Des réformes économiques et sociales en panne, diagnostique l’IFRI

Des réformes économiques et sociales en panne, diagnostique l’IFRI

Jean-Pierre Tuquoi, Le Monde, 31 mai 2002

« ALGÉRIE :une improbable sortie de crise ? » Même assorti d’un point d’interrogation, le titre du document que publie l’Institut français des relations internationales (IFRI) résonne comme un échec pour le président Bouteflika, trois ans après son arrivée à la tête de l’Etat. « Abdelaziz Bouteflika a fait de la paix sa priorité », rappelle dans son introduction Khadija Mohsen-Finan. Le référendum sur la « concorde civile » de juillet 1999, plébiscité par la population, devait en être le pivot.

Mais, faute d’un projet politique pour l’accompagner, il a tourné court et la « guerre d’usure » que continuent à imposer les groupes armés perdure.

Ce « niveau incompressible de violence » qu’évoque un autre chercheur dans sa contribution se nourrit également de « l’absence de réelles réformes économiques, politiques et sociales ». « Au cours de la décennie 1990, le chômage n’a cessé d’augmenter (30 % de la population active, 60 % des moins de 30 ans) », note un politologue algérien, avant de souligner le poids sur l’économie du pays de « l’entretien d’un appareil de guerre antiguérilla » qui mobiliserait un demi-million de personnes.

Se présentant comme « l’homme du changement », Bouteflika a suscité un réel espoir au début de son mandat. L’homme avait une revanche à prendre avec l’Histoire. « Il n’est pas anodin, de la part d’un chef d’Etat algérien, de serrer la main d’un premier ministre israélien, de s’exprimer indifféremment en arabe et en français, de parler de la berbérité. »

Comment expliquer l’impuissance derrière les mots ? Faut-il incriminer l’emprise de l’armée ? C’est elle qui détient la réalité du pouvoir depuis l’indépendance et, en l’absence de partis politiques structurés, peut-être représente-t-elle « l’unique force de changement », lance le journaliste Akram Ellyas. L’hypothèse est aussi séduisante qu’improbable, convient-il. Trop d’intérêts politiques et économiques soudent la hiérarchie militaire et, en dépit des « luttes de clan » qui la traversent, son unité demeure. Quant à l’hypothèse d’un coup d’Etat fomenté par de jeunes officiers, elle n’est « pas crédible », juge-t-il.

Jamais le fossé entre les élites, civiles et militaires, et le peuple n’a été aussi profond, « au point que l’on peut avoir le sentiment que le pouvoir et la société civile se tournent le dos », conclut Khadija Mohsen-Finan. La résurgence, dans une Kabylie en secéssion, de structures traditionnelles d’encadrement en est la meilleure illustration. « Il faudra attendre longtemps pour que le lien soit instauré entre les Algériens et l’exécutif ; pour l’heure, l’émeute est devenue un moyen d’expression. »