Rumeurs sur le départ du ministre de l’Energie

Cacophonie autour de l’avant-projet de loi sur les hydrocarbures

Rumeurs sur le départ du ministre de l’Energie

Quotidien d’Oran, 31 décembre 2002

Le ministre de l’Energie et des Mines, Chakib Khelil, serait-il partant ? «Ce serait même une question de jours», a confié une source ministérielle au Quotidien d’Oran. La décision du ministre, précise-t-elle, serait motivée par une décision du chef de l’Etat de retirer l’avant-projet de loi sur les hydrocarbures que le ministre de l’Energie a passé trois années à défendre pour être adopté par l’APN.

Tout se serait joué lors du dernier Conseil des ministres: plusieurs membres du gouvernement auraient exprimé leur réserve vis-à-vis de l’avant-projet de loi devant le président de la République qui aurait levé le Conseil en déclarant à son gouvernement sa décision de remettre dans les tiroirs l’avant-projet de loi de son ministre de l’Energie.

Ironie du sort, la décision du retrait aurait été prise au moment où M. Chakib Khelil et M. Benachenhou, le conseiller économique du président de la République, défendaient le texte à Constantine devant des spécialistes du secteur de l’énergie. La joie inattendue des patrons de la centrale syndicale UGTA, plus d’une semaine après et à l’issue de leur rencontre avec le chef du gouvernement, dimanche dernier, aurait été suscitée par ce bouleversement qui évite ainsi une crise au système. Ni l’UGTA, ni le RND et encore le FLN n’ont, en effet, applaudi le projet de Chakib Khelil. Ils y ont vu, en revanche, un danger pour l’économie nationale et un risque pour la cohésion sociale dans le pays.

Il est à noter qu’aucune indication officielle n’a été donnée sur le retrait ou non de l’avant-projet de loi.

D. Benyoub

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L’avant-projet de loi mis en hibernation ?

La solitude de Chakib Khelil

Le ministre de l’Energie pourrait faire les frais des tractations pour l’émergence d’un nouveau «consensus» sur les réformes.

L’avant-projet de loi sur les hydrocarbures défendu avec acharnement par le ministre de l’Energie Chakib Khelil et contesté aussi bien par le syndicat UGTA que le patronat serait, sinon abandonné, du moins ajourné à des jours meilleurs. Le ministre de l’Energie ferait ainsi les frais de la quête du «consensus» dans la mise en oeuvre des réformes souhaitée par le président de la République. Alger bruissait hier de rumeurs sur un éventuel départ de Chakib Khelil qui n’aurait guère apprécié que le projet auquel son nom est désormais associé soit renvoyé aux calendes grecques.

L’avant-projet qui n’a pas encore entamé le circuit institutionnel qui devait l’amener, selon les voeux de son initiateur, au parlement lors de la session d’automne, n’a guère bénéficié – et c’est un euphémisme – de la solidarité gouvernementale. La franche opposition de Ahmed Ouyahia, le chef du RND, jointe à l’inertie délibérée de Ali Benflis qui rechignait à inscrire l’avant-projet à l’ordre du jour du Conseil de gouvernement, ont sans doute largement entamé les chances du projet de Chakib Khelil, même s’il bénéficiait de l’appui du chef de l’Etat. L’échéance présidentielle, même si elle peut sembler lointaine, ne serait sans doute pas étrangère à ce qu’il faut bien appeler un recul du président de la République. Un exercice de réalisme politique de la part d’un président qui, en décidant d’avoir la haute main sur l’exécutif, s’est retrouvé dangereusement sans pare-chocs.

Il faut ajouter que les brillantes explications de Chakib Khelil n’ont pas réussi à convaincre une bonne partie des acteurs politiques et syndicaux de l’opportunité et de l’urgence à changer un système de fonctionnement du secteur des hydrocarbures qui ne suscite pas de récriminations de la part des grandes compagnies étrangères. Le seul effet notable clair du débat – souvent confus hormis quelques contributions documentées et fouillées – sur l’avant-projet de loi a été de permettre une certaine cristallisation des oppositions à Bouteflika. L’hostilité à la privatisation des entreprises publiques est demeurée une préoccupation de l’UGTA, soutenue par le PT, mais elle ne brassait pas large. Par contre, la «défense de Sonatrach» et le refus du «régime des concessions» mobilisent plus largement. Elle risquait de devenir l’élément fédérateur d’un front d’opposition à un second mandat de Bouteflika, qui plus est, au nom de la convocation de référents nationalistes et souverainistes.

Il faut ajouter que les propos d’un ministre américain de passage à Alger auront contribué également à incruster l’idée que l’avant-projet ne vise qu’à servir les groupes pétroliers étrangers. Malgré les vicissitudes du nationalisme, il n’est pas bon en Algérie de passer, même à tort, pour un défenseur des intérêts étrangers et un étrangleur de la compagnie nourricière. Ce l’est encore davantage quand on est dans la posture d’un candidat à la présidence de la République.

Rien pour l’instant n’est venu confirmer que le président de la République ait ordonné que l’on fasse dormir le projet Khelil dans un tiroir. Mais certains indices forts le montrent bien. Le retournement soudain de l’UGTA qui se met à louer en Ali Benflis l’homme du «dialogue social», alors que sur le fond il n’a rien dit de différent que ce qu’avait avancé Abdelhamid Temmar, laisse indiquer qu’un marchandage a eu lieu. L’abandon de l’avant-projet sur les hydrocarbures en contrepartie de l’accompagnement syndical des privatisations. Sidi Saïd pourra toujours dire qu’il a sauvé l’essentiel, c’est-à-dire Sonatrach, Benflis qu’il a repris l’épaisseur d’un chef de gouvernement et Bouteflika qu’il a éclairci, à nouveau, son horizon présidentiel.

M. Saâdoune