Le syndicalisme algérien toujours sous contrôle

Le syndicalisme algérien toujours sous contrôle

Menouar Zeid, Algeria Interface

Alger, 18 septembre 2002 – L’Organisation internationale du travail a demandé en mars 2002 au gouvernement de permettre au syndicat autonome SNAPAP de constituer une confédération et de garantir l’exercice du pluralisme syndical. En vain.

Alger, 12 septembre 2002 – Le président Bouteflika vient d’entériner les résultats de la dernière réunion bipartite gouvernement-syndicat UGTA. 550 000 fonctionnaires vont ainsi bénéficier d’une augmentation salariale grâce à un syndicat qui pourtant ne les représente presque pas.

Le syndicat national autonome des personnels de l’administration publique (SNAPAP), fort de 400 000 adhérents, n’a pas été convié à cette rencontre. C’est l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA), l’interlocuteur historique et officiel du gouvernement, qui a traité, seul, ce dossier. Pourtant, l’ex-organisation de masse de l’époque du parti unique est très peu implantée dans l’administration algérienne.

Jusqu’en 1990, année de la naissance du SNAPAP, la fonction publique était considérée comme un secteur relevant de la «souveraineté nationale» et interdit, de ce fait, à toute activité syndicale. Depuis, le SNAPAP, malgré les difficultés et les obstacles, s’y est largement implanté. À l’inverse de l’UGTA, resté à la traîne mais qui continue néanmoins, de fait et de droit pour le gouvernement, à s’exprimer au nom de l’ensemble monde du travail.

Certes, l’Union des travailleurs dispose toujours de bureaux à l’échelle nationale – hérités du temps du parti unique -, mais il est impossible de vérifier si le chiffre de 2 millions d’adhérents qu’elle revendique est réel. Elle reçoit une subvention calculée au prorata de ses membres et siège dans les conseils d’administration de plusieurs organismes publics à vocation sociale: ce qui représente «une véritable rente», selon les termes d’un ancien ministre.

«Nous sommes une organisation syndicale dispensée de conformité et nous n’avons pas à démontrer notre représentativité», estime de son côté M. Sidi Saïd, secrétaire général de l’UGTA. En 2001, cette organisation se serait tout de même conformée à l’obligation réglementaire annuelle de justifier de sa représentativité auprès du ministère du Travail.

Le parcours du combattant du SNAPAP
Mais, comme un secret de fabrication, le nombre exact de ses adhérents n’est pas du domaine public. Des élections libres la balaieraient du champ syndical, soutiennent des membres du SNAPAP qui dénoncent «la protection utilitaire» que lui accordent – avec une grande bienveillance – les autorités.

Le nouveau ministre du Travail et de la sécurité sociale, Tayeb Louh, en sait quelque chose. Lui-même ancien leader du syndicat autonome de la magistrature, il avait entamé des contacts avec le SNAPAP avant la réunion bipartite de la rentrée. Il a vite été rappelé à l’ordre par le chef du gouvernement Ali Benflis (FLN). Tout porte à croire que les autorités n’entendent pas ouvrir les portes aux syndicats autonomes.

Cela risquerait de laisser l’UGTA sur le carreau tout en contrariant la gestion et le contrôle du monde du travail. Abdelmadjid Sidi-Saïd, qui sait qu’il y va du statut privilégié de son organisation, accuse «les organisations syndicales autonomes de vouloir transformer le front social en un lieu d’affrontement».

Dans le monde du travail et les milieux intellectuels, l’UGTA a la réputation d’être un syndicat docile, voire à la solde du régime. Seul espoir de changement: les nouveaux syndicats autonomes (université, enseignement primaire, secondaire et professionnel, hôpitaux…). Mais cette grosse brèche faite dans le monopole de l’UGTA est encore contrariée par les pouvoirs publics.

Le SNAPAP en a fait l’amère expérience en se heurtant à l’ostracisme des pouvoirs publics lorsqu’il a voulu créer le Syndicat national autonome des travailleurs algériens (SNATA, en 1999) et la Confédération algérienne des syndicats autonomes (CASA, en 2001). Il s’en est d’ailleurs remis au Bureau international du travail (BIT) en septembre et octobre 2001. Sa plainte a été étudiée en mars dernier par l’organisation internationale.

Lors de sa 283e session, le BIT a notamment demandé au gouvernement algérien de prendre les mesures nécessaires «afin de s’assurer que les travailleurs membres du SNAPAP puissent constituer des fédérations et confédérations de leur choix et de s’y affilier» et de l’en tenir informé. Depuis, rien n’a changé pour le SNAPAP, même si le syndicalisme algérien, ainsi que le gouvernement sont sous surveillance du BIT.