200 morts, suivi en 1980 d’un autre séisme à El-Asnam (Chlef), causant cette fois la mort de 2 600 personnes. D’autres tremblements de terre de magnitude modérée, mais ayant provoqué de grandes pertes en vies humaines et des dégâts matériels importants, se sont manifestés, entre autres, à Constantine (1985), Tipasa (1989), Aïn Témouchent (1999) et Beni Ourtilane (2000). Le 21 mai 2003, un violent séisme de magnitude 6,8, localisé à Zemmouri, a ravagé la région d’Alger, particulièrement les villes de Zemmouri et de Boumerdès, ainsi que les localités environnantes. Le bilan était très lourd : près de 2 300 morts, plus de 3 300 blessés et 130 000 sans-abri. Aujourd’hui, le tremblement de terre de Bologhine, quoique de magnitude modérée, a fait 6 morts et 420 blessés, d’après un bilan des services hospitaliers. Ce rappel, certes nécessaire, vient confirmer que depuis déjà de longues années, les autorités du pays sont bel et bien informées des dangers qui guettent non seulement la capitale, mais aussi les autres wilayas. Aussi, il est insensé qu’en ce début du troisième millénaire, on soit encore là à interpeller les autorités nationales et locales sur les immeubles précaires qui menacent de s’effondrer à tout moment. Quand les populations vivant dans le vieux bâti vont-elles s’établir durablement dans leur “propre” ville, dans des logements décents ? Quand notre pays éradiquera-t-il définitivement les bidonvilles et autres constructions des plus précaires et, par là même, l’incurie régnante qui se manifeste après chaque catastrophe naturelle, cédant le pas à l’urgence ? Comme dirait un planificateur, il urge de lever la confusion entre les actions courantes de l’État (priorisées) en matière de développement et de gestion territoriale et les urgences qui, elles, font partie de l’imprévu et interviennent de façon conjoncturelle.

H. A.